| Caroline Kowalski | août 2019 |

 

Premier acteur du marché du pressing bio en Angleterre, BLANC apporte à Londres tout à la fois un “nom propre” (non-toxique) et un service de qualité dans une industrie à la traine. Crédit photo : Blanc

 

L’écologie n’est plus un mouvement. C’est une lame de fond qui traverse la société toute entière, bouleversant une à une nos habitudes… Jusque dans nos garde-robes. Mathilde et Ludovic Blanc l’ont compris bien avant que cette tornade blanche n’atteigne nos rivages en-plastiqués. Derrière une enseigne de nettoyage “au naturel” désormais ancrée dans le paysage londonien, se cache bien plus qu’un pressing : une conviction. Elle a changé leur vie et fait bouger les lignes de l’industrie. Les nôtres aussi.

 

Un repasseur, une stagiaire dans un sous-sol de Marylebone et Ludovic à la caisse : les débuts de l’aventure il y a 6 ans ne laissaient pas présager le déploiement de BLANC Eco Drycleaning jusqu’à ses 4 magasins actuels et ses 55 employés. Sorti tout droit de la banque d’affaire en 2011, Ludovic enquête pendant un an sur ce qu’il entrevoit comme une niche marketing. Et ne s’y trompe pas. Si la clientèle londonienne conjugue aujourd’hui nettoyage textile avec qualité, service-client et souci environnemental, c’est sans doute grâce à BLANC.

 

Qualité, santé, écologie

“Ludovic cherchait à monter un projet écologique, explique Mathilde son épouse et associée. Il vient d’une famille engagée depuis toujours dans la préservation de la planète et la transmission de cet amour de la nature.” En y regardant bien, le manque de séduction du pressing a priori se révèle un atout : cette industrie plutôt méprisée s’avère facile à moderniser. Et à “blanchir”. Ludovic se lance : business-plan, levée de fonds et ouverture de la première boutique en 2013.

Mathilde le rejoint en 2014, convaincue de contribuer à la transformation du monde. Et de leur monde tout d’abord. “C’était très difficile de rester sur le bas côté en le regardant plonger avec passion dans l’aventure. Et puis Il y avait du travail à ne plus savoir qu’en faire avec l’ouverture du second magasin. Ce n’est d’ailleurs plus un job pour nous. C’est devenu notre vie. Travailler ensemble en alliant l’amour de la nature, le service de qualité et le vivre-mieux dans un boulot qui résonne avec la société d’aujourd’hui… Ça avait du sens et ça a changé nos vies.”

2016. Passage à la vitesse supérieure. L’atelier de nettoyage-repassage-contrôle-qualité déménage à Park Royal. Et c’est toute l’entreprise qui change de stratégie en déclinant son savoir-faire sur de nouveaux canaux de distribution. La livraison à domicile pour les individuels se double d’un service similaire pour lescorporate (magasins de mode, hôtels, gyms). Si le contact humain et le conseil professionnel en magasin restent irremplaçables, la livraison répond au besoin d’une clientèle de plus en plus pragmatique et pressée.

 

Lanceur d’alerte

Les Anglais découvrent à peine le concept du pressing écologique. Ailleurs portée par la recherche, la législation progresse : en France comme aux Etat-Unis le Perchlorethylène (PERC)* ne sera plus une option dans quelques années. En Angleterre le défi reste entier. Le gouvernement écoutera-t-il l’appel et les solutions proposées par Ludovic, Mathilde et tous les pionniers du lavage bio ?

Faute de résolution politique, les mentalités changent. Le premier moteur de ce mouvement : l’argument sanitaire. L’aspect cancérigène du pressing traditionnel (pour les personnes exposées quotidiennement mais aussi les grands utilisateurs ou le proche voisinage) n’a pas laissé l’opinion indifférente. Aux Etats-Unis on n’a plus le droit d’ouvrir une école à coté d’un pressing.

Dans son laboratoire londonien BLANC travaille à étoffer la recherche sur les effets du PERC, ce liquide visqueux qui pollue l’air, le sol et l’eau… Tandis qu’à l’atelier les employés apprécient leur chance : ne respirant pas de fumées polluantes grâce au système de Wet cleaning **, ils reçoivent une formation en continu dans un environnement qui les bichonne…

 

Réfléchir ensemble

Depuis quelques années les clients s’offusquent ouvertement des méfaits d’une sur-consommation de plastique et l’éveil d’une conscience écologique plus vaste se fait clairement sentir. On ne vient plus chez BLANC par hasard. La presse s’emparant de la green attitude, l’équipe derrière son blog n’hésite pas à questionner sa clientèle pour faire avancer l’action consciente au chevet de la planète. Son dernier cheval de bataille : le fameux film protecteur qui emballe nos costumes, ce polywrap soi-disant biodégradable composé en réalité de produits chimiques hautement polluants… Depuis deux ans BLANC pousse l’industrie à trouver des alternatives, main dans la main avec les laboratoires de l’agro-alimentaire qui ne sont pourtant pas toujours en mesure d’adapter leurs solutions aux PME. Ludovic et Mathilde ne lâcheront rien.

 

Less is more

Le mot d’ordre de la marque : ne pas faire plus, faire mieux ! Un minimalisme à conjuguer dans tous les plis et les replis de nos vies. “La surconsommation dans le monde de la mode ne mène à rien de bon, rappelle Mathilde. De même une maison plus aérée, moins remplie et plus organisée porte à davantage de sérénité. On n’a pas besoin de produits toxiques pour prendre soin de ses vêtements ou de sa maison. On tire un grand bien personnel à être plus minimal, avant même de penser au monde.”

L’équipe BLANC s’embarque comme un seul homme dans la croisade des ses fondateurs. Recrutés pour leur expérience ou convaincus d’origine, les employés finissent tous par adhérer à l’esprit du projet. Sans intégrisme mais avec un accent missionnaire affiché, Mathilde et Ludovic souhaitent surtout sensibiliser.

Mathilde précise : “On n’imposera rien, on ne jugera pas ce que les gens font de bien ou de mal. On est là pour éveiller en laissant chacun devenir l’architecte de son propre changement. Mais ce qui était perçu comme un problème de riches devient clairement un souci partagé par tous : ce désir conjoint d’un monde meilleur et d’un mieux-être intérieur. Et ça ne marche pas si on n’y croit pas.”

 

Écologie intégrale à portée de main

Le blog de BLANC-Living porte haut les couleurs de cet engagement en faveur d’un nouveau savoir-vivre qui ne requiert pas un bouleversement total de nos habitudes mais une série de petites évolutions qui font la différence.

“Nous sommes loin d’être parfaits. Il y a plein de choses que l’on pourrait faire mieux. Par exemple Ludovic et moi ne sommes pas Vegan malgré le réel argument écologique derrière le veganisme. Mais refuser de polluer davantage la nappe phréatique et mettre en danger tout l’écosystème aquatique en faisant juste l’effort conscient de changer de marque de détergent… Ce n’est pas insurmontable.”

Loin des messages anxiogènes anti-productifs l’équipe de BLANC revendique et encourage une simplification de nos vies quotidiennes. Parce que l’écologie ne devrait pas être un choix. Parce qu’une conscience éclairée peut espérer des options durables qui soient tout autant design, éthiques, qualitatives et surtout à la portée de tous.

 

“On ne peut plus penser que nos choix n’ont pas d’impact. On n’a plus le temps. Inutile de regarder très loin : nos enfants ramassent désormais les déchets sur la plage. La sensibilisation se fait de plus en plus tôt et pour les enfants c’est beaucoup moins dur de changer. Faisons-le pour eux !” Mathilde Blanc

 

Caroline Kowalski

 


 

*Effets reconnus du PERC (utilisé dans le pressing traditionnel) sur la santé des adultes exposés et des nourrissons allaités par ces mêmes personnes : dommages neurologiques, rénaux, hépatiques, mémoriels, ORL, dermatologiques, gynécologiques.

 

**Un procédé alternatif écologique : le WET Cleaning System

Méthode

  • Utilisation d’une eau pure
  • Détergent biodégradable
  • Chauffage à la demande
  • Machine “intelligente”
  • Temperatures plus basses

Effets

  • Économie d’energie
  • Disparition de la toxicité
  • Respect des fibres
  • Fin de l’aspect brillant
  • Rendu plus doux et plus coloré

 


 

Petits gestes faciles au quotidien : n’en pratiquer que 3, c’est déjà changer le monde !

  • Choisir un produit vaisselle et un détergent qui ont un impact minimal sur l’environnement. Très concentrés ils ne coutent pas plus cher et sont moins allergisants
  • Changer ses draps souvent
  • Aérer sa maison
  • Utiliser des containers en verre plutôt que le Tupperware en plastique
  • Apporter sa lunch box au travail (pour mieux gérer ses économies et son régime tout en réduisant l’usage des packagings)
  • Se déplacer partout avec une tasse de café en bambou
  • Sortir avec un sac à dos pour transporter tout ça
  • Faire durer ses vêtements, laver moins, plutôt à basse température, et penser à la retouche
  • Utiliser quelques pièces basiques dans sa garde robe (porter les choses 30 fois au moins peut faire une différence environnementale) – Les vêtements en fin de vie ne se décomposent pas et polluent d’une façon catastrophique, produisant du méthane et du CO2.
  • Utiliser un sac spécial pour laver le linge de sport afin de limiter l’émission de microfibres (GuppyFriend par exemple)
  • Acheter ses aliments de base en vrac si on peut