| Bénédicte Gariel | Août 2020 |

 

London Eye - Un petit vélo dans la tête

 

 Le petit vélo mental est, dans son style, un vélo très performant. Il marche aux « j’aurais pu », « j’aurais dû », carbure aux « pourquoi » et aux « si seulement… », il invente des histoires, fabrique des interprétations et crée des inquiétudes ou des regrets, qui tournent en boucle, comme sur une piste … pour revenir au point de départ.

Contrairement aux véritables vélos qui eux, font avancer et permettent d’aller là où on le souhaite, le petit vélo mental, lui, fait pédaler, pédaler… mais sans contrôle de sa destination, nous entraînant dans des méandres circulaires et souvent, nous contraignant à pédaler sans fin.

 

Un phénomène méconnu… mais répandu

Ce type de petit vélo s’appelle rumination, phénomène inspiré du mécanisme physiologique de nos amis bovins. Les animaux ruminent pour digérer leur nourriture, l’humain le fait pour digérer les événement. Processus plutôt naturel… si tant est que l’on puisse ensuite passer à autre chose.

On l’appelle aussi overthinking, et il définit le fait de ressasser des pensées négatives de manière répétitive. Ce phénomène concernerait 63% des jeunes adultes et 52% des plus de 40 ans. [i]

 

 

Le petit vélo mental : mode d’emploi

Si la rumination à des origines multiples (analysées et décrites scientifiquement par le Susan Nolen-Hoeksema, professeure de psychologie de l’université du Michigan, dans le cadre de nombreux travaux [ii]), le point commun de tous ceux qui en souffrent réside non pas dans la réalité des situations vécues, mais dans la manière de les vivre.

C’est un mode de pensée centré sur le « pourquoi » et non pas sur le « comment ».
Ce mode de pensée automatique présente l’inconvénient de nous entretenir dans la réflexion et la recherche de causes, nous empêchant de ce fait d’agir… et donc de changer en notre faveur la situation qui nous préoccupe.

Au lieu de prendre les événements comme ils sont et de les vivre au présent avant de passer à autre chose, on saisit l’occasion pour sauter sur son petit vélo et pour se mettre à pédaler, de plus en plus vite, en donnant à l’évènement une place démesurée en regard de leur réalité, en ressassant le « pourquoi du comment. »
Nous devenons ainsi prisonniers de ces pensées négatives. Alors comment moins pédaler ? Plusieurs remèdes existent.

 

Apprivoiser ses émotions négatives 

 Derrière ce phénomène d’Overthinking se cache en réalité une émotion négative parmi les trois émotions négatives primaires que sont la peur, la colère et la tristesse. (Il existe trois émotions primaires supplémentaires [iii] : la joie, la surprise et le dégout. Toutes les autres émotions sont un mélange de ces émotions primaires).

Ces émotions négatives sont celles que nous redoutons le plus, et nous avons appris au fil du temps à les masquer, ou à les faire taire. En effet, nous avons été conditionnés depuis l’enfance à mal les considérer, à tel point que certains d’entre nous ne parviennent plus à les identifier, ni à les reconnaître. C’est là que le processus d’Overthinking se met en marche, entre culpabilité, colère et sentiment d’injustice.

Prendre conscience de l’émotion négative cachée derrière la rumination est une première étape clé : elle vous permettra de reprendre la main sur ce qu’il se passe et de mettre un nom dessus, pour être ensuite capable de l’accepter.

 

Développer son assertivité

 L’assertivité consiste à exprimer ses besoins tout en respectant ceux des autres. C’est une autre manière de définir l’affirmation de soi, élément qui fait souvent défaut aux humains « ruminants » que nous sommes parfois.

C’est savoir dire non sans se sentir coupable, ni agresser l’autre, sans n’avoir recours ni à l’agressivité, ni à la soumission (« ni hérisson, ni paillasson » selon les préceptes de la communication non violente).

L’identification et l’expression de ses propres besoins permettent ainsi d’éviter la frustration ou la colère suscitées par des situations non voulues, ces fameux « j’aurais pu » et « j’aurais du » dont se nourrit notre petit vélo mental.

C’est par exemple apprendre à dire non (gentiment) quand on vous demande un service qui vous complique significativement la journée au lieu de le faire de mauvaise grâce, et de pouvoir expliquer pourquoi simplement. C’est refuser (poliment) une invitation si vous êtes trop fatigué.e au lieu de l’accepter et de vous gâcher la soirée, sans pour autant inventer une fausse excuse…

 

Une mise en action bénéfique

De nombreuses études menées sur le sujet montrent que l’action est un excellent remède à la rumination.

Tellement simple, me direz-vous ! Et pourtant… il a été prouvé qu’une distraction d’au moins 8 minutes permet de briser le cercle des pensées récurrentes [iv].

La passivité et l’inaction sont le principal carburant de notre petit vélo mental, et c’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles les hommes y sont moins sujets que les femmes.

En cas de contrariété, un homme ira plus facilement se changer les idées en allant retrouver des amis, en regardant un film ou en partant faire du sport… passant plus facilement à autre chose grâce à une mise en action, stoppant plus rapidement ce processus de rumination.

Alors si vous vous sentez ruminer, une activité manuelle répétitive (écriture, cuisine, dessin…) ou physique sera une aide précieuse pour vous aider à reprendre le contrôle de votre vélo intérieur.

 

Mindfulness et lâcher-prise

La Mindfulness, ou médiation pleine conscience, connaît un succès grandissant auprès de publics de tous âges et de toutes provenances. Son nom complet est en réalité La Mindfulness-Based Stress Reduction (ou MBSR), et a été crée par Jon Kabat-Zinn en 1979 avec pour objectif de combattre, comme son nom l’indique, le stress, l’anxiété et même la douleur.

Sa pratique permet d’instaurer un dialogue positif avec soi-même, et de développer notre capacité à identifier et reconnaître nos émotions.

En méditant, on apprend à laisser passer ses pensées (lâcher prise) et à se concentrer sur ce qu’il se passe « ici et maintenant ». En identifiant sans s’y accrocher ces pensées automatiques négatives, on peut renouer avec la capacité de se mettre en action… et donc à freiner le processus d’Overthinking.

La méditation présente également l’avantage de pouvoir pratiquer (presque !) n’importe où et sur un temps limité, ce qui permet à tout moment de reprendre le contrôle de son vélo mental.

De très nombreux ouvrages [v], applications pour smartphones (parmi tant d’autres : Petit Bamboo, Mindful Attitude, Méditer avec Christophe André) ou stages permettent de s’y initier à son rythme et sous des formes adaptées à chacun.

 

Arrêter de pédaler : un entrainement au quotidien

Si notre petit vélo mental peut être puissant et envahissant, il est également possible de l’empêcher de rouler trop souvent en se donnant les moyens d’arrêter de pédaler. Ce n’est pas toujours facile et demande de la patience, de la ténacité et de l’entraînement… à vous de jouer !

 

Bénédicte Gariel
Career Coach & Women Leadership
Benedicte.gariel@dare-yourself.com

 

 

[i] Chiffres issus des travaux du Pr. Susan Nolen-Hoeksema.

[ii] Nolen-Hoeksema, S., Emotion Regulation and Psychopathology : The Role of Gender. Annual Review of Clinical Psychology (2012)

[iii] Liste établie en 1972 par Paul Eckman, psychologie et sociologue Américain.

[iv]  Théorie démontrée par Susan Nolen-Hoeksema, Blair E. Wisco et Sonja Lyubromirski

[v] Parmi les plus connus, ceux de Christophe André (André Christophe, Méditer jour après jour, Éditions l’Iconoiclaste (2011)

 

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