| Hélène Guild | Avril 2020 |

 

l’arbre qui cache la forêt à la Hayward Gallery

 

Among the Trees” est un voyage qui nous emmène des forêts colombiennes, à la jungle du Japon, aux oliveraies d’Israel, en passant par les futaies scandinaves jusqu’aux forêts souterraines d’Afrique du Sud. Partons à la rencontre de ces arbres qui maîtrisent l’art de la transformation.

 

38 artistes sortent du bois

L’art sous ses différentes formes célèbre l’éternité et la beauté de ces colosses qui nous regardent grandir depuis des milliers d’années. Plus qu’une exposition, il s’agit d’une expérience destinée aux amoureux de l’art et de la nature. Ralph Rugoff, directeur de la galerie de South Bank, rappelle qu’à Londres nous ne sommes jamais très loin d’un arbre avec environ 8,5 millions de spécimens répertoriés dans la capitale ! 38 artistes de tous horizons ont été sélectionnés pour cette exposition qui rappelle l’importance de la forêt sur notre planète. À la fois organisme vivant et symbole, l’arbre nous abrite depuis la préhistoire, sculpte nos paysages et garde les secrets de la biodiversité. Aujourd’hui, ces poumons du monde sont menacés alors qu’ils sont la clef de l’avenir de notre espèce.

 

De la forêt souterraine jusqu’à la cime des forêts tropicales

L’histoire commence avec Rachel Sussman, qui expose la photo d’un arbre de 9 300 ans, au nord de la Suède. Ce parcours forestier vous emmène dans les forêts souterraines d’Afrique du Sud et sur les canopées vertigineuses des latitudes tropicales. Des arbres sous terre me direz-vous ? On les trouve dans les savanes d’Afrique et d’Amérique du sud. Sous la menace constante du feu, ils ont développé des caractéristiques uniques : écorce épaisse, excroissances souterraines, tissus humides. Tous les moyens sont bons pour survivre ! Ces arbres ont évolué en cherchant l’eau en profondeur, avec de fragiles pousses en surface et un réseau complexe de tiges souterraines sur 10 m d’envergure. Plus haut, dans les cimes, regardons, grâce aux artistes, cette canopée, véritable patrimoine biochimique et réserve en molécules. Le botaniste Francis Hallé décrit merveilleusement ce sanctuaire planétaire: « Imaginez, à perte de vue, des moutonnements de feuillages émeraude, des frondaisons si denses qu’on croit pouvoir marcher dessus, des couronnes d’arbres en fleurs, des cathédrales de branchages, des animaux extraordinaires, partout… ». Le photographe Thomas Struth capture ces réseaux denses de branches enchevêtrées en évitant un point focal afin que l’oeil puisse voyager aisément sur toute l’image.

 

Eva Jospin et sa forêt en carton

Pour Eva, le carton permet une grande plasticité, une possibilité de faire tout le temps évoluer les choses. C’est aussi ce matériau recyclé qui nous rappelle l’utilisation massive du bois pour la production du papier. Elle explique: « je choisis un type de carton qui va servir pour telle forme de veines ou tel effet de branchages, etc. C’est vraiment un travail avec de la réserve, encore une fois comme en peinture. Et, ce sont ces réserves entre le ponçage et l’incision qui vont créer la matière de mon art ». Elle parle d’une forêt mentale qu’elle sculpte avec des outils de grande précision. À Londres, sa forêt 3D est haute de 5 mètres, ses branches et ses troncs sont enlacés comme en pleine nature. Il faut résister à l’envie de toucher ces découpages, aussi fins que de la dentelle.

 

Un colosse à l’horizontale

L’artiste finlandaise Eija-Liisa Ahtila décide de filmer avec 6 caméras un épicéa de 11 mètres de haut. Ces films sont ensuite montés de façon à présenter un arbre dans le vent en position horizontale, découpé en six sections. Cette grande installation de six minutes est incroyablement apaisante et incite à faire une pause sur le parcours. On a jamais vu un arbre à l’horizontale, ni au musée ni en forêt !

 

Les quatre saisons d’une forêt digitale

Mieux qu’une séance d’hypnose, cette animation digitale de Jennifer Steinkamp est une étape thérapeutique de cette balade forestière ! Une fresque animée de 15 mètres de long vous fait traverser les quatre saisons dans une forêt de bouleaux en quelques minutes. Vous vous surprendrez à regarder le cycle des saisons plusieurs fois ! C’est un bain de forêt comme le pratiquent les japonais, dans la pure tradition du Shinrin Yoku.

 

Maîtres du temps, du visible et de l’invisible

Un arbre est une créature à moitié invisible ; sa partie enterrée est toujours au moins aussi grande que sa partie visible, les racines se développant souvent plus que la frondaison. Certains jujubiers de Libye mesurent 2 mètres de haut et possèdent des racines verticales de quelques 60 mètres de long. Rachel Sussman saisit en un cliché la force de ce cèdre du Japon vieux de 7 000 ans et partage avec nous la merveilleuse texture de l’écorce. Si Francis Hallé pense que « d’un arbre, les hommes ne connaissent que le tronc et le pied » on peut dire que cette exposition permet de découvrir tout le reste.

 

Hélène Guild

 

 

A lire :
Les arbres sont nos alliés de Frédéric Joignot, LeMonde.fr, novembre 2013
Le botaniste Francis Hallé raconte l’extraordinaire créature qu’est un arbre, notre allié contre le réchauffement climatique.
https://www.lemonde.fr/blog/fredericjoignot/2013/11/15/les-arbres-sont-nos-allies-entretien-avec-francis-halle-botaniste-tropicaliste-et-specialiste-de-la-canopee/

 

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