| Karine Tournier Bodaghi  | Octobre 2019 |

 

 

Tout semble s’accélérer, muter, nous dépasser parfois. La technologie évolue vite, les sciences nous amènent à reconsidérer nos connaissances en génétique, biologie, physique, informatique, neurologie…

Qui n’a pas le sentiment de traverser un changement sans précédent : une explosion démographique, une diminution des ressources naturelles, avec des conséquences écologiques et humaines qui nous concernent directement et prochainement. Ce monde en mouvement a pour conséquence une volte-face inconfortable, nécessaire et parfois salutaire pour beaucoup.

 

J’observe, je me demande

J’observe. Je suis parfois glacée, parfois pleine d’espoir, subjuguée par nos capacités humaines à aller vers le pire et le meilleur, à être à la fois si petits et si grands. À agir à partir de l’enfant en nous, vulnérable, réactif, contrôlé par ses émotions et sa survie. Et aussi à agir à partir de l’adulte, puissant, assuré, constructif, efficace, coopératif et ouvert.

Je me demande : Est-ce le monde qui change ou ma perception du monde qui change ? J’ai l’impression d’avoir régulièrement besoin d’une MISE A JOUR !

Grâce à ce que m’ont apporté diverses lectures et formations, j’évolue désormais en ayant quelques directions plus claires qui ont littéralement transformé ma vie et mon rapport au monde.

C’est ce que je vais partager avec vous. Sans rien imposer, juste proposer.

 

Quand notre but affiché est la recherche de plus de fluidité, de détente, d’équilibre, d’amour, de tendresse, de joie…nous avons des stratégies incroyablement variées et créatives pour y arriver, nous sommes tellement pleins de belles intentions… Or nous atteignons souvent l’inverse !

C’est à la fois tragique et drôle. Et j’aime en moi, en nous, cette humanité, avec ses contradictions et ses incohérences.

Un point de départ possible pour chacun d’entre nous : aimer nos défauts, nos manies, nos petitesses, nos erreurs, nos résistances, nos sabotages ; apporter de la tendresse à notre système intérieur.

 

Communication Non Violente

Je parlais un jour de Communication Non Violente

– Interlocuteur : C’est bizarre ce nom, je ne suis pas violent moi, c’est fait pour des personnes violentes ?

– Moi : Ah. Parle-moi d’une situation que tu regrettes.

– Interlocuteur : Un ami gravement malade que je n’ai pas eu le temps d’aller voir, je m’en suis vraiment voulu. Mais je n’ai pas été violent avec lui !

– Moi : Ok. Et toi, comment tu t’es parlé à l’intérieur ? Que t’es-tu dit ?

Interlocuteur : Je me sentais coupable, mauvais garçon, je me trouvais nul, pas fiable, incapable de m’organiser pour soutenir mon ami

La violence commence en nous, dans la façon dont nous nous parlons, dont nous accueillons toutes ces voix intérieures qui peuvent « nous taper dessus », ces voix qui nous répètent que nous sommes nuls, incapables, incompétents, que nous ne changerons JAMAIS, que nous sommes TOUJOURS aussi bêtes, qu’il FAUDRAIT faire ceci, que nous DEVRIONS être comme cela.

 

ni bisounours, ni intellectuel

La mise à jour commence là. Dans la tendresse, l’amour et le respect que nous nous apportons ou que nous allons chercher et demander autour de nous.

Ce n’est ni bisounours, ni intellectuel. Je ne cherche pas à vous convaincre. Je vous invite à l’expérience.

Pour ma part, j’observe : Plus je me respecte, plus je me sens respectée par les autres.

Plus j’apprends à m’écouter, à traduire mes jugements, à me connecter à mes émotions, à reconnaître mes besoins, à exprimer des demandes claires et ouvertes (l’autre a le droit de me dire non !), plus je me détends, plus c’est fluide.

Si je n’y arrive pas, c’est bien aussi !

Ne plus rechercher la perfection, « juste » faire de mon mieux à chaque instant.

Et mon mieux varie : parfois, c’est très petit, parfois c’est immense.

Parce que je suis humaine.

J’apprends à vérifier que je suis bien en accord avec moi-même. J’apprends à prendre le temps.

Cela parait simple. Presque naïf. Oui c’est simple. Et difficile en même temps. C’est une pratique qui demande à la fois douceur et persévérance.

J’entends certains rétorquer : On n’a pas le choix dans la vie. Ou peu. C’est comme ça.

 

Pourtant

Regardons ce qui se passe quand nous pensons cela. Quels sont les « avantages » sous-jacents ?

Je n’ai pas le choix : c’est la faute des autres, de la société, de Monsanto, des gouvernements, des grévistes, des journalistes, du système, de l’argent, des fainéants… Je suis victime, ce n’est pas de ma faute.

Cela permet de se déresponsabiliser.

L’alternative est de culpabiliser : tout est de ma faute, j’aurais du ou je n’aurais pas du faire cela. On retombe dans la violence intérieure décrite plus haut.

Une autre est de choisir au lieu de subir. C’est difficile, inconfortable, responsabilisant et… libératoire !

Cela ouvre à plus de possibilités.

Cette mise à jour se fait pas à pas.

Parfois avec de l’aide car nous ne pouvons pas toujours faire seul.

 

quelques pistes

Concrètement, voici quelques pistes. Ne me croyez pas sur parole. Expérimentez, essayez, jouez !

  • RESPIREZ ! Ralentissez. Observez votre corps.
  • quand vous avez l’impression de subir, regardez quels besoins et rêves vous nourrissez et décidez de choisir en conscience (par exemple, si vous allez au travail à reculons, regardez ce que votre travail vous apporte : la sécurité financière ? le lien social ? du sens à votre vie ? le sentiment d’être utile ? etc.)
  • rappelez-vous que nous sommes uniques et que nos émotions et besoins varient d’instant en instant donc soyez vigilants vis-à-vis des généralités, les « il faut/on doit », les « toujours/jamais », qui sont souvent des endroits d’exigence envers nous-même ou envers les autres
  • préférez l’inspiration à la comparaison : « Il sait faire cela et pas moi, je suis nul »… peut devenir « Il sait faire ça, je pourrais apprendre aussi ou bien je pourrais déléguer ou bien je pourrais coopérer avec lui sur tel sujet où nous sommes complémentaires »
  • cherchez d’autres choix possibles quand vous n’en voyez que deux. C’est souvent possible justement ! Une stratégie consiste à demander aux autres leurs idées, à prendre ou à laisser ensuite
  • il est souvent possible de trouver une stratégie commune à deux options ou à deux personnes en regardant les besoins sous-jacents (voir les livres sur la CNV)
  • vérifiez le consentement (le vôtre et celui de l’autre), en validant que vos « oui » et vos « non » sont vrais (combien de fois avez-vous dit oui alors que vous vouliez dire non, et inversement ?)
  • proposez des choix aux autres, intéressez-vous vraiment à ce qu’ils disent, écoutez ! Imposer de force entraine soumission ou rébellion chez l’autre
  • utilisez la description plutôt que l’évaluation. Plus vous entrez dans les détails, moins vous risquez de juger
  • exprimez authentiquement ce que vous ressentez et ce que vous demandez, avec clarté et délicatesse

 

Ceci paraît plus facile à dire qu’à faire. Encore une fois, c’est une pratique. Pas un dogme ou une nouvelle mode.

C’est aussi très corporel. Personnellement, je « sens » si le courant passe ou pas avec quelqu’un en observant dans mon corps et dans le sien comment je suis/il est détendu(e)… c’est vraiment un repère.

Est-ce le monde qui change ou ma perception du monde qui change ? Peut-être les deux

Quoi qu’il en soit, je CHOISIS d’être ACTRICE, plus responsable et plus libre.

Avec plus ou moins de résultats… Et vous ?

 

Karine Tournier Bodaghi

karine@communiquer-autrement.com

 

Références :

  • ROSENBERG Marshall, Les mots sont des fenêtres ou bien des murs, La découverte, plusieurs rééditions (la dernière en 2016) , 264 pages
  • FABER Adèle et MAZLISH Elaine, Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent, Aux Editions du Phare; édition revue et augmentée (12 octobre 2012), 408 pages