Disponible en DVD à partir du 2 juillet : un DVD à gagner en envoyant un email à redaction@lechomagazine.uk avant le 10 juillet !

Au Ciné Lumière jusqu’ au 30 juillet https://www.institut-francais.org.uk/cine-lumiere/whats-on/new-releases/i-got-life/

 

Rencontre avec la réalisatrice Blandine Lenoir venue présenter I got life !  à Londres

Blandine Lenoir est heureuse. Son second long-métrage Aurore (I got life !) voyage dans le monde entier : projeté dans 28 pays, « il a très bien été accueilli par le public espagnol (80 000 entrées), italien, suédois et polonais… En Hongrie, il est interdit aux moins de 18 ans : le ventre nu de la femme enceinte choque (c’est une prothèse) ! » . En ce matin de mars, elle donne des interviews à l’Institut Français, avant d’aller présenter son film au cinéma Arts Picturehouse à Cambridge.

Aurore, c’est l’histoire d’une femme de 50 ans. Comme elle l’avoue elle-même, elle est « un peu chamboulée » : elle est séparée, a des problèmes de boulot et… des bouffées de chaleur. On entre dès les premières minutes du film dans le sujet. Est-ce qu’« après 30 ans, on est sur la pente descendante », comme le dit son médecin ?

La femme de 50 ans est invisible dans les films, dans les photos de mode. Par exemple, j’achète mes vêtements sur internet, mais tout ce que je vois, ce sont des photos de filles de 18 ans ! Et je me pose la question « Est-ce que cela va m’aller, à moi ? ».  On est dans une société où le jeunisme est roi, on nous vend de la crème antirides, des vêtements taille 18 ans… Il n’y a pas beaucoup de beaux rôles d’actrices de 50 ans au cinéma. Agnès Jaoui a accepté tout de suite. Mon film est un hommage à la femme de 50 ans.

Les hommes ne veulent pas entendre le mot (on voit l’ex-mari se boucher les oreilles…); c’est un film sur la ménopause, les femmes, le cycle de la vie et/ou la vieillesse ?

Oui, la ménopause, le « retour d’âge », c’est un tabou social. Et j’aime m’attaquer à des tabous (dans son film Zouzou, elle s’attaquait déjà à la façon dont le sujet de la sexualité est abordé en famille, ndlr). Mon propos est de transmettre, de changer le monde… Le cinéma pour moi, c’est l’éducation populaire. Ce n’est pas un film sur les femmes pour les femmes. Les hommes qui aiment les femmes aiment le film et les jeunes se retrouvent dans le personnage des filles d’Aurore. Une jeune femme m’a même dit qu’elle avait téléphoné à sa mère dès la fin du film pour lui dire qu’elle l’aimait. Le film crée un regain d’amour pour les mères. C’est beau, non ? Je vois qu’il fait du bien, que les gens sortent de la projection avec le sourire. Ce n’est pas un film féministe, c’est un film militant, mais dans le bon sens du terme parce qu’il est déguisé en comédie. Il faut savoir que le féminisme recule dans le monde, après 1968, parce que dans les années 70-80, les femmes ont lâché le combat… Il n’y a par exemple que 17% de réalisatrices dans le cinéma français!

« Il faut bien que tu partes un jour » : Aurore voit partir sa petite dernière de la maison. Vous abordez également le sujet du nid vide.

Oui, le nid vide, personne n’en parle ! J’ai deux filles, dont une adolescente et quand je les regarde, je me dis que je n’ai déjà plus de petites filles… Et je vois des amies autour de moi qui sont totalement effondrées après le départ de leur dernier ! Tout à coup, ces femmes, à un moment de leur vie, voient leurs enfants partir et doivent en même temps s’occuper de leurs parents âgés. Je ne parle pas d’eux dans le film, mais c’est très dur.

Je n’avais pas d’histoire au début, l’histoire n’est pas importante ; je voulais parler d’une femme seule et de la ménopause ; les personnages se sont greffés petit à petit dans l’histoire et dans l’écriture du scénario, pour accompagner les changements dans sa vie, ses relations avec ses filles, qui elles-mêmes ont une histoire d’amour, avec son amie, son employeur etc.

On passe du rire aux larmes dans le film. Aurore a « peur d’être vieille, pauvre et seule » et pourtant, il y a quelque chose de touchant dans son courage et dans la belle force de vie qui se dégage de son histoire.

Oui, au moment où Aurore est en pleine ménopause, sa fille aînée lui annonce qu’elle est enceinte. Elles pleurent, elles rient. Leurs émotions sont liées à leurs changements hormonaux. Aurore a également une amie, qui est très différente d’elle. Leurs relations sont belles et porteuses d’énergie. On voit plutôt des amies qui se ressemblent dans les films, non ? Aurore est au chômage et on la voit faire des démarches. Ma scène préférée, c’est celle de Pôle Emploi. Qu’est-ce qu’on peut raconter sur Pôle Emploi ? Est-ce qu’on trouve du travail à 50 ans ? L’employée ne finit jamais ses phrases (sauf la dernière « On ne va pas se laisser abattre ! », ndlr). L’idée du ventilateur nous est venue le jour même du tournage de la scène. C’est très drôle. Les hommes ne sont pas oubliés, non plus. L’amant (Thibault de Montalembert, le Mathias de la série Netflix Dix pour cent, ndlr) a le même âge qu’elle et n’est pas montré à travers l’image de l’homme viril, dur, fort, macho que la société véhicule. Il est fragile, humble. On ne sait pas si l’histoire d’amour va continuer, ce n’est pas important. C’est la vie qui continue pour Aurore… Son prénom n’augure t-il pas d’une nouvelle naissance, d’une renaissance, d’une nouvelle vie ?

Propos recueillis par Marie-Blanche Camps

 

I’ve got life

Blandine Lenoir, 2017