Interview de Juliette Boudre :

Juliette, comment allez-vous aujourd’hui, 18 mois après le départ de Joseph ?

Ça va, merci. J’essaie de rendre la maison joyeuse et la vie aussi agréable que possible pour les garçons. On parle sans tabou de Joseph quand même. Je travaille beaucoup, ce qui aide à trouver un équilibre, mais la pratique de la méditation est certainement l’un de mes piliers.

Vous exprimez très bien la rage qui a pu vous habiter face à l’irresponsabilité de certains médecins. Avez-vous retrouvé confiance en eux ? Que disent-ils quand ils sont mis face à leurs responsabilités ?

À vrai dire, la plupart des psychiatres que j’ai rencontrés me remercient de leur avoir ouvert les yeux et reconnaissent parfois les lacunes de leur formation, notamment depuis que les benzodiazépines ont remplacé les barbituriques. Des parents appellent au secours, des addictologues me proposent de travailler ensemble. Je reçois des messages bienveillants parce que notre histoire résonne malheureusement chez beaucoup de gens. Si je n’ai pas de solution à offrir aujourd’hui, j’envisage en revanche de me rapprocher du corps médical pour me rendre plus utile.

Combattre l’usage combiné des anxiolytiques et des opiacés… Quel rôle pouvez-vous jouer dans ce vaste chantier ?

Créer un éveil, sans doute. Alerter sur la prescription beaucoup trop facile et automatique de médicaments dangereux. Je témoigne déjà dans les lycées – les histoires vraies exerçant souvent un pouvoir réel sur les consciences. Mais je ne suis ni « anti-labo » ni porte-parole de qui que ce soit.

Quel message souhaitez-vous faire passer aux parents, aux jeunes, aux enseignants et aux soignants ?

J’ai surtout envie de souligner qu’on n’est pas obligé de se faire prescrire des médicaments dès la première crise d’adolescence ou phase dépressive. Les « benzos » n’ont d’ailleurs jamais apaisé les angoisses de Joseph… Le temps peut aussi améliorer les choses. Ne pas casser le lien. Rechercher des thérapies alternatives…

Avec votre douloureuse expérience, pensez-vous qu’une stratégie différente aurait pu contrarier la fatalité ?

Honnêtement, je ne sais pas. Vu le profil de Joseph et sa constante envie de « planer »… Il aurait sans doute trouvé des échappatoires, par tous les moyens, mais je ne sais pas.

Après la cure de 4 mois en Espagne, croyez-vous dans l’efficacité de ce genre de traitement de l’addiction par administration de drogues à haute dose ?

Une cure n’est efficace que si le protagoniste l’a profondément choisie. Joseph l’a suivie plus par dépit que par choix, même si une fois sur place il a trouvé que c’était le paradis de pouvoir « se shooter » à gogo… C’est quand on sort que c’est dangereux. Il faut une maturité, une force que tout le monde n’a pas pour s’en sortir pour de bon. Je me dis souvent que j’aurais dû faire le tour du monde avec lui, le faire rêver sainement pendant deux bonnes années. Mais rien ne dit qu’il n’aurait pas sombré ensuite. 

Après le 29 décembre 2016, vous partagez de brèves mais lumineuses informations sur votre vie – ou votre survie – après la mort de votre fils… Peut-on y lire un message d’espérance ?

Elevée chez les sœurs, j’étais très cartésienne… Or je me suis rendu compte que sans spiritualité on ne pouvait pas supporter cette séparation insensée. Quand on est plus ouvert au spirituel, on perçoit des choses qui nous échapperaient autrement. J’ai reçu tellement de signes précis de Joseph que ce n’est pas possible pour moi de ne pas croire qu’il y a quelque chose après la mort. Non seulement c’est réconfortant, ça fait du bien, mais scientifiquement, je trouve ça aussi très intéressant. 

Pouvez-vous m’en dire davantage sur le portrait de Joseph reçu la veille de sa disparition ?

Cette photo est troublante. On y voit un halo de lumière traverser son visage. Son regard est comme habité. Il parait très apaisé, heureux. Alors qu’il était complètement intoxiqué… C’est bouleversant parce que j’ai l’impression qu’il était déjà un peu ailleurs. En paix.

Vous avez même l’audace de croire à une communication avec votre fils dans l’au-delà…

Mon plus jeune fils n’avait que 3 ans et demi à la mort de Joseph. Une semaine après, il avait déjà des mots étranges comme « inspirés » à son sujet. Depuis, il le voit partout ! Au plafond, auprès de lui, dans la prière. C’est bizarre. Mais on peut dire qu’un contact régulier s’est établi avec son frère. Un contact confiant et plein d’amour.

Caroline Kowalski