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Avec sa comédie itinérante La Vache (One man and his cow), le réalisateur Mohamed Hamidi a réalisé l’un des plus grands succès de l’année 2016, enregistrant plus de 1 300 000 entrées en salles. De passage à Londres pour présenter en avant-première son film au London’s Favourite French Film 2016, le réalisateur a bien voulu répondre aux questions de L’ECHO Magazine.

L’ECHO Magazine : Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de faire ce film ?

Mohamed Hamidi : Après mon premier film, Né quelque part (2013), qui était un film sur l’Algérie, je me suis dit que ce serait intéressant de raconter la France, qui est finalement le pays que je connais le mieux. J’aime beaucoup la littérature de voyage. Comme tout le monde, j’ai lu les Lettres persanes. Et cette idée m’est venue de raconter la France avec un œil extérieur, comme un conte : la traversée d’un type un peu naïf, un peu idéaliste, avec sa vache, qui a un rêve et qui embarque tout le monde avec lui !

L’ECHO Magazine : Justement, l’œil extérieur de Fatah, le personnage principal, est celui d’un Algérien très francophile qui est dans une espèce d’extase à son arrivée en France. Comment l’expliquez-vous ?

MH : Par l’Histoire, car cet œil-là existe vraiment. On dit d’ailleurs souvent avec Fatsah (Bouyahmed, l’acteur principal, ndlr) que les plus gros conservateurs de la culture française sont les Algériens ! Ils sont fans de politique, de chanson, d’histoire française. Parce qu’effectivement, les personnes de l’âge de Fatah sont allés à l’école française et ont encore ce regard en permanence tourné vers la France. D’où un certain enthousiasme qu’il transmet aux gens qu’il croise.

L’ECHO Magazine : La bande-son d’Ibrahim Maalouf est particulièrement adaptée à la déambulation burlesque des héros. Comment s’est fait la rencontre entre vous deux ?

MH : Sur Né quelque part, la musique était faite par Armand Amar, qui avait invité Ibrahim Maalouf à faire des trompettes. J’étais venu à ses prises de son, et là, je suis tombé amoureux. Étant moi-même musicien, j’accorde beaucoup d’importance aux bandes originales. Par ailleurs, j’adore les films d’Emir Kusturika qui sont des films de déambulation, pleins de musiques de fanfares désordonnées. Je voulais reprendre cette idée de la fanfare avec Ibrahim pour La Vache, et on a donc travaillé ensemble, au Liban puis à Paris avec un orchestre. C’était extraordinaire, je trouve qu’il a tout à fait réussi à mettre en musique ce que j’avais en tête.

L’ECHO Magazine : Il y a deux scènes très belles qui concernent la religion : la visite d’une église solitaire et la prière de Fatah en plein champ. Pourquoi avoir choisi cette pudeur dans le traitement du sacré ?

MH : Parce que c’est comme ça que je conçois le sacré. Mes parents faisaient la prière de manière naturelle, dans leur chambre ou dans le salon, ça ne gênait personne. Et c’est ainsi que je pense la religion, comme quelque chose de privé, de naturel aussi. Effectivement, ce n’est pas la tendance du moment, mais c’était important pour moi de voir que le personnage est aussi quelqu’un d’ouvert au point de vue religion, quelqu’un de spirituel en fin de compte.

L’ECHO Magazine: En parcourant les critiques du film, on s’aperçoit que certains vous reprochent de dresser un portrait idyllique de la France, trop beau pour être vrai. Que leur répondez-vous ?

MH : Je réponds que je l’assume tout à fait. Quand on fait une comédie, il y a des prises de positions, quand on anime une chaîne info, c’est l’inverse. Quand on regarde BFMTV, i-Télé ou LCI, on ne nous montre que des choses angoissantes, je voulais que mon film soit plutôt porteur de choses gaies, positives. Cette image de la France n’est pas fantasmée, ce sont des moments choisis, de rencontre et d’échange. J’avais tourné une scène où Fatah se confrontait à des racistes et puis je l’ai enlevée parce que finalement, je n’avais pas envie de leur donner une tribune.

Propos recueillis par Joseph Boju

joseph.boju@gmail.com