Dans une petite salle à l’entrée de l’ancien grand cloître du monastère, le musée retrace l’histoire de Charterhouse, depuis sa fondation au XIVe siècle. Et l’on découvre que le lieu a un lien fort avec l’ordre français des Chartreux, d’où son nom…

 

 

The House of the Salutation of the Mother of God, la petite chapelle du cimetière -construit aux portes de la City pour les nombreuses victimes de la peste noire de 1347-1352- servit de base à la construction d’un monastère de l’ordre des Chartreux, en 1371, par Sir Walter Manny. À cette époque, 150 « maisons » sont réparties en Europe, les moines chartreux étant accueillis comme des représentants exemplaires de l’ascétisme et de la mystique.

C’est Saint Bruno qui créa l’ordre des Chartreux en France, en 1084, avec un premier monastère en Isère, dans le massif de la Chartreuse. La vie semi-érémitique de la communauté est régie par des statuts, et le type architectural du monastère (la chartreuse) comprend toujours un grand cloître, des lieux communautaires (dont l’église ou la chapelle), des ateliers et les cellules des moines, regroupées autour du cimetière. Il existe encore aujourd’hui, dans le monde, dix-huit chartreuses masculines (dont St Hugh’s Charterhouse à Parkminsterdans le Sussex),et cinq chartreuses féminines en activité.

Charterhouse, quant à elle, devient propriété de la couronne, après sa dissolution par Henri VIII (qui fit exécuter les seize derniers moines en 1535), puis l’une des plus grandes demeures privées de Londres. Le philanthrope Thomas Sutton (1532-1611), qui fit fortune dans l’immobilier, racheta les lieux à la famille du duc de Norfolk pour y installer une maison d’accueil au profit des déshérités de la ville. Charterhouse devint ainsi, dès 1611, la plus grande association caritative du pays avec un hôpital, un hospice qui accueillait jusqu’à 80 « Poor Brothers » et une école de garçons.

L’école (Charterhouse) existe toujours, mais elle a déménagé en 1872 à Godalming dans le Surrey, elle est maintenant ouverte aux filles. 43 Brothers,dont une première femme depuis 2017, demeurent toujours à  Charterhouse, à deux pas du Barbican. Les demandes de logement se font sur dossier, et sous conditions de ressources. Une fois admis, les Brothers (sans aucune connotation religieuse), acteurs, artistes, journalistes, prêtres à la retraite, bénéficient jusqu’à la fin de leur vie d’un logement particulier, moyennant un loyer très faible, ont accès à l’infirmerie, à un studio d’art, à la bibliothèque, à des activités comme les clubs de lecture, poésie, théâtre et aux repas pris à la cantine, matin, midi et soir, en présence duMaster, une femme,pour la première fois de l’histoire, depuis 2017 également. « Nous avons une vie communautaire entre Brothers, nous nous voyons aux repas, et pendant les activités. Mais nous sommes libres d’aller et venir, et nous prenons des vacances. »

Et quand on demande à Philip comment il est arrivé à Charterhouse, « C’est parce que c’est une bonne façon de ne plus jamais me faire à manger ! », dit-il en riant.

Les Brothers proposent, sur réservation, des visites guidées des bâtiments (un des Brotherspropose une visite en français). Vous saurez ainsi tout sur la chapelle et la tombe de Thomas Sutton, le Grand Hall construit en 1540 (aujourd’hui le réfectoire), la bibliothèque, une partie du cloître original, reconstruit en 1571 par le duc de Norfolk, le jardin (on apprend que les moines étaient végétariens et que la première récolte de mûres est encore aujourd’hui offerte au maire de Londres en été), la Grande Salle, dans laquelle Elisabeth I a siégé, en novembre 1558, juste avant son entrée dans la City en tant que reine (à l’époque la maison appartient au quatrième duc de Norfolk), tout comme le roi James I, en mai 1603, juste avant son couronnement.

The Charterhouse, Charterhouse Square, EC1M 6AN

Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 17h

Entrée gratuite (musée et chapelle) – Visite guidée par un Brother : £15 (réservations sur www.charterhouse.gov.uk)

Possibilité de louer des salles pour des réceptions ou événements privés.

Métro : Barbican

 

Marie-Blanche Camps