| Cécile Faure | Juin 2019 |

 

Crédit photo : Emeric de souancé

 

La première fois que je l’ai vue, elle montait sur une estrade, posait un grand livret sur le pupitre, saluait rapidement le public, adressait un sourire au chœur qui se tenait devant elle, et avec une incroyable assurance nous emmenait tous au pays de Ronsard… je dois dire que j’étais autant impressionnée par les voix qui vibraient que par les gestes sibyllins de ses mains qui les dirigeaient.

 

Blandine de Raulin est arrivée à Londres en 2001 à l’occasion d’un stage après des études d’administration. Venue pour six mois, elle trouve du travail dans le secteur du recrutement, exerce son métier chez Bouygues, Newman avant de rejoindre Eurostar en 2006 où elle occupe depuis un poste dans le département touchant à la réglementation des conducteurs et chefs de bord, et la circulation des trains…

 

Du chant liturgique au répertoire classique puis séculier

En 2001 Blandine rejoint l’ensemble vocal de Notre Dame de France, église catholique proche de Leicester Square (5 Leicester Place, Londres WC2) et connue notamment pour la très belle fresque de jean Cocteau qui habille son autel. Une dizaine de personnes accompagnent alors par des chants liturgiques les célébrations religieuses des samedis soirs.

Au fil du temps le groupe grandi et est gagné par l’envie de s’exercer en dehors du cadre de l’église. En 2010 il se rapproche de chanteurs anglais appartenant à une autre paroisse. Nait un projet collectif fondé sur le répertoire classique français, un véritable travail d’apprentissage, de lecture de partition et de direction, qui aboutit en 2011 au premier concert : le « Requiem » de Gabriel Fauré qui donne son nom au chœur, Les Fauristes.

La sélection des partitions correspond à un travail thématique et une recherche artistique. Les premières années ont été bercées par une passion commune pour la musique romantique, l’œuvre de Gabriel Fauré certes, mais aussi Bach, Mozart, etc. L’enfance de Blandine fut bercée par le « Faust » de Charles Gounod, ou « Le Carnaval des Animaux » de Camille Saint-Saëns, et ceci influence ses choix d’adulte. L’année 2015 marque le début de notoriété du chœur qui est invité depuis à participer à des manifestations organisées par l’Ambassade à la Résidence de France.

Avec le temps, et la confiance gagnant, les choix s’écartent progressivement des grands compositeurs, de l’accompagnement d’un orchestre. Il s’agit de donner aussi place à la voix, au chant a capella, même si les grandes œuvres du répertoire avec solistes et orchestra restent d’actualité.

En janvier 2019, pour la toute première fois, Les Fauristes ont choisi le profane et interprété des chants séculiers : de la poésie en vers sur le thème de l’amour courtois. Deux concerts donnés respectivement en l’Eglise Protestante Française de Londres (8-9 Soho Square, Londres W1) et à Notre Dame de France. L’accueil enthousiaste du public et le plaisir éprouvé par le chœur avec ce répertoire particulier leur donnent envie de travailler d’avantage dans cette voie, d’affiner et d’ajouter de nouvelles pièces au programme.

 

Des touches d’ivoire au pupitre de chef de choeur

A l’origine, Blandine n’a pas de formation musicale autre que des cours de piano privés pris entre l’âge de 8 ans et 16 ans. Elle sait lire une partition et chante une fois par semaine, mais cela ne suffit pas dans le cadre d’une démarche de professionnalisation du chœur dont elle fait partie.

Elle décide donc de suivre une formation de chant en chœur et de directeur de chœur auprès de l’Association of British Choral Directors  www.abcd.org.uk, et fait appel à Doriane Charron, ancienne chanteuse soprano professionnelle et spécialiste de la formation vocale des chœurs, et Maud Maestracci, vocal coach.

Il s’agissait de répondre à une problématique précise d’apprentissage d’un métier à part entière, et d’accompagner l’ensemble du chœur de manière dynamique face aux exigences croissantes de travail et aux attentes à venir du public.

Aujourd’hui le chœur comprend une quarantaine de choristes, hommes et femmes, de 20 à 70 ans pour le plus âgé. Si aucune compétence particulière n’est attendue, il faut malgré tout savoir chanter juste ! Il s’agit d’un projet qui se veut le plus inclusif possible. Pour cette raison, l’accent est mis sur la pédagogie et la formation.

« Tout le monde peut chanter. Le chant est une activité artistique qui ne coute rien, ne requiert que la voix, et est certainement la plus universelle »

Le recrutement se fait en général en septembre et en février en prévision du concert à venir, par audition au cours de laquelle il est demandé de répéter une mélodie entendue, et d’expliquer sa motivation (ainsi certains sont là aussi pour pratiquer le français) puisque assiduité et travail sont les clefs du succès. Il arrive qu’un chanteur rejoigne le groupe en cours de semestre, mais le niveau est souvent professionnel car il s’agit de rattraper au plus vite ce qui a déjà été fait.

Les Fauristes bénéficient d’un financement autonome, par la cotisation des choristes, la vente des billets et soutien de mécènes. Le Chœur est volontaire et n’est pas rémunéré. Tout le budget est consacré à la location de l’espace de représentation et la rémunération des chanteurs solistes et musiciens professionnels.

 

Bienveillance, Enthousiasme, et Patience

La distinction entre amateurs et professionnels n’a cependant pas lieu d’être au sein du groupe. L’engagement est le même pour tous, avec en toile de fonds l’envie d’apprendre et de progresser. Malgré les attentes et différences de chacun, la cohésion du groupe est primordiale, et l’égo n’a pas de place. Le chant en chorale correspond à une dynamique très particulière. Il s’agit d’obtenir un seul son à partir de voix multiples. Le respect, la bienveillance, l’enthousiasme, la générosité, le travail et la patience pour soi et l’autre sont les éléments fondateurs qui soudent le groupe.

Le don est également partie intégrante de la charte du Chœur qui organise des concerts en vue de levées de fonds pour rendre à la communauté, et venir en aide aux personnes en difficultés et aux réfugiés – via l’action notamment de la Saint Vincent de Paul Society www.svp.org.uk et du centre pour les réfugiés de Notre Dame de France www.notredamerc.org.uk.

 

Cécile Faure