Période souvent très attendue par les parents, la diversification alimentaire du bébé est source d’interrogations multiples. Pour préserver bébé des allergies et favoriser la tolérance alimentaire, vaut-il mieux introduire les nouveaux aliments précocement ou tardivement et ce, dans quel ordre ? Faut-il rajouter systématiquement des vitamines, des minéraux ou des oligo-éléments ?

Lorsque le lait ne suffit plus à couvrir les besoins du nourrisson, le passage à une alimentation plus variée s’impose graduellement. C’est une étape d’adaptation physiologique, sensorielle et psychoaffective qui va conduire l’enfant à une alimentation autonome et omnivore. L’âge idéal pour la débuter, ainsi que les modalités de sa mise en place, ont singulièrement évolué au fil du temps -influencés par le contexte socioculturel, économique, les habitudes familiales et… les modes.

Aujourd’hui, il est recommandé de débuter progressivement cette diversification à partir de la 17e semaine et au plus tard à la 26e, afin de faire bénéficier le nourrisson d’une meilleure croissance, d’augmenter sa résistance aux infections et de diminuer les risques d’allergie alimentaire. En effet, depuis les années 70 les recherches sur la prévalence des pathologies allergiques ont démontré que les risques d’eczéma et d’allergies augmentent quand la diversification est engagée avant 4 mois. Mais par contre aucune étude n’a démontré le bénéfice d’une introduction tardive après 6 mois sur l’apparition de réactions allergiques. Rien ne justifie donc de retarder, voire d’exclure au-delà de 6 mois des aliments utiles sur le plan nutritionnel, même chez les enfants à risque (ayant au moins un parent allergique). Au contraire, l’exposition digestive de ces aliments à cet âge pourrait en améliorer la tolérance ultérieure. Par contre, en cas d’allergie reconnue ou soupçonnée à un aliment après son introduction (rougeur, œdème, urticaire…), il faudra l’éliminer avant de le réintroduire ultérieurement après avis compétent.

En pratique

Tant que le système digestif de l’enfant n’est pas complètement mature, il faut lui laisser le temps de s’habituer à différents aliments en les introduisant un par un pour qu’il se familiarise et mette en mémoire tout un catalogue de textures et de goûts nouveaux.

Le lait et les laitages

Que l’enfant soit allaité ou nourri au lait maternisé, le lait restera l’élément de base de son alimentation quotidienne et devra être maintenu à 500ml minimum chaque jour, et ce jusqu’à l’âge de 3 ans.

Cependant, à partir de 6 mois le lait pourra être remplacé par des aliments lactés type yaourt, fromage blanc ou fromage râpé et pasteurisé – parmesan, mozzarella ou gruyère. Dans ce cas, il ne faudra pas négliger l’hydratation de bébé car les nouveaux aliments contiennent moins d’eau que le lait : offrir un biberon d’eau après chaque repas sans lait sera toujours bienvenu.

Les légumes

Ils peuvent être introduits dès le 5e mois dans le biberon ou à part. Commencez par les légumes orange (carottes, potiron, courge…), puis verts (haricots verts, épinards, courgettes). Evitez les plus riches en fibres au départ : artichauts, salsifis, vert de poireaux, petits pois. Attendre 8 mois pour les choux, choux-fleurs, brocolis, artichauts ; 12 mois pour la tomate, le céleri, l’aubergine, les champignons, le concombre.

Les légumes doivent être cuits (à l’eau, à la vapeur ou au micro-ondes sans ajout de sel, éventuellement avec des herbes) ; l’eau du biberon peut être remplacée par l’eau de cuisson des légumes. Petit à petit, vous pouvez ajouter des légumes mixés ou de la pomme de terre pour obtenir une soupe épaisse ou une purée. Les légumes surgelés peuvent être utilisés.

On débutera par 3 à 6 cuillères à café par jour pour ensuite le laisser manger à volonté : environ 90 g par jour à 8 mois, jusqu’à 120 g à partir de 10 mois.

Les fruits

Ils peuvent également être introduits vers 5 mois. Ils seront d’abord servis cuits en compote sans sucre ajouté, puis crus bien mûrs, épluchés et épépinés. Commencez par les pommes, les poires et les bananes, puis les pêches, les abricots, les prunes et les mangues. Attendre 8 mois pour les oranges, clémentines et raisin et 1 an pour les fruits rouges (fraises, framboises) et les fruits acides (ananas, kiwis). Ne pas donner noix, amandes, noisettes avant l’âge de 3 ans.

Les protéines d’origine animale (viande, œuf, poisson) ou végétale

A 7 mois, on peut introduire le blanc de poulet ou de dinde et le jambon. On peut également donner ½ jaune d’œuf bien cuit 2 fois par semaine. A partir de 8 mois, on peut introduire le bœuf, le porc, l’agneau et le poisson blanc non pané. Pour débuter, choisir des poissons blancs au goût peu prononcé (sole, colin, cabillaud), puis le saumon. Eviter ceux qui ont beaucoup d’arêtes (dorade, truite). Il est à noter que les Asiatiques donnent du poisson dès l’âge de 6 mois sans plus de réaction allergique semble-t-il. Ne pas donner de crustacés avant 2 ans. Ces aliments seront donnés hachés et finement mélangés avec les légumes.

Entre 7 et 9 mois, on donnera 10 g par jour de protéine animale, 20 g de 9 à 12 mois pour finalement aboutir à 30 g à partir d’1 an.

Quant aux protéines d’origine végétale, elles pourront remplacer celles d’origine animale : tofu, soja, lentilles, fèves, haricots rouges…

Les céréales et le gluten

A partir de 4 mois, les farines infantiles sont une bonne solution pour les « petits appétits », car elles apportent de l’énergie sans augmenter le volume du lait. Elles épaississent progressivement la consistance et permettent d’espacer les repas – on peut ajouter 1 à 2 cuillères à café de farine 1er âge sans gluten au biberon ou les utiliser dans une soupe de légumes.

L’âge idéal d’introduction du gluten est entre 4 et 6 mois, ce qui diminue le risque ultérieur de maladie cœliaque.

Pain et produits céréaliers (pâtes, semoule, riz) seront donnés à partir de 7 mois. Les biscuits qui s’écrasent en fondant dans la bouche peuvent être proposés de temps en temps au goûter, mais pas entre les repas au risque d’habituer l’enfant au grignotage.

Les graisses

Sachant qu’il ne faut pas les introduire avant l’âge de 6 mois, les huiles sont par contre les bienvenues après : une cuillerée à café d’huile végétale non cuite (olive, tournesol, colza ou noix) à midi, puis deux à partir de 9 mois. On peut donner de la crème fraiche, voire une noix de beurre frais à partir de 8 mois.

La vitamine D

Elle seule est indispensable et susceptible d’être en quantité insuffisante dans l’alimentation de nos enfants, surtout sous nos climats peu ensoleillés et nécessite donc un complément vitaminique jusqu’à l’âge de 5 ans.

Au total, le programme alimentaire d’une journée devrait être :

  • Le matin : du lait auquel on rajoutera ultérieurement des fruits, puis des céréales.
  • A l’heure du déjeuner : des légumes seuls, puis mixés avec des protéines animales ou végétales suivis de lait ou, après 6 mois, d’un aliment lacté et d’un biberon d’eau.
  • A l’heure du goûter, des fruits suivis de lait ou d’un aliment lacté et d’eau, éventuellement un biscuit.
  • Pour le repas du soir, une bouillie de céréales lactée, puis ultérieurement une soupe avec des céréales (farine de riz, vermicelle, semoule), suivie une heure plus tard de la dernière prise de lait – allaitement ou biberon.

Cette description de la diversification alimentaire n’est qu’une ligne de conduite générale, qui laisse place à la créativité et aux goûts propres que chaque maman aimerait transmettre à son bébé. De nombreuses variations culturelles, si elles n’en modifient pas la trame, agrémenteront et enrichiront ces directives.

Grandir, c’est entre autres apprendre, goûter, connaître et apprécier. Aider notre bébé dans l’élargissement de sa palette de goûts et de textures doit être avant tout source de plaisir pour bébé et… sa maman.

Dr M’Baye, pédiatre – Francine Joyce, diététicienne

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