Conférence éducation et bilinguisme : permettre aux enfants de s’épanouir dans un environnement multilingue

Intervention de Barbara Abdelilah-Bauer : linguiste et psychosociologue, spécialiste du bilinguisme, lors de cette conférence organisée le 31 janvier dernier par Avenue des Ecoles en collaboration avec l’Institut français de Londres.

Qu’est-ce que le bilinguisme ?

6 000 à 7 000 langues sont parlées dans 365 états indépendants dans le monde. Seule 13% de la population mondiale est monolingue.

Pour Barbara Abdelilah-Bauer, le bilinguisme est la capacité d’utiliser plus d’une langue, régulièrement, dans des situations quotidiennes. Il se développe par le besoin de plusieurs langues au quotidien. On peut devenir bilingue à tout âge, y compris avec une déficience mentale. Le bilinguisme parfait est exceptionnel (environ 5 % de la population). Il est fluctuant en fonction des personnes, de la durée et de l’environnement.

Le bilinguisme n’est pas la juxtaposition de deux compétences unilingues. L’expérience du terrain et les théories courantes en psychologie cognitive et en linguistique montrent au contraire un passage constant d’une langue à l’autre dans le cerveau. Par exemple, un enfant à qui l’on enseigne les multiplications en anglais développera ce que le spécialiste canadien de l’enseignement bilingue Jim Cummins appelle une compétence sous-jacente commune, compétence qu’il pourra réactiver lorsqu’il sera exposé aux multiplications en français.

Les facteurs qui influencent le bilinguisme 

L’âge :

De la naissance à 7 ans, on acquiert le langage de façon intuitive par exposition et interaction. De 3 à 7 ans, si l’enfant établit une relation affective et de confiance avec ses interlocuteurs, il élaborera des stratégies sociales et cognitives qui lui permettront d’entrer dans la nouvelle langue. Après 7 ans, l’enfant n’a plus accès à ce dispositif inné d’acquisition intuitive ; il aborde la langue avec une réflexion consciente et un apprentissage structuré.

Le contexte :

Le bilinguisme s’acquiert soit dans un cadre naturel ou informel (la famille, la rue), c’est un apprentissage inévitable et vital, soit dans un cadre institutionnel et formel (une école bilingue), c’est un apprentissage évitable.

La durée d’exposition :

C’est un facteur déterminant. Des études américaines montrent que des enfants de langue maternelle étrangère rattrapent le niveau de leurs petits camarades monolingues après 2 à 5 ans de scolarité pour l’oral et 4 à 7 ans de scolarité pour l’écrit.

Les variables affectives :

Si la langue maternelle et la langue d’accueil sont valorisées par la famille et la société, l’enfant est alors motivé pour utiliser ces deux langues qui s’enrichissent mutuellement.

Les effets du bilinguisme

Ils sont multiples : facultés métalinguistiques plus avancées (meilleure compétence analytique, avantage pour l’apprentissage de la lecture), créativité accrue, avantage cognitif dans le traitement de l’information, meilleure sensibilité communicative (meilleure perception des facteurs situationnels, empathie) et apprentissage d’une troisième langue facilité.

Les inconvénients du bilinguisme 

Il n’existe pas d’inconvénients avérés au bilinguisme. Les difficultés langagières ou d’apprentissage ne doivent pas être imputées au bilinguisme, mais plutôt à des causes socio-culturelles, psychologiques ou physiologiques. Le bilinguisme n’induit pas de troubles du langage, mais n’en protège pas non plus.

Il existe cependant des vécus personnels négatifs (comme un biculturalisme mal assumé, un accent).

 

Bibliographie

ABDELILAH-BAUER Barbara, Le défi des enfants bilingues, La Découverte, 2014

ABDELILAH-BAUER Barbara, Guide à l’usage des parents d’enfants bilingues, La Découverte, 2012

 

Marie de Montigny

 

(La suite de la conférence dans le prochain numéro de L’ECHO Magazine !)