| Propos recueillis par Cécile Faure | Février 2020 |

 

Catherine Colonna Ambassadrice de France

Catherine Colonna visite Dover et Fokelstone

 

Vous avez pris vos fonctions d’Ambassadrice de France à Londres au mois de septembre dernier. Vous êtes diplomate de carrière et vous avez notamment servi aux Etats-Unis et en Italie. Vous avez aussi été Ministre des Affaires européennes et longuement travaillé avec la presse, en particulier auprès du Président Chirac. Quelles sont vos impressions sur cette affectation au Royaume Uni ? Et surtout comment se définit votre poste aujourd’hui, dans un climat politique compliqué ?

C’est un grand honneur et professionnellement une mission passionnante dans ce moment si particulier de la relation du Royaume-Uni avec l’Europe et le monde.

Les cérémonies liées au 11 novembre et la remise de la Légion d’Honneur aux vétérans britanniques m’ont beaucoup touchée. C’est pour moi la preuve du souvenir vivant de cette histoire partagée, qu’il faut entretenir, et c’est l’occasion de rendre hommage aux Britanniques sans lesquels la France et l’Europe ne seraient pas ce qu’elles sont aujourd’hui. Bien entendu, la cérémonie de remise de mes lettres de créance à sa Majesté la Reine Elisabeth II a été un événement unique et très spécial pour moi. De plus, elle connait si bien la France et l’histoire de notre relation bilatérale ; tous les Français ont un grand respect pour elle.

Vous m’interrogez sur le climat politique et mes fonctions dans ce moment historique. Je crois que les très fortes tensions que nous voyons dans le monde rendent encore plus nécessaire le travail diplomatique et appellent plus de coopération, pas moins de coopération. Dans un monde instable, le travail en commun, le partage d’information et d’analyse avec le Royaume-Uni sont essentiels et nous permettent souvent d’agir ensemble. Nous avons les mêmes valeurs, le même attachement à l’état de droit et au multilatéralisme, nous faisons face aux mêmes défis et nous serons plus forts ensemble pour réussir à les relever.

 

L’actualité est fortement influencée par les négociations du Brexit, devenu réalité au 31 janvier dernier. Quels sont les conseils que vous pouvez donner aux Français installés au Royaume-Uni ?

 Depuis mon arrivée en septembre dernier, le calendrier lié au Brexit a été clarifié. Il est en effet devenu une réalité la semaine dernière. Ce peut être un regret pour beaucoup et je comprends que cela puisse être aussi une inquiétude pour les Français du Royaume-Uni. Le principal conseil que je leur donnerais, c’est de faire la démarche du Settled Status (ou le « pre-Settled Status » s’ils sont ici depuis moins de 5 ans). Ce n’est plus la peine d’attendre désormais car le Brexit a maintenant eu lieu, même si nous entrons dans ce que l’on appelle la « période de transition ».  Le demander est une sage précaution.

Je le dis à tous mes compatriotes : parlez-en autour de vous, y compris aux plus jeunes et aux plus âgés ; le Settled Status, c’est la seule façon, pour vous qui viviez ici avant le Brexit, de garantir vos droits sur le sol britannique. C’est une formalité facile et rapide à accomplir et elle est indispensable.

 

Ce regard neuf que vous apportez, comment s’exprimera-t-il dans les mois à venir ? Qu’avez-vous envie de nous dire ici ?

Une page s’est tournée le 31 janvier mais un nouveau chapitre s’ouvre, avec la négociation sur la relation future. Nous serons vigilants sur nos intérêts et ceux de l’Europe, tout en voulant construire avec le Royaume-Uni une relation de confiance, équilibrée et juste pour permettre à nos liens culturels, économiques mais aussi commerciaux d’être préservés.

La défense, la culture, l’économie, les échanges humains, l’énergie ou encore le climat sont parmi les domaines qui nous unissent très solidement l’un à l’autre. La COP26 organisée à Glasgow en 2020 est ainsi pour nous une échéance majeure: la France et le Royaume-Uni partagent un objectif de neutralité carbone d’ici 2050. Travaillons vite ensemble au bénéfice de notre avenir climatique.

Je continuerai bien sûr de promouvoir l’attractivité française. A 50km de Calais, le Royaume-Uni est un marché important ; un pays avec lequel nous cherchons, dans le domaine économique, une saine émulation mais aussi une forte collaboration.

Nous avons aussi vocation à être beaucoup plus présents en dehors de Londres et accroitre notre présence sur le terrain. Récemment, par exemple, la Nuit des Idées, nuit de débats et de performances artistiques, a été déclinée à Londres mais aussi à Bristol, Manchester ou encore Glasgow et Jersey. Je me déplace régulièrement hors de Londres, hier à Birmingham, demain en Ecosse… Il est indispensable de connaitre ce pays dans sa diversité, et il ne faut pas oublier que nos compatriotes sont installés partout au Royaume-Uni et pas seulement dans la capitale.

 

Propos recueillis par Cécile Faure

 

 

Pour plus d’informations sur les conséquences du Brexit sur vos droits, consultez le site du Consulat général : https://uk.ambafrance.org/-Brexit-

 

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