| Agnès Anquetin-Dias | Octobre 2020 |

 

Christo

Christo – Wrapped Coast, One Million Square Feet, Little Bay, Sydney, Australia, 1968-69

 

Christo est mort à New York, âgé de 84 ans, le 31 mai 2020. L’Arc de Triomphe aurait dû initialement être empaqueté par l’artiste en avril de ce qui fut son dernier printemps.

 

Mais un rapace pas plus gros qu’un pigeon, le faucon crécerelle, a en tant qu’espèce protégée, fait changer les dates d’emballage ! Le monument étant un des hauts lieux parisiens de nidification, Christo et le Centre des Monuments Nationaux avaient d’un commun accord décidé de reporter le gigantesque empaquetage à septembre 2020.  Les incertitudes liées au coronavirus les ont finalement contraints à reporter une nouvelle fois l’évènement à la rentrée de l’année suivante, en 2021 ! Christo devait être à Paris du samedi 18 septembre au dimanche 3 octobre durant tout le temps où l’arc sera empaqueté. Il brillera par son absence !

 

L’exposition « Christo et Jeanne-Claude. Paris ! » devait se dérouler simultanément au Centre Pompidou de Paris. Elle se visite depuis le début de l’été, jusqu’au 19 octobre 2020. L’empaquetage de l’Arc de Triomphe en sera alors l’écho monumental bien tardif puisqu’il n’aura lieu que l’année suivante ! Elle rend hommage à Christo et à son épouse, Jeanne-Claude qui, morte en 2009, fut son alter ego pendant plus de 50 ans.

 

Christo est de fait le nom d’artiste qui recouvre l’œuvre commune de Christo Vladimiroff Javacheff et de Jeanne-Claude Denat de Guillebon.

 

Ils sont tous les deux nés le 13 juin 1935, lui à Gabrovo en Bulgarie, elle à Casablanca au Maroc. Ils se rencontrèrent à Paris où, fuyant le régime communiste de son pays, Christo se refugia en 1958. L’ancien étudiant de l’Académie des Beaux-Arts de Sofia, âgé de 23 ans, y peignait des portraits et c’est en faisant celui de la mère de Jeanne-Claude qu’il rencontra sa future complice dans l’élaboration d’une œuvre dont il fut le dessinateur virtuose et elle, l’organisatrice.

 

Comme les nouveaux réalistes qu’ils côtoyaient à Paris, ils ont détourné à leur manière les objets de leur quotidien. Ceux-ci empaquetés et ficelés par leur soin, prenaient un air fantomatique que n’auraient pas renié les surréalistes ! À côté des empaquetages, ils empilèrent des barils de pétrole. Ils parvinrent le soir du 27 juin 1962 à barrer l’étroite rue Visconti avant d’être sommés par la police de démanteler l’édifice « barilesque ». Leur première manifestation publique fut ainsi déjà marquée du sceau de l’éphémère ! Leurs installations étant en général montrées quelques jours ou quelques semaines après avoir souvent nécessité des années de préparation.

 

C’est après leur départ à New York, en 1964, que le duo se lance dans des projets de grande envergure : en Australie, la côte sud de Sydney, est le premier morceau de nature qu’ils empaquetèrent, en 1969 ; en Californie, en 1976, les Christo firent serpenter une immense toile blanche sur près de 40 km, sorte de voile de bateau gonflée par le vent transportant notre imaginaire vers la grande muraille de Chine que son gigantisme évoquait ; en Floride, ils font flotter du rose autour des îles en face de Miami. Cet évènement qui eut lieu en 1983, contribua à laisser les lieux plus propres qu’avant ! Les Christo avaient coutume, une fois leur courte période d’exposition passée, d’ôter toute trace d’installation et de rendre au site son aspect initial. Cela n’a heureusement pas été le cas ici où 40 tonnes de déchets avaient été retirées pour mettre en place le projet ! À New-York, le mois de février 2005 fut égayé par la tenture orange safran que les Christo avaient fait tendre entre des milliers de portiques ponctuant Central Park.

 

Londres figure au tableau des récentes transformations de paysages par Christo. Une structure entièrement constituée de barils de pétrole, dont Christo a toujours apprécié l’esthétique, flotta durant l’été 2018 sur les eaux de Hyde Park. « Une fois la structure démontée et ses matériaux recyclés, le public pourra toujours la voir et la sentir dans leurs esprits quand ils reviendront à Hyde Park. », dit Christo lors de ce qui fut sa dernière venue à Londres à cette occasion.

 

Dès la fin des années 1960, le couple Christo avait réalisé des projets avec des barils qu’ils prévoyaient d’installer en milieu urbain. Leurs formes en pyramides tronquées les firent baptiser mastabas, en référence aux monuments funéraires de l’antiquité qu’ils évoquaient.

 

Des monuments que les Christo empaquetèrent, le siège du parlement de l’Allemagne réunifiée, à Berlin fut le grand succès populaire de l’année 1995.

Des échantillons argentés avaient été distribués à la foule et pieusement gardés par certains pour être exposés chez eux, aux côtés des bouts du Mur qui avait été abattu six ans plus tôt…

 

Dix ans avant l’empaquetage du Reichstag, celui du Pont-Neuf avait contribué à la célébrité des Christo. L’exposition du Centre Pompidou, axée sur leur œuvre parisienne, rend compte de toutes les étapes du projet d’empaquetage du plus vieux pont de Paris, qui a commencé en 1975 pour aboutir, grâce à la ténacité de Jeanne-Claude, à la réalisation de l’œuvre monumentale en 1985. Les dix ans nécessaires pour réaliser l’empaquetage du Pont-Neuf n’étaient rien par rapport aux vingt-cinq ans qu’il fallut pour celui du Reichstag !

 

Le Pont Neuf habillé d’une grande étoffe de couleur ocre, virant au doré avec le soleil et les reflets de la Seine, montrait déjà le goût de Christo pour ce qui est mouvant et tactile.

 

Les dessins virtuoses que Christo a conçus pour le projet du Pont neuf met en lumière le rôle essentiel de la ficelle : tel un crayon, elle souligne la structure du monument.

 

Le ficelage de l’Arc de Triomphe soulignera d’autant plus l’inspiration antique de l’arc que les sculptures, telle La Marseillaise, seront voilées.

 

Il est un fait que l’empaquetage révèle en même temps qu’il les voile les monuments dans leur essence, et nous permet de les voir d’un œil nouveau.

Celui de l’Arc de Triomphe sera réalisé 60 ans après les premiers projets le concernant élaborés par le couple.

 

Haut de 50m et large de 45m, il nécessitera 25 000 mètres carrés de tissu en polypropylène dont la matière est bien-sûr recyclable !

 

Le tissu argent bleuté sera ficelé par 7000 mètres de corde rouge : couleurs soigneusement choisies pour ce monument emblématique de la République au pied duquel repose la tombe du soldat inconnu et brûle la flamme du souvenir. Celle-ci inextinguible, restera visible, même pendant l’installation de l’œuvre par une quarantaine d’alpinistes.

 

« Ce sera comme un objet vivant qui va bouger dans le vent, refléter la lumière et avec ces plis qui vont bouger, la surface du monument va devenir sensuelle, les gens auront envie de toucher l’Arc de Triomphe » avait expliqué Christo peu avant sa mort.

 

Les Christo finançaient eux-mêmes leurs très coûteuses réalisations grâce à la vente de leurs dessins, esquisses et photomontages.

 

La matérialisation de leurs rêves, trop éphémère pour être à vendre, n’a jamais eu selon leurs créateurs, d’autre but que d’apporter de la joie. N’est-ce pas, en soi, une idée emballante ?

 

Agnès Anquetin-Dias
agnes.anquetin@me.com

 

Évènement

L’ARC DE TRIOMPHE EMPAQUETÉ,

Paris, place de L’Etoile-Charles de Gaulle

18 septembre- 3 octobre 2021.

 

L’archéologue et son pharaon