« Est-ce que vous pardonnez, Jeanne ? »…

Une vie de Guy de Maupassant, filmée par Stéphane Brizé (qui change tout à fait de registre, après son opus sur le monde du travail La loi du marché avec Vincent Lindon – voir son interview dans L’ECHO Magazine d’avril-mai 2016), c’est celle d’une jeune fille devenue femme.

A sa sortie du couvent, où elle a reçu une éducation de jeune aristocrate, Jeanne (Judith Chemla, qui ressemble étrangement à Juliette Binoche), vit avec ses parents (Jean-Pierre Darroussin, reconnaissable seulement à sa voix au début du film, et Yolande Moreau) dans un huis clos rythmé par les saisons. Le château familial est isolé, les visites sont rares. La proximité de la mer autorise quelques sorties vivifiantes. Une voix off déclame des alexandrins de Maupassant. Puis, Jeanne vit avec son nouveau mari le vicomte Julien de Lamarre (Swann Arlaud) ; ses parents lui ont laissé la place… Le rythme du film est lent, comme la vie qui s’écoule au fil des saisons. Jeanne vit ensuite seule avec son fils, Paul, pour peu de temps car il est lui aussi envoyé en pension. Le cycle de la vie continue, inexorablement. L’unité de lieu renforce l’intensité du temps.
La musique du film est le bruit du vent dans les feuilles, le ressac des vagues… Les plans séquences, le grain de la pellicule ont cette beauté voilée des peintures du XIXe siècle. Les couleurs des images sont nacrées et douces, puis la couleur (rouge) arrive avec la personne de la voisine, Madame de Fourville.
« Tout le monde ment. J’attendais autre chose… » : Jeanne subit sa vie, sans échappatoire aucune. Sa confiance dans les êtres qui l’entourent est mise à mal pendant toute sa vie. Le film de Stéphane Brisé donne furieusement envie de relire le roman de Maupassant.
Dans les salles au Royaume-Uni et au Ciné Lumière jusqu’au 31 janvier 2018.

Marie-Blanche Camps