Auxiliaires de Vie Scolaire, ce Petit Extra qui n’a pas de prix ! 

| Caroline Kowalski | Février 2019 |

Sous un sigle abscons et un statut précaire, l’AVS/AESH cache une réalité humaine indispensable à de nombreuses familles. Réunis aujourd’hui en association, les Auxiliaires de Vie Scolaire de Londres (désormais intitulés Accompagnants d’Elèves en situation de Handicap – AESH) travaillent main dans la main avec les parents, les enseignants et le vaste réseau de thérapeutes qui gravitent autour de certains élèves et de leurs “différences”. Présentation du Petit Extra.

 

Afin de ne plus délaisser les enfants aux besoins éducatifs particuliers, la loi sur l’inclusion du 2 février 2005 “pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées” a défini les prérogatives de l’AVS/AESH. Un service qui existait sous la forme d’emplois jeunes “assistants d’éducation” depuis 1999 et qui fait désormais partie du paysage de toute école soucieuse d’accompagner les élèves souffrant de troubles de l’apprentissage, quels qu’ils soient.

Dans les écoles francophones de Londres on ne comptait que 4 AVS en 2015. Sous l’impulsion fédératrice de Charlotte Leslé elles sont aujourd’hui une vingtaine de “petites mains” précieuses à offrir une présence et un soutien personnalisé qui peuvent faire toute la différence dans le mieux-être et la croissance de certains enfants.

 

Charlotte, comment s’organise l’aide aux enfants à besoins particuliers dans notre environnement “hors sol”, loin des structures médico-sociales métropolitaines ?

En France ce sont les Maisons Départementales pour les Personnes Handicapées qui recueillent les demandes des familles et orientent les enfants vers des services à la personne (subventionnés). Ici bien sûr, les enfants diagnostiqués with special educational needs par le NHS sont accompagnés, au sein des écoles anglaises, par un SEN teaching assistant sous la supervision d’un SEN coordinator. Lorsque le handicap de l’enfant ne lui permet plus d’être scolarisé dans le main stream, il existe des structures spécialisées publiques ou privées.

 

Mais les familles qui font le choix d’une scolarité française doivent se tourner vers la médecine libérale francophone qui prescrit alors des séances chez l’orthophoniste, le psychomotricien, l’orthoptiste, l’ergothérapeute, le pédopsychiatre, etc. Jusqu’en 2015 elles devaient aussi chercher par elles-mêmes la personne désireuse et capable d’accompagner leur enfant dans les défis du quotidien à l’école… Un vrai parcours du combattant, sans aide financière ni coordination !

Face à tous ces manques constatés, j’ai créé le Réseau AVS en 2015 pour aider les parents à recruter le bon accompagnant pour leurs enfants et mettre en place des rencontres et formations pour AVS. À la rentrée 2018 grâce aux efforts conjoints de parents et thérapeutes, le Réseau est devenu l’association Le Petit Extra. Un service qui centralise un maximum d’informations sur la prise en charge des besoins particuliers de l’enfant, organise des formations, crée du lien et soulage les parents.

 

Existe-t-il des aides financières qui couvrent tout ou partie des frais d’AVS à Londres ?

Les boursiers peuvent déposer un dossier auprès de l’AEFE pour une éventuelle prise en charge partielle des frais d’AVS, mais le délai de réponse est souvent long. Au Lycée les associations de parents ACE et APL proposent depuis peu, pour les foyers en difficulté, une aide proportionnée aux revenus des parents.

 

Comment définiriez-vous le rôle de l’AVS, qui semble conjuguer subtilement présence active avec effacement ?

Nous ne sommes ni thérapeutes, ni enseignants. Et nous n’avons pas non plus d’objectif pédagogique ! En fait nous ne sommes rien… Et pourtant indispensables ! L’AVS est une aide humaine (de quelques heures par matinées à plusieurs heures par jour), c’est-à-dire une personne qui OBSERVE d’abord les blocages cognitifs ou émotionnels de l’enfant, et les verbalise parfois. Avant toute chose elle a besoin d’une vraie capacité d’écoute et d’empathie. On commence par se mettre dans les chaussures de l’enfant pour l’encourager, petit à petit, lui donner confiance et le sensibiliser au monde qui l’entoure – et qui l’effraie souvent.

 

Douceur, stabilité affective bien sûr, mais créativité aussi ! Armé d’un bon sens pratique on répète patiemment, on reformule, on dessine sur une ardoise les injonctions de l’enseignant, on utilise des chartes de progression, un sablier, des pictogrammes de couleurs pour féliciter l’enfant…

Apprendre à être élève, ça peut prendre du temps ! Et pas seulement au sein de la classe. Pour certains enfants les périodes de transition (récré, séance de sport, déjeuner, sortie) ont un coté anxiogène qu’il faut savoir anticiper et gérer. On est souvent amené à jouer avec l’enfant ou à instiguer le jeu pour l’intégrer dans le groupe. On doit expliquer les intentions des uns ou des autres dans une bousculade, aider à interpréter ce qui se passe autour de lui… Pour dédramatiser le bruit ambiant ou les choix alimentaires à poser – qui sont autant de sources de stress pour l’enfant – l’accompagnant peut essayer d’entrer “dans son monde” pour comprendre ses angoisses et l’en sortir par des stratégies diverses (dont l’humour !). Toujours avec cette idée de l’encouragement, parce qu’essayer c’est réussir.

 

Comment éviter le piège du chantage affectif pour stimuler l’attention et l’autonomie de l’enfant ? À quelles stratégies l’AVS peut-elle recourir ?

Notre vocation – il faut le rappeler – c’est de partir ! Certains enfants ont besoin de s’attacher à leur accompagnant comme un tuteur pour ensuite pouvoir s’orienter seul, d’autres au contraire ne voient pas d’un bon œil cet accompagnant à leurs côtés. Il s’agit donc avant tout de mettre en place une relation de confiance où la place de chacun est claire afin de développer chaque jour un peu plus la capacité d’autonomie de l’élève.

 

Bien sûr, pour les plus jeunes, la mise en confiance passe par l’affectif. C’est à l’accompagnant de poser les limites en rappelant les normes sociales régulièrement. Le rapport AVS-enfant peut être tactile pour des besoins fonctionnels (une aide pour la tenue du crayon, un petit hug de récompense) mais ce n’est pas un rapport d’affection. Et puis ce n’est pas un duo. On travaille constamment en équipe avec l’enseignant au jour le jour ainsi que les parents et les thérapeutes de l’enfant.

 

Quels sont les critères de recrutement ?

Personnes recommandées, jeunes thérapeutes en quête d’expérience, éducateurs, travailleurs sociaux et beaucoup de mamans en reconversion… Les profils sont très variés puisqu’il n’existe pas encore de diplôme d’AVS/AESH en France. L’important il me semble, c’est une certaine attitude : discrète, intuitive, enthousiaste et créative et quelques aptitudes (patience, observation, cohérence).

 

Existe-t-il des formations continues ?

Jusqu’en 2015 il n’y avait aucune formation AVS/AESH à Londres. L’une des premières actions du Réseau a été d’organiser des temps de rencontres et d’échanges entre accompagnants entourés de professionnels (orthophonistes, psychomotricienne, psychologue, ergothérapeute, etc). Depuis 2018, le lycée met des salles à notre disposition. En 2019, l’Inspectrice de l’Éducation Nationale anime les premières formations AEFE des 20 AVS de Londres. Une grande première pour la zone d’Europe du Nord !

 

Comment fonctionne le partenariat entre tous les acteurs qui prennent soin de l’enfant ?

Le système libéral ne favorise pas le lien entre thérapeutes qui est pourtant fondamental pour un suivi cohérent et efficace de l’enfant. L’association Le Petit Extra tente de promouvoir ce lien pour répondre à l’isolement des parents face aux décisions et actions à mettre en place pour la prise en charge éducative et thérapeutique de leur enfant. Par notre action, on espère que les parents perdent moins de temps à mettre en place les soins et l’organisation propres à leur enfant et que le partage d’expériences thérapeutiques favorise le lien interdisciplinaire.

 

Comment sont gérés les soins thérapeutiques dans l’agenda scolaire de l’enfant ?

Cela dépend des besoins de l’enfant, de chaque école et de la volonté de sa direction. À la Petite École Française par exemple, comme à Jeanine Manuel ou à l’École des Petits de Battersea, les thérapeutes (orthophoniste, psychomotricienne, ergothérapeute) ont accès à l’école. Dans le cadre de l’AEFE les soins n’entrent pas dans l’établissement mais les horaires de l’élève peuvent être adaptés. Petit à petit, pour les enfants avec des troubles du comportement ou de la concentration, certaines écoles consacrent des espaces de calme et de détente, sur le modèle de la salle sensorielle équipée de ballons, jouets en mousse et système audio par exemple… Un lieu chaleureux de décompression qui peut vraiment aider l’enfant à des moments clef de son parcours scolaire.

 

Propos recueillis par Caroline Kowalski
carolinekowalski@hotmail.com