| Pauline Géhant | Février 2020 |

 

 

Plus que le SIDA, la tuberculose, le diabète ou encore les accidents de la route, la pollution de l’air dans les villes provoquerait chaque année la mort de plus d’un million de personnes dans le monde. Que ce soit dans les pays développés ou en développement, le constat établi par l’Organisation Mondiale de la Santé est accablant. Facteur majeur de risque des maladies cardio-vasculaires et respiratoires, la pollution de l’air est devenue un enjeu de santé publique et Londres n’y échappe pas.

 

D’après la London Air Quality Network, quelques millions de londoniens sont admis dans les hôpitaux pour des problèmes de santé liés à la pollution de l’air et celle-ci serait la cause de près de 9 400 décès chaque année. Les plus vulnérables, femmes, enfants et personnes âgées, sont les premières cibles et à l’heure où les activités industrielles, le trafic aérien et routier ne cessent d’augmenter, des initiatives se mettent progressivement en place dans l’objectif d’alerter les pouvoirs publics, de résorber cette pollution et ainsi de réduire les maladies qui en résultent.

 

Dans les villes, les populations sont exposées à différents types de polluants : les particules dites en suspension (PM2,5 et PM10), le dioxyde d’azote (N2), l’ozone (O3) ou encore le noir de carbone. D’après les études menées, le secteur générant l’activité la plus polluante n’est autre que le secteur du transport. En effet, celui-ci émet une quantité importante de dioxyde d’azote et de particules en suspension. D’autres activités à l’image des activités commerciales, industrielles, du BTP ou encore de la production énergétique sont également impliquées dans l’émission de ces polluants qui, une fois combinés, peuvent provoquer des maladies ou aggraver l’état de santé des personnes les plus fragiles.

 

En 2005, l’Organisation Mondiale de la Santé fixe un plafond d’émission limité à 30 microgrammes par mètre cube par jour pour les particules fines et à 40 microgrammes par mètre cube par jour pour le dioxyde d’azote. Ces limites sont largement dépassées à Londres et ce n’est pas un problème récent. Dès 1820, avec le développement des industries, la pollution de l’air commence à faire ses premières victimes. Considérée comme étant le signe d’une activité florissante, cette épaisse fumée produite par les centrales à charbon n’a que trop tardivement été considérée comme un problème sanitaire. Ce n’est qu’en 1956, suite au décès de 12 000 londoniens affectés par les effets du Great Smog que des mesures ont été prises. Le Clean Air Act constitue la première d’une longue série de lois votées dans l’objectif de faire face à ce problème d’insalubrité.

 

Des siècles plus tard, si les centrales à charbon ont quasi disparu du paysage urbain, la pollution de l’air, avec la banalisation du diesel et le trafic routier en constante augmentation, n’est pas moins importante. En avril 2009, le maire de la ville, Sadiq Khan, décide de réagir face à l’urgence et développe des zones à très faibles émissions (ULEZ) afin de sanctionner les propriétaires de véhicules non conformes aux normes d’émission de CO2. En parallèle, d’autres actions ont vu le jour. Scientifiques, spécialistes et universitaires ont rassemblé leurs compétences et ont créé, avec l’appui de la mairie de Londres, des C40 Cities et de la Children’s Investment Fund Fondation, la plate-forme Breathe London. L’objectif de celle-ci est de permettre aux londoniens d’accéder aux données sur la qualité de l’air qu’ils respirent et ce en temps réel.

 

Vous ne les avez peut-être pas remarqués mais ces capteurs ont été installés par centaines à travers la ville. Sur les lampadaires ou dans des voitures, ces capteurs mesurent la qualité de l’air partout dans la ville. Certains capteurs ont même été conçus pour être portés par les étudiants du King’s College of London. Toutes ces mesures peuvent être consultées sur la carte de Breathe London et font état de rapports publiés régulièrement. Au delà, d’informer et d’éveiller les consciences sur le problème de la pollution atmosphérique, il s’agit de déterminer quelles activités et polluants sont impliqués afin d’aider les londoniens à changer leurs comportements et à trouver des alternatives. Depuis la création de la plate-forme, plusieurs actions ont été initiées par les quartiers les plus touchés par la pollution. Dans l’objectif d’inciter les citadins à utiliser des moyens de transports plus propres, la City a développé un système d’indexation des frais de stationnement sur les taux d’émission de CO2 des véhicules.

 

D’après les chiffres révélés par la plate-forme, le transport routier, notamment les véhicules diesel constitueraient en tout point de vue les premières causes de la pollution atmosphérique avant les activités industrielles et commerciales ou encore l’aviation. L’une des solutions envisagées pour y remédier serait d’inciter les citadins à utiliser des moyens de transport types vélos, véhicules hybrides ou électriques en développant les infrastructures adéquates.

 

L’organisme public en charge des transports publics a déjà commencé à agir en faveur du tout électrique. Depuis le mois dernier, des blacks cabs 100% électriques arpentent les rues de la capitale. Alors qu’encore 20 000 taxis londoniens roulent au diesel, ces nouveaux taxis baptisés dynamo constituent un espoir pour les habitants. Développé en collaboration avec Nissan, le véhicule peut parcourir plus de 300 kilomètres en toute autonomie. Pour ce qui est des activités commerciales et industrielles, la mairie de Londres encourage les entreprises à utiliser des stratégies n’impliquant pas l’usage de la combustion, à travers un programme baptisé Cityair Business Engagement Programme, à réduire leur empreinte carbone.

 

Preuve qu’il est possible de changer les choses ? Londres se veut être un modèle de capitale en transition écologique mais certaines actions semblent aller dans le sens contraire. Pour faire face à l’afflux de passagers, l’aéroport de Londres Heathrow envisage la construction de nouveaux accès routiers et d’une troisième piste dont l’ouverture, prévue à l’horizon 2025, permettrait à 730 000 vols d’être opérés. Malgré la plainte déposée par le maire de Londres et plusieurs ONG incluant Greenpeace et Friends of The Earth, le projet qui pourtant va à l’encontre des objectifs fixés par la Climate Change Act, est toujours en discussion et il pourrait être adopté. Pour une grande partie des londoniens, de plus en plus concernés par les problématiques environnementales, le gouvernement doit se montrer plus réactif et surtout plus cohérent.

 

Pauline Géhant