I Cécile Faure I Octobre 2019 I

 

Le 17 septembre dernier, le Président Emmanuel Macron annonçait 5 milliards d’euros d’investissements institutionnels français visant à soutenir l’effort d’entreprises innovantes installées sur le territoire français sur un horizon de trois ans.

 

 

Parallèlement, le gouvernement français menait la seconde édition du « Scale Up Tour », deux jours de séduction invitant les capitaux étrangers à soutenir l’effort de startups françaises dans leur phase de croissance et les institutionnels étrangers à investir dans des fonds de capital-risque basés en France.

À cette occasion, le jeudi 19 septembre, La French Tech se déplaçait à Londres et organisait un évènement promotionnel à l’IMAX du Science Museum.

Sous le patronage du Ministre du Secteur du Numérique, Cédric O, et de la Présidente de la French Tech, Kat Borlongan, deux panels d’entrepreneurs – Alix Poulet (CEO de Leetchi) et Henry Lane Fox (Co-fondateur et CEO de Founders Factory) – et investisseurs – Lucile Cornet (Eight Road Ventures), Bernard Liautaud (Balderton), Philip Freise (KKR Ltd) – donnaient un état des lieux de la transformation numérique et technologique en France portée par les startups, et évoquaient les besoins et contraintes du secteur face à la concurrence internationale, notamment américaine et chinoise.

D’après quelques chiffres présentés par Dealroom.co, spécialiste hollandais de l’analyse sectorielle et de l’identification d’entreprises à fort potentiel, l’Europe rattrape doucement l’Asie sous l’impact d’une forte croissance des investissements de large envergure, i.e. de plus de 100 millions d’euros. Mais la maturation de l’écosystème se traduit aussi par une faible, voire quasi inexistante, croissance des investissements de moins de 10 millions d’euros.

Bien que dynamique, avec seulement 7 licornes (les définitions diffèrent un peu, mais ici on considère les entreprises dont la valeur est estimée à plus de 1 milliard d’euros) – Blablacar, Deezer, Doctolibo, Ivalua, Meero, OVH et Veepee, la France est encore loin derrière le Royaume Uni (75) et l ‘Allemagne (30).

Entre 2016 et 2019 les fonds de capital-risque ont soulevé près de 5,9 milliards d’euros en France, un peu plus qu’en Allemagne (5,6) mais moitié moins qu’au Royaume-Uni (11,4).

En France, 64% des investissements proviennent de l’hexagone, 19 % sont issus d’autres pays européens, 14 % des Etats-Unis et seulement 1% vient d’Asie. En comparaison, au Royaume-Uni, 28% des investissements sont d’origine nationale, 12% sont européens, 27% proviennent des Etats-Unis et 25 % de la région Asie. Ce dernier chiffre, n’était que de 6% en 2018, témoignant ainsi d’un soudain engouement des investisseurs asiatiques pour les startups britanniques.

Malgré tout, la France n’est pas en reste et a construit un écosystème relativement complet en un court laps de temps comme en témoignent le nombre et la répartition sectorielle de ces jeunes entreprises (près de 13000 startups et scaleups) à très fort potentiel de croissance, mais aussi l’essor d’un environnement (plus de 200 accélérateurs et espaces de travail) propice à la réflexion et aux rencontres entre entrepreneurs et investisseurs (estimés à plus de 3400).

Entrepreneurs comme investisseurs s’entendent sur la maturité croissante de l’environnement français avec notamment le développement des incubateurs sur les dix dernières années. De tous les éléments favorables aux licornes, ce sont cependant le trop faible volume d’investissements et l’inadéquation de la réglementation qui freinent aujourd’hui leur essor en France.

Alix Poulet insiste aussi sur la nécessité de faire appel aux talents de tous, y compris la compétence et l’expérience des actifs seniors, et de favoriser ces talents qui, en recherche d’une qualité de vie, existent en dehors de la région parisienne.

Et tous semblent s’accorder sur le fait que le développement des licornes françaises ne peut se faire qu’au travers d’une ouverture aux capitaux et marchés étrangers, et se doit de reposer sur une expansion hors des frontières de l’Hexagone.

 

Kat Borlongan, Présidente de la French Tech, a donc annoncé que le gouvernement français s’est engagé à favoriser la transition vers un environnement propice à la dynamisation du secteur de l’innovation technologique. Le programme vise des entreprises réunies en deux groupes :

  • La French Tech Next40 : 40 startups françaises installées sur le territoire français et n’étant pas encore cotées en bourse, ayant bénéficié des plus importantes levées de fonds sur les trois dernières années, affichant des revenus supérieurs à 5 millions d’euros en 2018 et un taux de croissance d’au moins 30% sur les trois dernières années ;
  • La French Tech 120, comprenant les Next40 et 80 autres entreprises à fort potentiel et dont la liste sera révélée en janvier 2020.

 

Il s’agit aussi d’éliminer le frein que connaît le secteur face à un manque de talents en proposant :

  • depuis mars 2019, la mise en place d’une aide à l’emploi de salariés étrangers en allégeant le processus d’embauche et en offrant un statut de résident de 4 ans sans aucune limitation relative aux diplômes ou capacités financières de l’individu ;
  • depuis juillet 2019, un portefeuille de 15 millions d’euros pour faciliter l’accès à l’entreprenariat pour tous, en dehors de toute contrainte socio-économique ;
  • depuis mai 2019, la mise en place du Plan d’Action pour la Croissance et la Transformation des Entreprises (PACTE) visant à faciliter l’accès à l’entreprenariat pour les chercheurs ;
  • une meilleure équité et représentation des femmes, avec pour but d’atteindre 30% des postes de direction, et 35% des intervenants lors de conférences et évènements du secteur.

 

L’amphithéâtre de l’Imax était plein à quelques strapontins près, et force est de constater que le sujet fait vibrer intérêt et portefeuille au sein de la communauté des français présents ce soir-là. Au regard de l’intention et du message, il est dommage que les investisseurs et talents anglais ou d’autres horizons aient été plus rares. Seulement dans sa seconde édition, La French Tech semble posséder tous les éléments d’une success story… à bon entendeur, passez le mot et saisissez le train en marche !