| Hélène Guild | Décembre 2019 |

 

 

Certaines écoles font appel aux spécialistes de la « pédagogie par la nature » pour répondre aux besoins d’une génération en déficit de verdure. La nouvelle tendance est d’aller à la rencontre du monde du vivant et d’être conscient de son impact sur la planète.

 

Se mettre au vert, une consigne officielle

En mai dernier, le coup d’envoi est donné par Kate Middleton à l’ouverture du Back to Nature Garden au Chelsea Flower Show. Kensington Palace déclare que ce jardin incite les familles à sortir en pleine nature. Les enfants y développent la confiance en soi, la résilience, les interactions sociales avec leurs pairs et les compétences  transversales. Se promener dehors en toutes saisons, observer les cycles de la nature,  construire une cabane, respirer une fleur, ramasser des châtaignes, dormir à la belle étoile, écouter un ruisseau ou le chant du coucou…

Voici comment l’enfant s’imprègne de nature, devient créateur, construit son être et sa santé physique et psychique. Rentrée 2019, le message se confirme avec l’Ofsted, (Office for Standards in Education) qui change son système d’évaluation en intégrant le développement personnel dans ses grilles. Dans ses directives, le Ministère de l’Éducation insiste aussi sur l’importance de suivre un curriculum cohérent qui cultive harmonieusement toutes les dimensions de l’individu. La priorité est donnée à l’expérience en milieu naturel, à la prise de risque et à l’apprentissage sans résultat à la clef.

 

Tous les chemins mènent à la connaissance

Marnie Rose, fondatrice de The Garden Classroom (TGC) est guidée par une passion qui remonte à l’enfance. Créer une « école à ciel ouvert » qui propose des modules de quelques heures au jardin à Londres et des stages en immersion totale à la campagne. Son projet fait tomber les barrières entre matières, intègre le curriculum et réaligne les enfants avec les rythmes de la nature. Elle dit avec enthousiasme que « nous apprenons mieux lorsque le sujet étudié est expliqué dans un contexte adapté. Si on parle de symétrie ou de calcul, la nature offre de nombreux exemples concrets. La biodiversité est évidente lors d’une marche à travers champs. Place donc à une réceptivité maximale pour ressentir les sensations que crée le parfum d’un végétal froissé, la texture d’une écorce, la fraîcheur de la rosée sous les pieds ».

Marnie observe que les enfants ont un déclic lorsqu’ils ont l’occasion de faire des expériences pratiques comme compter le nombre d’oiseaux sur un espace défini. L’enfant « apprend à faire ses choix, à décider par lui-même sans se référer à une autorité et à avoir son avis sur un phénomène naturel ». Elle demande : « Que retiens-tu de cet atelier ? Comment expliques-tu l’aube ou le crépuscule ? ».

Toutes les réponses sont bonnes dans la mesure où l’enfant s’exprime sans craindre le stylo rouge. Au cours d’une journée on aborde la longueur des ombres, la condensation de la rosée, le point d’ébullition, la lecture d’un plan, la dispersion des graines… Pour une immersion totale à la campagne, les enfants arrivent en train et rejoignent le camp à pieds en laissant derrière eux leur vie urbaine. Ils sont accueillis autour du feu par Imola Andras, chef cuisinier du camp. Les horaires des ateliers s’accordent avec la dynamique de groupe. Les enfants participent à la vie de la communauté (ramasser du bois pour le feu, aider à la cuisine, ranger les tentes, etc.).

« Préparer tous les repas sur un feu de bois est un rituel qui rythme la journée.  La cuisine à ciel ouvert est bien sûr le lieu préféré des enfants ; on y apprend à couper avec des couteaux, à éplucher et à se sentir autonome ».

 

Passeurs de nature : l’école en forêt

Le but premier des jardins d’enfants nature c’est que les enfants puissent jouer avec d’autres enfants dans la nature.

Apprendre dans la nature permet d’acquérir des compétences transversales. Les activités sont variées et adaptées à chaque âge : orientation dans l’espace, observation de la symétrie des feuilles, construction de feu … Les Forest Schools ont le vent en poupe : le concept d’école en forêt devient un complément de l’école traditionnelle. Elles enseignent la pédagogie de l’Outdoor Education et répondent au syndrome de déficit de nature (Nature deficit disorder) : hyperactivité, anxiété, trouble de la concentration, obésité, stress, dépression, etc.

Les buts recherchés sont le plaisir de l’enfant, son développement intégral et sa relation émotionnelle avec la nature, la stimulation de la confiance en soi, l’autonomie et la créativité. Les écoles proposent des ateliers buissonniers avec l’observation des nids, initiation aux chants d’oiseaux ou encore la vannerie bucolique en bord de rivière. Les enfants apprennent à dépasser leurs craintes, à coopérer et développer les relations sociales, à respecter l’environnement. Les apports d’une telle pédagogie sont nombreux, notamment la logique, le repérage dans le temps et dans l’espace, la connaissance du vivant, le développement du langage oral et écrit. En prime, les enfants sont plus détendus, agiles et endurants.

Des milliers d’éducateurs “nature” sont formés chaque année par les organismes compétents pour répondre à une demande croissante.

 

Écrans de verdure

L’usage exagéré des écrans chez les enfants provoque des retards d’apprentissage et d’exploration du monde, ainsi que des problèmes pondéraux et de sommeil. Les interactions d’un enfant avec son environnement et son entourage sont la meilleure source de stimulation. Le manque d’activité physique et la sédentarité peuvent nuire au développement d’habiletés motrices indispensables au développement global de l’enfant.

Après 5 ans, les enfants devraient faire au moins 60 minutes d’activité physique d’intensité moyenne à élevée par jour et faire plusieurs heures de différentes activités physiques de faible intensité. Ils devraient aussi s’adonner au moins trois fois par semaine à des activités physiques d’intensité élevées pour renforcer muscles et os. L’enfant n’apprend pas à se contrôler ou à réguler son humeur grâce aux écrans.

Dans la nature, l’enfant développe des stratégies pour se calmer. Il se reconnecte avec lui même, renforce la maîtrise de soi et l’autodiscipline. Les “classes de nature” doivent être répétées à intervalle régulier pour avoir un impact. Une seule classe verte dans l’année ne représente pas la dose suffisante de “vitamine V”. L’équilibre entre enseignement théorique en classe et pratique sur écrans de verdure se fait progressivement au gré des réformes éducatives et en fonction des budgets disponibles. Les charities anglaises se mobilisent pour soutenir ce nouveau développement dans l’éducation.

 

L’effet « Greta »

Réchauffement climatique certes mais comment expliquer concrètement les effets à des enfants entre quatre murs ?

Tous s’accordent sur les avantages d’une éducation proche la nature et sur l’importance du développement personnel des enfants, autant sur le plan académique que sur le plan émotionnel. L’effet “Greta” se fait sentir et certains enfants s’engagent sur les questions environnementales. Le mouvement de grève scolaire annonce-t-il la montée d’une nouvelle génération ?

Les jeunes followers de G. Thunberg questionnent le bilan des générations précédentes et font l’état des lieux. La démarche de la jeune suédoise montre que l’âge n’est en rien un frein pour exprimer ses idéaux. Il faut en revanche savoir de quoi on parle. Mieux vaut donc étudier tôt en forêt et se familiariser avec la nature avant de faire campagne.

 

Hélène Guild
helene@hortecole.co.uk

 

À consulter :

 

À lire:

  • Sarah Wauquiez, L’école à ciel ouvert, Éditions de la Salamandre
  • Peter Houghton, L’école de la forêt, Ulmer
  • Alice Peck, The Green Cure, CICO books
  • Richard Louv, Last Child in the woods : saving our children from nature-deficit disorder, Atlantic books