| Diane de La Raudière | Avril 2020 |
Destination Hong Kong

Crédit photo : Cécile Faure

 

Dans quel pays, ville et université / école avez-vous choisi d’étudier ?

J’ai effectué un échange universitaire au sein de City University of Hong Kong. Warwick, mon université d’origine, avait un accord avec cette université d’accueil.

 

Pourquoi avoir choisi cette destination et avoir pris le risque de vous expatrier en terrain inconnu ? Vous étiez vous rendue sur place avant ? Qu’est-ce qui a alors validé ce choix ?

Hong Kong m’avait été décrit comme un endroit rassemblant cultures chinoises et occidentales [1]. Fascinée par la Chine, mon choix s’est porté spontanément sur Hong Kong.  L’enseignement y est dispensé en anglais mais en plus du cursus on peut prendre des cours de mandarin … ou, si vous êtes plus aventureux, de cantonais, la langue maternelle des Hongkongais.

J’avais envie d’effectuer un saut dans le vide pour vérifier mon ouverture d’esprit et assouvir mon goût pour l’aventure. Je suis partie sans attentes et idées reçues afin d’apprécier tout ce que cet endroit avait à m’apporter en le découvrant de A à Z.

 

Comment vous êtes-vous adaptée à votre nouvel environnement ? L’université / l’école ont-elles fourni un cadre et des activités le permettant ? Avez-vous choisi de vous tourner vers des étudiants venant peut-être d’un même établissement fréquenté précédemment ou de votre nationalité, d’une autre nationalité ou du pays d’accueil ?

Que ce soit via les événements organisés par l’université, ou par la rencontre d’autres étudiants en échange ou en partageant sa chambre avec une étudiante étrangère, je me suis vite adaptée à ce nouvel environnement. Il suffit d’avoir la curiosité de découvrir une nouvelle culture. Pour comprendre celle de Hong Kong, il faut prendre du recul par rapport à nos valeurs et repères européens. La facilité est de se tourner vers des personnes de nationalités et cultures équivalentes. Il faut essayer de côtoyer des étudiants originaires de Hong Kong et ses environs. En créant des liens avec des étudiants de nationalités variées, j’ai pu comprendre et surmonter certaines différences culturelles qui existent, notamment entre Occidentaux et Asiatiques.

 

Quelles difficultés avez-vous rencontrées ? Étaient-elles d’ordre matériel ? ou d’un autre ordre (identité culturelle, isolement, etc) ? 

Habituée à vivre à la campagne, l’arrivée dans une ville aussi densément peuplée a été un réel choc. J’ai donc préféré remédier à ce manque de nature en partant découvrir les zones plus naturelles de l’archipel, riches en promenades à couper le souffle. Il est bien difficile d’avoir une opinion éclairée sur les manifestations contre l’amendement de la loi d’extradition. J’aurais préféré ne pas avoir une vision influencée par les valeurs et droits qu’une Française possède. Suite aux violences de novembre, les universités ont fermé prématurément, les étudiants internationaux ont dû repartir plus tôt et j’ai dû rentrer aussi.

 

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui souhaiterait faire le même choix que vous ?
  • Oser : ne pas avoir peur de sortir de sa bulle, c’est la meilleure façon de se remettre en cause, de se renforcer et de grandir.
  • Se laisser surprendre : sauter dans l’inconnu permet de ne pas avoir d’attentes et d’espoirs particuliers et ainsi de profiter au mieux.

 

Quelle est votre analyse de ce que vous avez vu à Hong Kong ?

« Région Spéciale Autonome, SAR », Hong Kong signifie littéralement « Port Parfumé ». Avec une histoire coloniale haute en couleurs, des relations houleuses avec la mère patrie chinoise, une place financière mondiale et une extrême densité de population, Hong Kong possède une identité locale forte [2]. J’y ai été sensibilisée pendant mon échange, en observant ces protests enflammés, reflets d’une inquiétude et d’une frustration croissante.

Les manifestations sont impressionnantes de par leur ampleur et leur organisation minutieuse. Pendant la marche du 16 juin 2019 où environ 2 Hongkongais sur 7 manifestaient, un groupe de frontliners a formé le noyau dur au sein du cortège pour renforcer la force de frappe [3]. Les Hongkongais ont des techniques inventives pour faire face à la police. Depuis le « Mouvement des parapluies » en 2014 la tension est montée d’un cran. Fini les mouvements pacifiques : les étudiants savent à éteindre les gaz à lacrymogène, les dévier avec des parapluies, fabriquer les cocktails Molotov artisanaux…

Un organisateur du siège de mon université m’avouait en larmes combien il était le premier désespéré par la situation et attristé de devoir en arriver là pour faire entendre sa voix. Dans ce contexte de révolte, je ne me suis pas sentie en danger mais je me sentais impuissante face aux évènements. J’ai pu mesurer la frustration des étudiants locaux face au manque de dialogue avec les autorités. La question de la survie de Hong Kong sur la base de « Un pays, Deux systèmes » reste sans réponse.

 

Diane de La Raudière
diane.laraudiere@gmail.com

 

 

[1] Academic Destinations. (09/12/2019). “Hong Kong is frequently described as a place where East meets West”. In the Chronicle of Higher Education. Page consultée le 6 Janvier 2020. https://www.chronicle.com/academicDestinationArticle/Where-East-meets-West/1/

[2] Scott, Ian. Political Change and the Crisis of Legitimacy in Hong Kong, 1989, University of Hawaï Press. ISBN 978-0-8248-1269-0.

[3] Lundi Matin. (03/10/2019). “Hong Kong, Entretien avec un « Frontliner »”. In Lundi.Am, Pgae consultee le 6 Janvier 2020. https://lundi.am/Hong-Kong-entretien-avec-un-front-liner

 

L'ECHO Magazine : newsletter et abonnement !

Inscrivez-vous à notre newsletter : https://www.lechomagazine.uk/newsletter-echo-magazine/

Abonnez-vous au magazine : https://www.lechomagazine.uk/abonnement/