| Tessa Guild | Avril 2020 |

 

Crédit photo : Tessa Guild

 

Partir à l’étranger pour une année en immersion totale en 3ème année d’université permet de mettre en pratique ses connaissances et de découvrir ses capacités d’adaptation.

 

Pour mon double cursus espagnol/arabe, j’ai choisi de m’envoler d’abord pour Santiago du Chili. Durham University m’a laissé le libre choix d’un pays hispanophone. Le Chili m’a toujours attirée, en particulier pour la diversité et la beauté de ses paysages, du désert d’Atacama au nord, à la Patagonie au sud. Au début, j’ai hésité entre différentes destinations puis après avoir parlé avec plusieurs personnes revenues enchantées de leur année au Chili, j’ai pris ma décision. Contrairement à certains amis, je ne souhaitais pas faire un échange universitaire avec le risque d’être tentée d’intégrer des groupes d’étudiants étrangers. J’ai donc opté pour deux stages professionnels, dans le conseil et puis dans une agence de pub afin d’être en immersion totale avec des Chiliens.

 

En tant qu’européen, on est très peu dépaysé au début. A priori, le Chili est un pays sûr et rassurant ! C’est une république de type présidentiel, en transition démocratique depuis 1990. Cette transition, encore inachevée, est l’épilogue d’une dictature militaire qui a duré plus de 16 ans, de 1973 à 1990, sous la conduite du général Pinochet. Depuis, Santiago est devenue la ville la plus occidentalisée d’Amérique du Sud. Son système de transport efficace, des supermarchés à l’américaine acceptant les paiements par carte, une ville accueillante pour les étudiants étrangers : tout semble proche de ce que nous connaissons. Santiago est une ville dotée de nombreuses universités ayant des accords avec l’Europe. Il est facile de s’y loger (je partageais une maison avec douze autres étudiants, européens et chiliens) et de se promener dans les rues à toutes heures sans être inquiété.

 

Soudain, mi-octobre la situation socio-politique explose ! Les universités européennes s’inquiètent pour les étudiants partis au Chili et réagissent aux images de violence qui circulent sur les médias. L’augmentation du prix du ticket de métro d’environ 0,30 € est la goutte qui fait déborder le vase. C’est en fait une révolte contre l’accès inégal à l’éducation, des retraites trop faibles, des soins de santé inadéquats et la corruption. Le modèle chilien vole en éclats et le gouvernement décide de faire venir l’armée. Les transports publics brûlent, les pharmacies et supermarchés ferment et c’est la panique avec les ruptures de stocks. Le pays entier bascule dans un climat d’incertitude. En s’approchant du centre, on croise les chars de l’armée et on respire l’odeur des gaz lacrymogènes. Il vaut mieux éviter de se retrouver au milieu d’un affrontement entre civiles et militaires ou policiers. Ainsi, les universités ferment et les étudiants en échange à Santiago rentrent prématurément en Europe. Je décide de rester puisque mon lieu de travail ferme temporairement et je travaille de chez moi en attendant que les choses se calment. La stabilité du Chili semble bien fragile au regard des tensions sociales profondes qui deviennent évidentes. Mes impressions superficielles du début sont remplacées par une analyse bien différente. En effet, cette révolte contre le gouvernement central et une société profondément inégalitaire change le cours de l’histoire du Chili. Mes amis chiliens sont inquiets pour leur avenir et n’ont pas les moyens de faire grève pendant longtemps. Il est bien difficile d’exprimer l’identité de la jeunesse chilienne lorsque tout le pays est secoué par une telle crise de confiance.

 

Comment bien choisir son pays de destination ? Avant tout cela se prépare en déterminant ce qui vous intéresse vraiment car le contenu des cours pour étudiants étrangers est parfois décevant. Si c’est voyager et voir des paysages uniques, je recommande vivement le Chili. Si c’est pour y étudier il faut savoir qu’il y a peu d’heures de cours et qu’on a le temps de voyager. Si c’est pour faire un stage, le Chili n’est pas la meilleure option car la journée de travail est longue (9h-18h) et que les stagiaires sont mal payés (maximum €200 par mois). Il faut donc réserver quelques semaines avant ou après le stage pour partir à la découverte du pays. Oublions l’université et ouvrons-nous à de nouvelles cultures, voyageons et vivons des rencontres inoubliables. En étant loin de ses amis et de sa famille, on sort de sa zone de confort et on apprend beaucoup sur soi-même. L’année à l’étranger continue et je suis maintenant à Beyrouth, pour mon deuxième semestre, étudiante en arabe. Depuis l’automne, la population libanaise est aussi descendue massivement dans les rues pour contester une classe politique jugée corrompue. Le pays est au bord de la banqueroute. Il y a-t-il un dénominateur commun ?

 

Tessa Guild

 

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