| Pauline Staechelin | Novembre 2019 |

 

L’équipe du restaurant Gloria, Shoreditch

 

Certification B-Corporation.

Créatrices d’emplois et de richesses, les entreprises constituent le poumon de l’économie d’un pays mais leur rôle se restreint-il à cela? Pour le fondateur du label B-Corporation, Jay Coen Gilbert, les entreprises, en raison de la place importante qu’elles occupent dans notre société, pourraient générer des comportements et avoir un impact positif sur celle-ci. Autrement dit, une entreprise pourrait servir l’intérêt public et cela sans pour autant renoncer à son objectif de rentabilité. C’est de cette idée qu’est née la certification B-Corporation.

 

225 entreprises à Londres

Tout droit importé des États-Unis, ce label a depuis sa création, en 2006, conquis de nombreuses entreprises à travers le monde. Si bien qu’au jour d’aujourd’hui, elles seraient 2 900 à le détenir. Pour repenser le rôle d’une entreprise et la mettre au service de la société et de l’environnement, les fondateurs de B-Corp, ont souhaité créer un label exigeant. Pour l’obtenir, les entreprises doivent se soumettre à une auto-évaluation explorant cinq thématiques dont l’impact environnemental de l’entreprise et le bien-être de ses salariés. De la production à la gouvernance, l’entreprise doit compléter au moins 80 critères pour détenir le précieux sésame. A Londres, 225 entreprises y sont parvenues et l’une d’elle a d’ailleurs été fondée par deux jeunes entrepreneurs français.

 

Victor Lugger et Tigrane Seydoux, les fondateurs d’un groupe de restaurants italiens

« Notre objectif principal, c’est de placer l’humain et la qualité au centre de tout ce que l’on fait et surtout d’aller dans le bon sens. Encore plus aujourd’hui que la boîte grandit. On s’est tourné vers le label B Corp davantage pour mesurer notre impact social et environnemental et nous accompagner pour entreprendre différemment et faire les choses chaque jour un peu mieux. », Victor Lugger

 

Le concept a charmé Victor Lugger et Tigrane Seydoux, les fondateurs du groupe de restaurants italiens le plus convoité du tout Paris, Big Mamma. Passionnés par la culture et la gastronomie italienne, les deux entrepreneurs se sont lancés dans l’aventure il y a 5 ans et c’est à Paris, qu’il ont décidé d’ouvrir leur première trattoria East Mamma. Leur objectif : « créer des restaurants italiens ultra conviviaux » dans la capitale.

 

Qualité et impact environnemental

Àprès l’ouverture de 8 restaurants en France, le succès du groupe devient tel que ces jeunes entrepreneurs décident d’ouvrir d’autres restaurants dans la capitale puis un peu plus loin… Fin Février 2019, ouvre Gloria, dans le quartier de Shoreditch à Londres. Dès son ouverture, cette nouvelle trattoria à l’ambiance Capri des années 70 a remporté un franc succès auprès du public londonien charmé par le concept du groupe. Un staff jeune italien, des repas faits maison, des produits importés directement depuis l’Italie et achetés à de petits producteurs, des prix accessibles ; c’est ce qui fait l’identité de Big Mamma et sa légitimité en tant que groupe « B Corp ». Détentrice du label avec une note de 80,1, Big Mamma mise sur la qualité des produits qu’elle achète à ses 150 producteurs partenaires et cherche également à réduire son impact environnemental.

 

« Cette certification nous a aidé à nous poser les bonnes questions et à sensibiliser nos équipes. Ces sujets intéressent toute la team et on se mobilise tous pour miser sur l’avenir. Pour 2019 on a décidé d’allouer un budget de 150 000 euros pour améliorer notre performance énergétique. », V.L

 

Egalité homme-femme et à l’accompagnement des jeunes

Côté social, le groupe met un point d’honneur à l’égalité homme-femme et à l’accompagnement des jeunes. Le groupe a d’ailleurs récolté plus de 35 000 euros pour l’association Thinkforward, organisme de bienfaisance qui propose aux jeunes un accompagnement dans leur recherche d’emploi,  prenant le parti d’embaucher des jeunes sans expérience. « Ce qui compte, c’est la personnalité et surtout, une bonne dose de passion ! »

 

L’économiste Milton Friedman disait : « Il n’y a qu’une et qu’une seule responsabilité des affaires, utiliser ses ressources financières et engager des activités désignées à accroître ses profits ». Pourtant, Big Mamma prouve qu’il est possible d’entreprendre et de réussir tout en ayant un impact sur la société et l’environnement.

 

Interview de Victor Lugger par Pauline Staechelin.