Marie-Blanche Camps | Décembre 2018 |

Emma se définit sur son compte Instagram comme une « dessinatrice de trucs moches qui veulent dire des choses » et une « féministe, inclusive, antiraciste, anticapitaliste ». Tout un programme !

Elle vient de publier en France son troisième livre La charge émotionnelle et autres trucs invisibles, le quatrième est en préparation : elle y parlera d’écologie. Déjà traduits en espagnol et en italien, ses deux premiers livres ont été réunis en version anglaise dans The mental load : a feminist comic.

Emma est une jeune femme de 37 ans (elle paraît en avoir dix de moins), détendue et souriante. Elle sort d’une interview à la BBC et va profiter de sa venue à Londres pour y passer le week-end avec son fils de sept ans. Elle n’est pas plus étonnée que cela d’être publiée en anglais : « on me connaît ici parce que j’ai été publiée dans le Guardian l’année dernière ». Elle parle de « sa communauté »,  les 200000 femmes et les hommes aussi, qui la suivent sur Facebook, Instagram « j’y poste mes activités et mes rencontres » et Twitter « là, j’aborde des sujets politiques ». Mais tout a commencé véritablement sur son blog (www.emmaclit.com) en mars 2016 : « Je suis devenue féministe quand j’ai eu une prise de conscience au travail (Emma est ingénieure informaticienne) : mon patron me félicitait sur mon sourire, mais gueulait sur mon travail… J’ai commencé à parler des comportements sexistes dans l’entreprise à mes collègues et à ma famille. La discussion était difficile, je ne trouvais pas de répondant alors j’ai démarré mon blog. J’ai commencé par parler de la condition des femmes dans l’entreprise. Avec des dessins, c’était plus facile, le message est plus rapide. Je préfère donner du sens au fond, plutôt qu’à la forme, c’est pour cela que je dis que je dessine des trucs moches… », dit-elle en riant.

« L’éducation que l’on reçoit en tant que fille fait de nous des personnes douces, sensibles, empathiques, serviables et à l’écoute de nos émotions. Le monde du travail est très dur pour les femmes, alors j’essaye de donner à mon fils une éducation non genrée (oui, un petit garçon peut pleurer s’il est triste !). Je veux repenser nos rapports homme-femme. Je milite pour une société collaborative, empathique et équilibrée. Oui, je suis une militante avant tout ! »

Le succès de son blog a été viral en France: « c’est positif pour moi, car je vais faire bouger les choses, enfin, j’espère… Mais le côté négatif de ce succès est que je reçois trop de sollicitations, par exemple des propositions de la part de partis politiques, de marques et même des demandes personnelles. Je ne suis pas coach ! »

C’est en analysant et observant la société tous les jours qu’Emma transcrit sa réflexion dans des dessins. Elle espère donner des outils et des idées aux personnes qui, comme elles, ont envie de changer le monde. Elle croit dur comme fer à « l’intelligence collective » pour mener des luttes collectives. « Les femmes sont devenues féministes avec mes BD ! Les femmes peuvent s’emparer d’internet pour faire passer des messages, car le monde de la presse est un empire masculin. »

Emma vit aujourd’hui de ses dessins : « j’offre mon temps et mes dessins gratuitement sur internet et je trouve un équilibre en vendant mes livres ». Pour garder sa liberté, elle travaille en freelance dans l’informatique, mais consacre la majeure partie de son temps à dessiner, alimenter ses réseaux sociaux, manifester… « Je parle aux femmes, je suis féministe, mais je ne force pas les féministes à faire comme moi. Je suis blanche, de classe moyenne, mais je dois prendre en considération les plus pauvres, les étrangers etc… Je suis une activiste. »

Marie-Blanche Camps

 

The mental load : a feminist comic, Emma, Seven Stories, £12.99

En français : Un Autre Regard : Trucs en vrac pour voir les choses autrement (vol. 1 & 2), Massot Editions