Les Super héros de votre assiette ont-ils vraiment de Super pouvoirs ou sont-ils une Super arnaque marketing ?

C’est LA tendance et c’est LE rayon qui se développe : les « super aliments ». Au palmarès 2018, les champignons chaga, la pulpe de baobab, le moringa, l’acaï, le maqui, le maca, le matcha, le jus de gazon (si ! si !)… et non, cette année, pas le kale ; lui, il descend au cran des vétérans aux côtés de l’ail, l’avocat, l’huile d’olive, le sirop d’érable, l’huile de foie de morue… Ils répondent aux préoccupations modernes des beautiful people et super consommateurs urbanisés que nous sommes devenus. Et oui, de simples mangeurs, nous nous sommes transformés en experts de la nutrition, en quête de l’assiette parfaite – celle qui nous promet énergie et protection, celle qui va nous faire vivre plus longtemps en pleine santé.

Le très flatteur et très énigmatique terme superfood ne correspond à aucune définition scientifique. C’est une création du marketing anglais. Les superfood sont des aliments majoritairement issus du monde végétal avec des teneurs en un ou plusieurs nutriments bien supérieurs à leur famille botanique. Pour la plupart inconnus des occidentaux il y a 15 ans, ils ont en commun un nom cabalistique, une incroyable densité nutritionnelle et une aura toute particulière du fait de leur origine géographique lointaine. Ils évoquent les hauts plateaux du Tibet, l’Amazonie … les peuples indigènes épargnés par les maladies d’aujourd’hui.

Dans un contexte de méfiance croissante à l’égard des produits de l’industrie alimentaire, ils endossent un rôle « correcteur » face à ces aliments transformés qui perdent la majorité de leurs propriétés dans les usines. Ils apparaissent comme une solution facile pour compenser la pauvreté de l’alimentation moderne

Peu importe s’ils ont mauvais goût, il paraît qu’ils vous font du bien. Ce sont les médias qui confirment ! L’heure est à la condescendance envers tous ceux qui engouffrent des nuggets en toute ­inconscience pendant que vous ­savourez un affriolant jus de curcuma aux baies de goji. Lançons-nous donc dans l’odyssée du bien-manger ! En effet, les cranberries concentrent des doses record de vitamines et d’antioxydants : plus que les fraises…, mais autant que le cassis, la myrtille ou l’ananas.

Le kale … c’est du chou ! Le préféré du couple Obama certes, mais il n’a rien de plus présidentiel que les autres légumes. Il contient même moins de fibres que ses petits cousins de Bruxelles, moins de carotènes que les carottes, moins de minéraux que les épinards.

L’acaï : hyper vitaminé, mais rien à envier aux canneberges

Les graines de chia renferment plus d’oméga 3 ­que le saumon, plus des fibres, du calcium, des protéines. Mais essayez donc d’en avaler 100 g ! bien moins facile que 100 g de poisson ! Vous trouverez aussi une grande quantité d’acides gras insaturés dans les noix, et de fibres dans les légumes secs

La spiruline est riche en vitamine B12 (c’est rare dans le monde végétal et donc précieux pour les végétaliens). Elle a une forte teneur en calcium et en fer : oui ! oui ! Mais il serait illusoire de penser qu’il suffit d’ajouter des algues à votre pizza ou à votre tiramisu pour retrouver votre équilibre alimentaire ! Oui, vous pouvez mettre ces nouveaux produits exotiques à toutes les sauces ! Ils enrichissent nos traditions culinaires de saveurs nouvelles, et nous font voyager comme par magie !

Mais pourquoi tourner le dos aux produits « bien de chez nous » dont le contenu nutritionnel est équivalent ? Le brocoli, c’est moins glamour certes, mais moins cher et à portée de main !

Francine Joyce, diététicienne

francine@dietconsulting.co.uk

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