Interview de Samuel Evans, un chanteur qui va de « chœur en chœur »

Samuel Evans, baryton, jeune chef de chœur et professeur de chant, plusieurs fois récompensé, a déjà de nombreuses années d’expérience derrière lui. À travers son parcours et ses nombreuses activités, mettez un pied dans l’univers du chant et de la musique classiques londoniens.

Comment vous est venue cette passion pour la musique ? 

Je suis chanteur et chef de chœur. J’enseigne à Westminster School et au Queen’s College, Cambridge et je donne des cours privés de chant. Mon désir de chanter me vient depuis tout petit. J’ai grandi à Kingston upon Thames où j’étais choriste à l’église dès l’âge de 8 ans. Mon école avait un très bon chœur et j’ai eu une bourse pour étudier à King’s College, Cambridge où j’ai suivi un cursus d’histoire moderne en parallèle des cours de chant. Je savais donc déjà à cette époque que je voulais faire de la musique et du chant mon métier et nous avons la chance à Londres d’avoir beaucoup de chœurs professionnels. C’est une vieille tradition.

Quel est le quotidien d’un chef de chœur ?

À vrai dire, tous les jours sont différents. Je m’occupe d’environ une dizaine de chorales par semaine. Je vais de chœur en chœur, si je peux dire [ Rires ]. Mon travail est comme une activité sportive. Concrètement, quand j’arrive pour coacher une chorale, nous commençons par un échauffement de la voix, nous procédons ensuite à des exercices vocaux, puis nous répétons nos répertoires. Les chœurs que je coache ont des styles différents : cela va du classique au contemporain.

À propos de la formation, vous qui êtes également professeur, comment évaluez-vous la nouvelle génération dans ses rapports à la musique classique ?

L’enseignement de la musique est devenu moins académique. J’ai été marqué par le fait par exemple qu’à Harvard, les étudiants en musicologie ne font plus de lecture musicale ! Sans la sémiologie, comment peut-on aller plus loin ? Ce n’est pas pour faire dans le classique « c’était mieux avant », mais c’est un constat : les matières artistiques sont moins encouragées que dans le passé. Mais il y a un contraste, car d’un autre côté il y a beaucoup de demandes venant particulièrement des étudiants étrangers. Pour faire la différence, il faut être exceptionnel et avoir ce petit quelque chose…

Parmi vos activités, pouvez-nous dire quelques mots sur votre participation dans le célèbre chœur Monteverdi ?

Je chante effectivement dans le chœur Monteverdi. Cette année est particulière, car elle correspond au 450e anniversaire de la naissance de Claudio Monteverdi. Depuis le mois d’avril, nous rejouons la trilogie des grands opéras de Monteverdi à savoir Orphée, Leretour d’Ulysse dans sa patrie et Lecouronnement de Poppée, le tout réalisé par Sir John Eliot Gardiner. Le casting est international, puisque des solistes viennent d’un peu partout et se joignent à nous pour ces représentations.

En tant que chef de chœur, est-ce que vous pouvez nous raconter votre rôle dans le Barcarolle Choir, un chœur composé uniquement de femmes ?

J’ai pris part à cette aventure il y a trois ans maintenant. Le nombre de participantes ne cesse d’augmenter, tout comme la qualité. C’est un groupe très friendly, composé de différentes nationalités. Nous travaillons* en deux équipes : les « Beleters » davantage tournés vers le pop et le jazz et les « Divas », qui chantent de la musique lyrique et classique. La combinaison est parfaite et on s’amuse beaucoup. La particularité de travailler dans un chœur uniquement féminin, c’est bien évidemment les voix, essentiellement des sopranos et des altos. Nous prenons également le temps d’insister sur les détails et, travailler dans un beau cadrec’est très plaisant et ça aide beaucoup.

Cela fait maintenant plus de 16 ans que vous exercez. Quel est votre regard sur la vie musicale en Grande-Bretagne et en particulier à Londres ?

Je trouve que le chant amateur prend de plus en plus d’ampleur et je m’en réjouis. La musique a une très grande place ici, c’est culturel. Cela me fait penser à Gareth Malone qui, tous les jeudis soir à la télévision britannique, va à la rencontre de publics compléments étrangers à la musique classique avec lesquels il crée des chorales.

Les gens aiment chanter, c’est un fait ! La voix est transportable, c’est le moyen d’expression le plus personnel mais qui demande en même temps beaucoup d’efforts physiques, car il ne faut pas oublier qu’il y a énormément de travail derrière. La raison du succès de la musique est simple : ça touche directement les gens et ça fait plaisir !

 

Propos recueillis par Sittina Youssouf – y.sittina@gmail.com

L’ECHO Octobre-Novembre 2017

 

*Inscription ouverte à toutes. Répétitions tous les jeudis de 12h à 13h pour le 1ergroupe et de 13h à 14h pour le second.

Adresse : Christ Church of Kensington. Victoria Road, W8 5RQ