Entretien avec Lorène Lemor, Conseillère Culturelle Adjointe et Attachée de coopération éducative 

| Cécile Faure | Février 2019 |

 

 

Crédit photo : Service culturel de l’Ambassade de France à londres

Lorène Lemor nous reçoit dans son bureau dont les larges fenêtres portent leur regard sur le Lycée Français Charles de Gaulle de Londres (LFCG). Nous rencontrons la Conseillère Culturelle Adjointe et Attachée de coopération éducative dans le cadre de ce numéro en partie consacré à l’Éducation. Il s’agit d’aborder ensemble l’offre du réseau scolaire français homologué sur le territoire britannique ainsi que l’essor de la coopération bilatérale visant à une meilleure intégration de l’enseignement du français dans le système scolaire anglais, et ce au regard notamment du Plan École de 2008 et des incertitudes liées au Brexit.

 

Madame Lemor, d’après les chiffres fournis par le Consulat, 147 500 français étaient inscrits sur les registres au 31 décembre 2017 (mettre à jour avant publication), mais on estime que trois fois plus ont en effet choisi de vivre au Royaume-Uni. Certains sont parents ou en devenir de l’être, et doivent envisager la scolarisation de leurs enfants au regard de l’offre disponible. Il s’agit pour ces parents d’optimiser leur choix en fonction notamment de la proximité des établissements, du curriculum offert et des frais de scolarité. Pouvez-vous nous donner les grandes lignes qui caractérisent cette offre ?

 

Les parents qui choisissent un enseignement français pour leurs enfants doivent tout d’abord se poser la question du choix d’un établissement homologué ou non – l’homologation atteste de la conformité aux programmes, aux objectifs pédagogiques et aux principes fondamentaux de l’enseignement public en France et permet une continuité de la scolarité dans le réseau AEFE ou en France. [Demander document PDF de la carte des établissements homologués à mettre en pleine page]

 

Ma mission est d’assurer l’interface entre les établissements scolaires français au Royaume-Uni et les ministères de l’Éducation nationale et des Affaires étrangères, ainsi que l’AEFE, pour le pilotage et la coordination du réseau au Royaume-Uni. On dénombre aujourd’hui quinze établissements homologués au Royaume Uni, dont treize à Londres, un à Bristol (École française de Bristol, de la petite section au CM2, homologuée pour les deux premiers niveaux) et un à Aberdeen (École d’entreprise Total, homologuée de la Grande section à la 1ère et offrant un cursus bilingue « hybrid system » avec l’école écossaise Albyn School) accueillant 6 400 élèves dont plus de 6 300 à Londres.

 

Au sein du réseau homologué, on distingue trois statuts d’établissements qui déterminent leur financement et leur mode de gestion. Toutefois, les modèles de financement de ces écoles reposent en majeure partie sur les frais de scolarité versés par les familles.

 

Il est important de souligner que la qualité de l’enseignement dispensé ne dépend pas du statut administratif du personnel enseignant mais bien de compétences et qualifications reconnues. Le recrutement du personnel, même local, respecte toujours cette condition, que les enseignants soient français, britanniques ou étrangers tiers.

 

C’est pourquoi, nous disposons aujourd’hui à Londres d’un réseau scolaire homologué de très grande qualité et particulièrement dense offrant de plus une grande diversité de modèles pédagogiques.

 

En effet, les dernières années ont été marquées par l’ouverture de plusieurs établissements en respect du Plan École de 2008, afin de répondre à la pression démographique qui s’exerçait sur le LFCG. Quel est le bilan dix ans plus tard ?

 

Du Plan École sont nés le Collège Français Bilingue de Londres (CFBL) à Kentish Town en 2011, et le Lycée International de Londres Winston Churchill (LIL) à Wembley en 2015. Par ailleurs, ont fait l’objet d’un rattachement au réseau des établissements homologués, deux écoles d’initiative privée, l’École Internationale de Londres (EIFA) à Marylebone et l’École Jeannine Manuel à Fitzrovia.

 

Le bilan du Plan École est très positif et fait office de modèle dans d’autres pays. Un véritable travail collectif des différents acteurs concernés (chefs d’établissement, poste diplomatique, élus, parents d’élèves, professeurs) a permis d’atteindre les objectifs, rendant ainsi possible la scolarisation de 2 500 élèves supplémentaires depuis 2011. Toutes les familles qui en font la demande aujourd’hui se voient offrir une place dans l’un des établissements du réseau, et si ce n’est pas forcément dans celui de leur premier choix, garantie est donnée que tous les élèves soient intégrés. Il est donc important de se renseigner et de ne pas hésiter à déposer un dossier d’inscription auprès des établissements car, à l’encontre des idées reçues, des places sont disponibles et ouvertes à tous, indépendamment de la nationalité.

 

A propos du choix de l’établissement, quels sont les critères d’attribution des places ? Et peut-on envisager le transfert en cours de scolarité entre les établissements ?

 

L’adresse de la résidence familiale n’entre pas dans le processus d’attribution d’une place ; celle de la scolarisation d’un frère ou d’une sœur peut en revanche jouer afin de favoriser le regroupement  des fratries. Les transferts entre établissements sont toutefois régulés par une Charte de Bonne Conduite afin de ne pas mettre en péril l’équilibre et le bon fonctionnement des écoles du réseau.

 

Un enfant ne peut, sauf cas exceptionnel, changer d’établissement en cours de cycle. Son transfert dans un nouvel établissement ne peut se faire que lorsque sa scolarité l’amène à entrer dans un niveau ou dans un cursus qui n’est pas offert dans son établissement d’origine.

 

L’excellence académique et le bilinguisme sont au cœur de l’enseignement dispensé dans l’ensemble du réseau des établissements homologués. Les élèves obtiennent de très bons résultats aux examens dans les deux établissements (LFCG et LIL) qui mènent au Baccalauréat, à raison de 98 % de réussite et près de 90 % de mentions, et accèdent aux meilleures écoles et universités au Royaume-Uni, en France mais aussi ailleurs en Europe et en Amérique du Nord.

 

Le bilinguisme est en effet un atout primordial que les parents souhaitent pour leurs enfants dès leur plus jeune âge. Certains feront le choix d’une scolarisation dans un établissement anglais pour des raisons d’acquisition de la langue, de niveau de classe disponible (petite section de maternelle), de proximité géographique du lieu de résidence ou d’absence d’offre de scolarisation française, de nationalité des parents, frais de scolarité, etc. Quelle solution existe alors pour l’accompagnement dans l’apprentissage du français ?

 

Hormis l’enseignement à distance sur programme français via le CNED en parallèle d’une inscription dans le système britannique, il existe les associations FLAM (Français Langue Maternelle) pour les enfants à partir de 5 ans. L’enseignement est généralement dispensé par des parents d’élèves essentiellement bénévoles ayant des diplômes d’enseignement, le samedi matin ou en fin de journée en semaine. On en dénombre aujourd’hui une cinquantaine qui accueillent 4 250 enfants, faisant du Royaume-Uni le premier réseau FLAM au monde.

 

Ces écoles FLAM sont regroupées depuis 2013 au sein du Parapluie Flam (www.parapluieflam.org/carte), à l’initiative de l’Ambassade de France à Londres. Cette organisation caritative (charity) a pour objet de fédérer les structures FLAM et de leur apporter un conseil pédagogique, administratif et juridique. Le financement de ces associations est principalement privé, bien que certaines disposent de fonds attribués par l’AEFE et puissent déposer des demandes de subventions auprès du fonds STAFE (fonds de soutien du tissu associatif des Français à l’étranger).

 

L’apprentissage du français n’est bien évidemment pas réservé aux enfants français. Comment s’orchestrent la promotion de la langue française et l’offre de scolarisation dans ce contexte ?

 

Les services culturels sont chargés d’assurer la promotion de la culture et de la langue françaises à l’étranger, notamment à travers le réseau d’établissements français homologués et la coopération éducative et linguistique bilatérale.

 

Au Royaume-Uni, les élèves de nationalité française représentent près de 80 % des effectifs – ce taux est en moyenne de 40 % dans le reste du réseau mondial de l’AEFE. Les élèves britanniques et étrangers tiers (francophones ou non) représentent donc 20 % des effectifs. Les élèves non francophones bénéficient d’un accompagnement pour se mettre à niveau en français.

 

A noter, le cas particulier des écoles primaires de Wix (Clapham) et de Marie d’Orliac (Fulham) dans lesquelles il existe un cursus croisé d’enseignement bilingue (français/anglais) à parité horaire mis en place avec l’établissement anglais qui partage les locaux.

 

La promotion du français ne se limite toutefois pas à ce seul réseau homologué et revêt de nombreuses formes.

 

Au Royaume-Uni, l’apprentissage d’une langue étrangère n’est plus obligatoire au-delà de 14 ans. Le développement de partenariats avec des établissements scolaires britanniques, le soutien à la formation continue des enseignants de français et la mise en place de sections bilingues francophones au sein d’établissements d’État dans le respect du programme scolaire britannique sont des moyens de pallier cette situation. On recense ainsi une dizaine d’établissements au Royaume-Uni soutenus par l’Ambassade de France, parmi lesquels l’école primaire anglaise Shaftesbury Park School, à Londres, qui vient d’obtenir – et c’est une première au Royaume-Uni – à la rentrée 2018 le LabelFrancÉducation.

 

Les nombreux projets pédagogiques et manifestations culturelles proposés par l’Institut français du Royaume-Uni (IFRU) aux écoles de tout le pays sont également des outils de mise en valeur et de diffusion de la langue française. Ainsi, par exemple, chaque année sont organisées des joutes oratoires lycéennes et universitaires (Franco-Débat UK www.francodebatsuk.wixsite.com/fduk) pour les jeunes britanniques et étrangers qui débattent de sujets d’actualité et font alors preuve d’une incroyable maîtrise de la langue de Molière et de l’art oratoire. En 2019, les élèves britanniques auront aussi l’occasion de montrer leurs talents créatifs dans le cadre de la French Pop Video Competition (www.francophonieuk.com/francophonie/francophonie-2019/french-pop-video-competition) qui se conclura par une cérémonie de remise des prix et un concert à l’Institut français au mois de juin. La programmation très riche de l’IFRU et la collaboration avec les écoles sont indéniablement des vecteurs des diverses facettes de la francophonie.

 

Vivre à l’étranger est une chance incroyable. Les bénéfices qui résultent de la mixité des élèves et des échanges interculturels sont autant d’atouts que nos jeunes possèderont pour aborder leur vie d’adulte.

 

Cécile Faure