Les alumni : l’ADN d’une institution 

| Stéphane Rambosson | Mars 2019 |

 

Crédit photo : JulietteMartineau

 

Nous sommes tous les anciens de quelque chose et en particulier lorsque nous nous souvenons de lieux ou d’expériences partagés ensemble. Parmi les institutions les plus structurantes qui forgent un être humain, l’école et l’université ont une place particulière et absolument essentielle. Les communautés d’Alumni constituent des groupes puissants dont le rôle est considérable.

 

Alumni : un critère clé dans le choix d’une institution où la taille joue

Lorsque le Proviseur demande aux Alumni de participer à la première journée Portes Ouvertes du Lycée Charles de Gaulle, c’est sans doute car cela peut être un critère objectif dans le choix de Charles de Gaulle pour tout élève ou parent : en effet, les anciens disposent de près de 2000 membres inscrits sur leur site, dans leur base de données et dans leur messagerie, et environ 2500 inscrits sur le réseau LinkedIn. C’est en effet l’Association des Anciens qui a créé en 2011 l’annuaire des promotions sortantes, permettant aux bacheliers et aux diplômés des A-Levels d’intégrer dès leur sortie la communauté des anciens. Une osmose exceptionnelle, dont les bénéfices sont multiples, se crée ainsi entre l’institution et ses diplômés de toutes générations repartis sur les 5 continents.

La qualité d’un réseau et le nombre d’anciens peuvent rendre ce réseau extrêmement attractif : c’est le cas pour des lycées tels que Charles de Gaulle à Londres, mais aussi pour les grandes écoles et universités. Sciences Po Paris par exemple dispose de plus de 50000 anciens, ce qui représente une force de frappe considérable. Cette communauté se bonifie chaque année compte tenu de la forte croissance de l’institution qui compte désormais 13000 étudiants (dont près de 50% de non-français), un nombre désormais supérieur à celui de son grand partenaire britannique, la LSE, et avec comme ambition de se rapprocher des grandes universités anglo-saxonnes, comme Oxford (24000) et Cambridge (20000). Les réseaux sociaux ont démultiplié cette force de frappe en permettant aux Alumni de communiquer et de s’entre-aider en permanence.

 

Les réseaux d’Alumni sont aussi un outil potentiellement puissant dans le cadre des orientations académiques et professionnelles

En tant qu’ancien Sciences Po, lorsque j’ai découvert que la grande banque américaine Citi dans laquelle je travaillais, recrutait en France uniquement auprès des trois plus grandes écoles de commerce, j’ai entrepris la promotion en interne des candidats issus de Sciences Po Paris ; de multiples embauches de Sciences Po ont suivi.  Il en est de même pour les stages, pour lesquels les Alumni sont une source importante, souvent mal ou peu utilisée.

En dépit de la facilité d’accéder à de très nombreuses informations, et peut-être en raison de la forte évolution des métiers également, les étudiants restent en majorité tardivement indécis sur leurs projets professionnels voire académiques. Grâce aux Alumni, ils peuvent s’adresser à une communauté qui sera bienveillante pour les accompagner dans leurs choix. Ainsi, les Anciens de Charles de Gaulle organisent des rencontres avec des Alumni présentant leur secteur et carrière. Les étudiants de 1ére et Terminale, en rejoignant l’Association des Anciens, peuvent aussi s’adresser aux 2000 autres inscrits/anciens pour leur demander conseil sur les études qu’ils pourraient mener et sur les métiers qu’ils pourraient choisir. Cette solidarité naturelle quasi-familiale est unique.

 

Un élément important de la solidarité des individus et du financement des institutions

 Il y a une décennie, feu le directeur de Sciences Po Richard Descoings m’avait demandé de faire une intervention sur le mécénat lors de la cérémonie de diplomation devant un millier d’étudiants frais émoulus de l’institution. En France, le mécénat ne fait pas partie de notre ADN mais reste pourtant fondamental. Par contraste, certains diplômés de grandes universités américaines se donnent comme objectif de verser in fine 50% de leurs revenus à leur alma mater. Heureusement, les mentalités évoluent : ainsi, avec Cécile d’Angelin et les autres Trustees de Sciences Po Alumni Trust UK nous avons levés près de GBP 4.8 millions pour financer des projets de l’institution. Celle-ci lance cette année une campagne pour lever EUR100 millions pour ses 150 ans, en grande partie grâce à ses Alumni. Cela parait encore limité par rapport aux niveaux atteints par les grandes universités anglo-saxonnes – Michael Bloomberg ayant versé environ USD1,8 milliards à John Hopkins University au profit d’étudiants nécessiteux.

Le mécénat contribue de façon considérable et cruciale au financement de projets de développement des universités. Pour les étudiants d’excellence disposant de peu de moyens financiers, un nombre important de bourses financées par les Alumni existe, démontrant une solidarité intergénérationnelle au sein des Alumni. Ainsi Sciences Po Paris affiche plus de 30% de boursiers parmi ses cohortes (les 30% de boursiers ne sont pas financés dans leur totalité par les Alumni mais surtout par les frais de scolarité plus élevés de ceux qui ont les moyens de payer).

 

L’osmose entre les Alumni et leur institution est essentielle

Les universités anglo-saxonnes assurent pleinement cette osmose puisque les Alumni sont quasiment partie intégrante de l’Université. Ils disposent généralement d’un secrétariat financé par leur institution et de locaux au sein de celle-ci. Le board des Anciens est composé d’Alumni ayant en général eu une carrière de premier plan dans leur secteur, et capables de contribuer en temps et en argent. Il organise des évènements faisant vivre et rayonner le réseau et l’institution, et lève des fonds. C’est notamment le cas de la LSE qui sollicite des anciens fortunés tels que George Soros.

Le modèle français est souvent différent puisque les associations d’anciens sont généralement des structures juridiques indépendantes – telles que des associations Loi 1901 ou des fondations, et de ce fait le niveau d’osmose entre l’institution et les associations d’anciens peut varier. Il est impératif de développer des liens très forts entre l’institution et ses anciens dans la mesure ou leurs intérêts sont alignés. Les Alumni sont au service de leur institution pour assurer son rayonnement et l’institution doit respecter ses anciens et reconnaitre leur contribution.

 

Chaque alumnus enrichit l’ADN d’une institution et vice et versa

La qualité d’une institution se mesure à certains critères – la qualité de son enseignement et de ses enseignants, la position dans les classements, le campus, la réputation et l’ancienneté, la qualité, le nombre et la diversité des étudiants et des Alumni et les carrières de ses Alumni. Ces derniers enrichissent clairement l’ADN d’une institution et celle-ci fait partie du leur. Ne qualifie-t-on pas communément les individus ou professionnels par leur institution : c’est un centralien, c’est une ESCP-Harvard, etc.

La diversité d’une institution sur tous les plans, y compris de ses Alumni, en termes de génération, de milieu social, de discipline et de métier, etc. peut bien évidemment en faire sa richesse. Le manque de diversité sociale dans les grands établissements français a motivé Sciences Po à recruter une partie de ses étudiants dans les ZEP, une mesure critiquée mais finalement suivie sous des formes variées dans d’autres établissements. Dans ce contexte, et grâce au mécénat notamment, les Alumni contribuent à l’ascenseur socio-professionnel.

Démontrant l’importance des Alumni et s’appuyant sur les réseaux sociaux, nombre de grandes entreprises ont elles aussi créé des associations d’anciens de leur maison, qui contribuent ainsi à son rayonnement : les anciens de McKinsey ou de Goldman Sachs forment des réseaux dignes de la puissance de leur institution.

 

Les Alumni valorisent leur institution, assurent son rayonnement et son développement, et s’enrichissent eux-mêmes : un ruissellement bien efficace.

 

Stéphane Rambosson