| Cécile Faure | Novembre 2020 |

 

Amitav Ghosh est né en 1956 à Calcutta, a fait ses études à Dehli et Oxford, et vit aujourd’hui à Brooklyn (US). Je lis toujours avec délice ses ouvrages, en anglais, langue dans laquelle il écrit, ou en français, bénéficiant d’une très belle traduction ! Depuis sa première publication en 1986, il a reçu de nombreux prix pour ses fictions, mais aussi pour son recueil d’essais publié en 2016, « The Great Derangement – Climate Change and The Unthinkable », éd. The University of Chicago Press.

 

Amitav Ghosh

 

 

À l’origine de cet ouvrage, segmenté en trois parties – Nouvelles, Histoire et Politique – et très largement documenté (161 références), quatre conférences données à l’Université de Chicago, dans le cadre d’un cycle consacré à l’Anthropocène (1).

La notion même d’une ère géologique ainsi conditionnée par l’action de l’Homme est apparue dans les années 80, et n’a cessé depuis d’être à l’origine de controverses sur sa définition et sa validité. Ce sont le Prix Nobel Paul J. Crutzen, chimiste de l’atmosphère, et Eugene F. Stoermer, chercheur spécialiste des diatomées (2), qui en 2000, conclurent que le début de cette ère géologique coïncidait avec la croissance notable de « gazes à effet de serre » (dont l’empreinte est visible dans les prélèvements de carottes de glace) résultant de l’activité humaine et étroitement liée à l’invention de la machine à vapeur de James Watt (1784).

L’ouvrage d’Amitav Gosh, relativement mince compte tenu du sujet plus que brûlant qu’il aborde, est d’une incroyable densité. Je n’ai cessé de lire et relire certaines phrases, de les souligner pour y revenir. Si le propos est clair, il est malgré tout incroyablement déstabilisant, et vaut d’être décortiqué et illustré comme il le fait.

Donc trois sections pour aborder le sujet du Changement Climatique, où plus exactement, en analyser la perception sociétale qui en est faite au travers de la littérature, du déroulement de l’Histoire, des paroles et actes politiques. Et de mettre en évidence, l’incapacité de l’Homo Educandus (3), effroyable quand on y pense, à faire preuve de véritable imagination, de saine perspicacité et d’honnêteté !

Dans la littérature : depuis toujours, nombreux sont la parole partagée et les textes publiés qui évoquent catastrophes et disparition de l’humanité ou d’un monde jusqu’à présent considéré comme acquis, qui, par l’indigence de l’observation restent confinés au domaine de la fiction alors même qu’ils s’inspirent parfois de faits réels.

Au cours de l’Histoire : la course à l’industrialisation sans vouloir ne serait ce qu’entrevoir un possible impact sur le futur, la fuite en avant dans le consumérisme jusqu’au mur que l’on refuse de voir.

« With all their genius and with all their skill, they ran out of foresight and air and food and water and ideas » and « they were on playing politics until their world collapsed around them » U Thant, Secretary General of the United Nations Environment Programme, 1971

En politique : où la « morale » s’infiltre insidieusement pour remettre en question la validité du propos ou de l’intention du lanceur d’alarme, l’intégrité de celui qui s’engage à modifier ses actes.

Je vous invite à vous saisir de ce livre, à vous l’approprier à votre rythme, à le partager aussi comme je le fais aujourd’hui, parce que demain c’était hier, que le changement climatique a depuis longtemps dépassé l’impensable…

 

Cécile Faure

 

 

 

 

(1) Définition du Larousse : Période actuelle des temps géologiques, où les activités humaines ont de fortes répercussions sur les écosystèmes de la planète (biosphère) et les transforment à tous les niveaux. (On fait coïncider le début de l’Anthropocène avec celui de la révolution industrielle, au xviiie siècle.)

(2) « Ce sont des organismes clés pour la compréhension des écosystèmes marins et sont en grande partie responsables de la production de carbone et d’oxygène dans l’océan. », Institut de Biologie de l’École Normale Supérieure

(3) « l’éducation est évidemment de révéler à un petit d’homme sa qualité d’homme, de lui apprendre à participer à la construction de l’humanitude et, pour cela, de l’inciter à devenir son propre créateur, à sortir de lui-même pour devenir un sujet qui choisit son devenir, et non un objet qui subit sa fabrication. » Albert Jacquard, L’héritage de la liberté, éd. Babelio

 

The Great Derangement The Great Derangement – Climate Change and The Unthinkable
Amitav Ghosh
éd. The University of Chicago Press.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Soyons nature !