| Marie de Montigny | Mai 2019 |

 

Crédit photo : courtesy of Stoopid Buddy Studioos

 

Fantastique Maître Renard, Monsieur Jack, Coraline, Kubo ou encore Courgette : ils vivent leurs aventures dans des tenues à la coupe parfaite.

 

Le stop-motion (en bon français « animation en volume »), ces films réalisés à partir de la succession de photos (une vingtaine par seconde) de petits personnages en latex, mousse ou encore pâte à modeler, possède ses propres équipes de costumiers aux petits soins !

 

Gurcine Langar a grandi au milieu des ateliers de confection familiaux dans le Sentier à Paris, récupérant bouts de tissus et autres accessoires de mercerie pour confectionner à sa Barbie une garde-robe de star de cinéma. Elle vide à l’occasion le dressing de sa blonde de plastique au bénéfice de ses copines d’école, troquant micro-tenues faites main contre des robes pour elle-même. Ses parents lui enjoignant de se lancer dans une carrière autre que la leur, elle se dirige vers un DEUG puis une Licence d’Arts Plastiques, avant de bifurquer, au grand dam de sa famille, vers une école de mode, qu’elle se paye toute seule. A l’issue de cette formation, elle décroche une place d’habilleuse lors de défilés. De fil en aiguille, la jolie brune aux doigts d’or devient patronnière puis modéliste dans plusieurs maisons de prêt à porter.

 

A la faveur d’une opportunité professionnelle pour son mari, elle traverse l’Atlantique pour s’installer sur la côte californienne. Alors qu’elle a repris sa mallette de couture pour son propre plaisir, confectionnant des poupées de chiffon qu’elle commercialisera (www.lescocottesparis.com), une connaissance la met en relation avec un studio de stop-motion, en recherche de costumiers pour ses marionnettes. Et ça tombe bien, car ses classiques sont Fantastique Maître Renard ou encore l’Etrange Noël de Monsieur Jack. Cette fois-ci, les modèles font dans les trente centimètres de haut et sont les héros de Buddy Thunderstruck, Super Mansion ou encore Robot Chicken, une série un peu « décalée, trash, olé-olé » qui fait un tabac outre Atlantique. Loin de la solennité de la mode, Gurcine découvre chez Stoopid Buddy Stoodios un univers professionnel sous le soleil californien, un  « travail à la cool », où l’on vous accueille avec un bar à petit déjeuner, non seulement vous mais aussi votre animal de compagnie, où l’on peut travailler avec un film en toile de fond ! Les employés « sont des gens passionnés, qui s’inspirent de l’actualité, de la politique », qu’ils réinjectent en partie dans les séries, les sketches ou les spots publicitaires qui leur sont commandés.

 

Si l’ambiance est détendue, le travail est très sérieux, minutieux et exigeant. Gurcine travaille avec un cahier des charges plus ou moins précis selon les demandes de la cheffe costumière, et fait appel à ses propres références cinématographiques. « Par exemple, on va me dire : il me faut personnage de tel gabarit du style de Robert de Niro dans tel film. Et je fais des recherches sur les tissus, les personnages». Elle peut piocher dans les costumes existants (répertoriés et classés dans des armoires entières), mais surtout, elle peut fabriquer elle-même, à la main. « J’ai toujours aimé ce qui était petit, avant j’étais spécialisée dans les détails. J’aime les petites choses. Tout le monde n’aime pas ça. Tu galères pas mal. Quand tu as un tout petit pantalon, un petit jean tout fin, d’à peine 1 cm de large à retourner (après l’avoir cousu). Tu passes une petite aiguille à crochet, et les coutures se déchirent parfois ! »

 

Contre intuitivement, pour paraître en mouvement, fluides, les habits doivent être rigidifiés, à l’aide de sprays ou de couches de colle. Les matières trop molles, qui donnent du fil à retordre, sont bannies. En effet, il ne s’agirait pas qu’une écharpe retombe entre deux photos alors que le sujet continue à courir ! « Une cape est encollée, elle est rigide, on la fait même tenir avec des fils de fer (délicatement mus entre chaque prise). Il y avait même une spécialiste cape ! ». Les costumiers se voient alloués une ou plusieurs marionnettes et travaillent avec des outils spécifiques, par exemple des aiguilles d’une forme arrondie particulière. Chacun développe avec l’expérience ses propres outils. Dans certains cas les vêtements sont refermés directement sur la poupée. Il faut parfois plusieurs jours de travail finaliser pour un costume.

 

Les marionnettes à l’ossature de métal, dûment habillées, passent ensuite sur la table de réunion pour être examinées sous toutes les coutures et approuvées. Elles sont ensuite dorlotées tout au long du tournage : on trouve toujours sur le plateau l’indispensable puppets hospital : un sauveteur avec sa mallette de couture, prêt à intervenir en cas de vêtement non coopératif, qui aurait la mauvaise idée de se déchirer ou se décoller.

 

Récemment installée à Londres, Gurcine projette de mettre à nouveau ses talents au service de petites marionnettes, ou se lancerait volontiers dans l’univers de la comédie musicale, en coulisses, bobines et aiguilles en poche !

 

Marie de Montigny

 


 

Top 5 stop-motions selon Gurcine :

  • L’Etrange Noël de Monsieur Jack  (1993, Tim Burton)
  • Fantastique Maître Renard (2009, Wes Anderson)
  • Les Pirates ! Bons à rien, Mauvais en tout (2012, Aardman Studios)
  • Kubo et l’armure magique (2016, Laika Studios)
  • Ma vie de courgette  (2016, Claude Barras)