| Caroline Kowalski | Août 2019 |

 

Crédit photo : Ben Bullen

 

Prince Philip

Cinquième et dernier enfant du prince André de Grèce et de la princesse Alice de Battenberg – forcés à l’exil après l’abolition de la monarchie en 1923, il est éduqué par son oncle et sa grand-mère.  Il vit une enfance nomade entre la Grèce, l’Angleterre (Cheam School), la France (École américaine The Elms à Saint-Cloud), l’Allemagne (Schule Schloss à Salem) et l’Écosse (Gordonstoun School) où il suit son maître et directeur d’école Kurt Hahn, emprisonné par les Nazis puis contraint de s’exiler. C’est cet homme et sa pédagogie – éprouvée mondialement – qui inspirèrent le Duc d’Édimbourg dans l’établissement du challenge qui porte aujourd’hui son nom.

 

Kurt Hahn

Né dans une famille juive allemande en 1886, formé à Berlin, Oxford, Heidelberg, Fribourg et Göttingen, cet éducateur visionnaire fonde avec le prince Max de Bade une école humaniste expérimentale installée en 1919 près du lac de Constance (Baden-Wurttemberg), dans l’ancien monastère cistercien de Salem. Patriote au service du gouvernement allemand pendant la première guerre mondiale mais foncièrement internationaliste, Hahn s’est très tôt élevé contre le régime nazi, appelant ses pairs et élèves à choisir entre Salem et Hitler. Il dut sa sortie de prison et l’asile politique à l’intervention du premier ministre britannique Ramsay MacDonald en 1933.

 

Une pédagogie radicale qui transcende les factions

Regrettant le déclin d’exercice physique, d’esprit d’initiative, d’imagination, d’habileté manuelle, d’autodiscipline et d’empathie chez les garçons de 13 ans, Kurt Hahn combat cette “corruption sociale” en appliquant la sagesse du mens sana in corpore sano bien au-delà du stade et de la salle de classe. À Salem, des corporations d’explorateurs, de fermiers, de navigateurs et d’artistes prennent forme le samedi, tandis que les services domestiques quotidiens développent selon lui le sens des responsabilités et de l’entraide.

 

La devise de Salem : “Plus est en vous”

Conditions spartiates et esprit de sacrifice sont les maitres-mots d’une éducation qui ne néglige pourtant ni compassion ni prévenance. “Nous avons copié sur tout ce qui nous entoure, reconnaît de Bade : les collèges privés, Goethe, Platon et les boy-scouts”. La Schule Schloss se veut un mélange unique de deux traditions : la voie gréco-romaine – défi physique, courage et persévérance – et la voie judéo-chrétienne de la compassion, du sacrifice et de la charité.

Une institution prolongée dès 1934 à Gordonstoun dans le comté de Moray en Écosse, où le duc d’Edinburgh reçut les principes d’une formation humaine déclinés désormais depuis près de 55 ans au travers du Duke of Edinburgh’s Award.

 

John Hunt (1910-1998) fut, de 1956 à 1966, le premier directeur du DofE’s Award Scheme. Après avoir mené la première ascension réussie de l’Everest en 1953 il prit sa retraite de l’armée à la demande du Prince Philip pour se consacrer au projet. Et le mondialiser.

 

Naissance du DofE’s Award

  1. Premier défi organisé pour les garçons âgés de 15 à 18 ans, particulièrement ceux qui n’appartiennent pas au mouvement scout. Il s’inspire du Moray Badge institué à Gordonstoun en 1937 pour permettre aux jeunes locaux de recevoir un entrainement physique, de partir en “exploration” et de monter un projet social.
  2. Le défi est étendu aux filles âgées de 14 à 20 ans.
  3. Les Gold Awards pour filles et garçons s’harmonisent.
  4. Un seul programme est institué pour filles et garçons âgés de 14 à 21 ans.
  5. L’âge limite est étendu à 25 ans.

 

Le DofE : plus qu’une sortie-nature…

Par l’école ou grâce à des entreprises sous-traitantes, les jeunes sont invités à choisir un domaine et un objectif dans quatre sections du challenge :

  • Bénévolat – au service de la communauté (1 heure min par semaine)
  • Fitness – pratique régulière d’une activité sportive
  • Compétence – manuelle, sociale ou artistique
  • Expédition – marche d’orientation préparée et vécue en groupe (2, 3 ou 5 jours selon le niveau).

Chaque niveau requiert davantage de temps et d’implication :

  • Bronze : 3-6 mois.
  • Silver : 6-9 mois.
  • Gold : 12-18 mois, incluant aussi une activité en groupe hors de chez soi pendant 5 jours.

 

Une perle éducative de premier choix pour une société en crise

Fortement inspiré des valeurs du scoutisme, le Duke of Edinburgh’s Award prépare les jeunes générations aux qualités requises par beaucoup d’employeurs – détermination, esprit d’équipe et d’initiative, sens de l’effort et de la communication, soif d’apprendre et souci du bien commun.

Autant de forces utiles en général pour affronter les défis d’aujourd’hui et se préparer à ceux de demain. À plus de 60 ans, l’édifiante institution a de beaux jours devant elle.

 

Caroline Kowalski

 


 

Sources :

  • www.dofe.org
  • BBC News. 25 février 2016
  • Philippe Delorme. Philippe d’Edimbourg : une vie au service de sa majesté. Ed. Tallandier. 2017. 301 pages
  • www.ukclimbing.com