| Véronique Fuller | Septembre 2019 |

 

Quel est le sexe des anges ? Dans le monde des Business Angels, plutôt masculin. Chantal Baudron, nommée première femme Business Angel de France en 2017 et 2018 par le magazine Challenges est l’exception, exceptionnelle comme son désir d’aider les autres à entreprendre.

Business Angel

Cette amoureuse des jeunes pousses investit dans les premières phases de la vie d’une entreprise, avant l’intervention des fonds, juste après la « love money », c’est-à-dire l’argent que la famille ou les amis proches ont pu donner pour démarrer la start-up. L’aventure commence il y a cinq ans avec une rencontre, une candidate interviewée pour un poste de directrice du Marketing, l’impressionne. Quelque temps plus tard, quand celle-ci revient lui parler de son projet de ventes de meringues, Chantal décide d’investir: La Meringuaie, qui, aujourd’hui s’apprête à ouvrir sa quatrième boutique. Depuis, investissement dans 26 start-ups et 4 fonds et surtout « aucun dépôt de bilan ! » précise avec fierté Chantal. Selon une étude récente[1] de BCG et La Boussole, le taux de faillite atteint en effet 40% pour une start-up non accompagnée, 20% pour une structure accompagnée, Chantal a donc raison de se réjouir de ses choix.

Identifier le talent

« Être entrepreneur est difficile » explique-t-elle. « Il faut de la ténacité, accepter de ne pas avoir de salaire pendant parfois un ou deux ans. Je souhaite aider et voir grandir. Mes économies sont mieux là qu’à la banque. » Ses critères d’investissement ? « Avant tout, l’entrepreneur (ou entrepreneuse) et puis le produit et le marché qu’il faut que je comprenne ». Psychologue de formation et conseillère en recrutement dans son cabinet éponyme, identifier le talent est son métier. Recrute-t-on un entrepreneur comme le(a) salarié(e) d’une grande entreprise ? « Pas du tout, insiste Chantal. Le recrutement en entreprise est un process établi, avec des entretiens, des évaluations, des prises de référence. Avec l’entrepreneur, il s’agit de juger très rapidement, outre d’un business plan bien sûr, mais surtout de la personnalité. Le marché n’est pas toujours au RDV. Il faut parfois savoir « pivoter » comme cette start-up de produits de beauté pour homme, HO Karan, qui finalement développe des produits de soins au Cannabis. » Les coups de foudre pour investir existent aussi : une entreprise de blockchain sur la traçabilité d’objets ou une start-up de la vente d’œuvres d’art, qui s’est initialement présentée avec un simple tableau Excel, autrement dit avec une vision, des projets et des idées mais pas encore de clients. Finalement, tout est très simple, « on y croit ou on n’y croit pas » résume Chantal.

Le profil entrepreneur ? « 30 ans en moyenne, mais parfois aussi dès la sortie des études. Le Master Entrepreneur à HEC semble une vraie pépinière. »

Des investissements au Royaume-Uni ? Oui, Ernest Leoty, produits Yoga de luxe à Londres, et peut être d’autres à venir…

Ses « sorties »

Parmi ses « sorties » notables (revente à profit d’un investissement initial dans une start-up), Chantal mentionne un jobboard racheté par le BonCoin. « Hormis pour le recrutement des hommes ou femmes cadres dirigeants, l’effet du digital est certain. Pour l’instant, les algorithmes touchent principalement le recrutement de masse mais la transparence, offerte par LinkedIn par exemple, a changé fondamentalement notre métier, en particulier sur le middle management. De « chasseur » de têtes, notre valeur ajoutée s’est désormais principalement déplacée vers l’évaluation de la personnalité, du savoir-faire, du savoir-être, des soft skills ; l’adéquation entre le candidat et la culture de l’entreprise est bien sûr aussi essentielle. Pour l’instant seul l’humain sait encore les évaluer. »

Une perspective féminine

Si les entrepreneuses commencent à être mieux représentées dans des industries variées, au-delà de la mode, la beauté et la petite enfance, « les jeunes start-ups ont besoin de femmes investisseurs qui puissent siéger au sein du comité exécutif. Une perspective féminine est différente et a beaucoup de valeur » insiste Chantal. La diversité est en effet désormais reconnue comme source de performance et catalyseur d’innovation dans l’entreprise[2]. Une étude récente[3] de la Warwick Business School souligne en outre que les femmes investisseurs obtiennent de meilleures performances financières que leurs homologues masculins. Des associations comme FemmeBusinessAngel, plateforme d’investissement en France ou AngelAcademe en Angleterre permettent d’aider les investisseurs féminines néophytes, avec des premiers tickets d’entrée parfois de 5 000 à 10 000 euros.

Un conseil ?

Quel conseil souhaiteriez-vous donner à un(e) jeune diplômée qui rêve d’être entrepreneur(euse) ?

« Si vous avez un projet, n’hésitez pas. Osez. N’ayez pas peur de l’échec. L’expérience, quelle qu’elle soit, sera toujours valorisée par les entreprises. »

Chantal Baudron sera à nouveau jury dans la prochaine saison de la série télévisée BFMAcademy (Dragon’s Den Français). Les jardins de son château périgourdin, avec 1040 variétés de rosiers, dont une a son nom créée par l’obtenteur Jean Pierre Guillot, sont à découvrir dans l’édition de Juin 2019 du magazine « Mon jardin ma maison ». Chantal Baudron s’intéresse en effet à toutes les jeunes pousses !

 

Véronique Fuller
Veronique_fuller@hotmail.com

 

 

[1] http://static1.squarespace.com/static/5ab4d2638f51301367b11465/t/5acceb30562fa79982df53e7/1523379002550/LB-Boussole-BCG.pdf

[2] https://www.bcg.com/en-us/publications/2018/how-diverse-leadership-teams-boost-innovation.aspx

[3] https://www.google.co.uk/amp/s/amp.ft.com/content/f3835072-66a6-11e9-9adc-98bf1d35a056