| Hélène Guild | Novembre 2019 |

 

Les villes se transforment et doivent tirer parti de chaque espace vert. Le phénomène des City Farms essaime et l’agriculture urbaine va du simple loisir à une réelle activité commerciale en passant par un projet visant à restaurer le lien social

 

 

Montée en puissance

Les deux cents fermes urbaines et une centaine de Community gardens tissent un grand réseau au Royaume-Uni et produisent un équivalent de 40 millions de livres de revenu. Elles créent des espaces propices au développement des circuits courts, à la diversification de la biodiversité, à l’enrichissement de la vie communautaire et à la création de nouvelles plateformes pédagogiques et artistiques. Cultiver en ville est d’actualité que ce soit à Londres, Manchester ou Glasgow. Aujourd’hui, la demande de nature des habitants des cités ne se limite plus à une nature paysagère et esthétique, mais aussi… nourricière. L’agriculture urbaine couvre aussi bien les potagers que les vergers, les ruches, ou les poulaillers… Certaines fermes ont même des petits élevages d’animaux et développent l’éco-pâturage. Fermes du 21eme siècle, elles se distinguent des exploitations agricoles intensives de la campagne environnante. Les fruits et légumes sont consommés sur place ou vendus sur les Farmer’s markets ou encore livrés aux restaurateurs du quartier.

 

Produits locaux et circuits courts

A Hackney, Growing Communities est aujourd’hui un modèle qui remporte toutes les palmes. Un projet qui commence discrètement en 1997 à Clissold Park avec des  cultures “bio”. Growing Communities passe à l’échelle d’une Patchwork farm avec neuf points de production et tisse un réseau de producteurs indépendants. Les paniers bio de fruits et légumes de saison sont distribués dans différents points de dépot à Hackney. Les restaurants du nord de Londres sont livrés par cycliste avec les produits de saison et rivalisent de talents pour utiliser au mieux ces produits frais. La philosophie de l’entreprise est très convaincante et fait ses preuves. Growing Communities est une référence dans le monde du commerce responsable et équitable. Sa charte comprend l’obligation de faible emprunte carbone, le respect du niveau des salaires des employés et la responsabilité sociale des distributeurs.

 

Gastronomie rime avec technologie

Le système aquaponique circulaire innovant développé par Grow Up Urban Farm consiste à recréer un écosystème  miniature dans lequel les déjections de poissons servent d’engrais aux plantes qui à leur tour purifient l’eau pour les poissons. Grâce à ce processus Grow Up produit poissons, fruits, légumes, plantes aromatiques et même des fleurs comestibles en circuit fermé sur de très petites surfaces. Cette technique optimise les ressources en eau, ne nécessite pas d’intrants chimiques et garantit des produits d’une grande qualité. Grow Up produit en verticale chaque année 20 000 kg de légumes verts. A Clapham, Growing Underground produit toute l’année dans un souterrain de 33 mètres de long, des salades et des graines germées en utilisant des systèmes hydroponiques et des lampes LED, sans aucun pesticide. L’hydroponie permet de s’affranchir des contraintes chimiques, physiques ou biologiques du sol. Cette méthode consiste à apporter aux plantes une solution nutritive, avec des minéraux dans l’eau douce, sans sol. Les cultures maraichères hydroponiques demandent 70% d’eau en moins qu’une culture de plein champ. Les salades sont emballées et livrées en moins de quatre heures après récolte dans les points de vente de la capitale.

 

Richesse du nectar

En ville, l’apiculture devient un hobby! Le miel produit à Londres est réputé pour sa richesse florale. Les nombreux espaces verts et la diversité des pollens permet de régaler les ouvrières. Hackney City Farm ou Urban Bees and Honey proposent par exemple des ateliers d’apiculture. Cette pratique ancestrale passionne petits et grands et est même retenue comme idée de séminaire par les entreprises innovantes. Pour en savoir plus sur ce nectar on peut charger la King’s Cross Bee trail app. Certaines écoles décident d’installer des ruches dans leurs jardins pour familiariser les jeunes avec l’activité des abeilles et la production du précieux miel. La London Honey Company se targue de choisir les toits les plus sélects de la capitale pour installer ses ruches. La Tate, Fortnum & Mason ou le Victoria & Albert Museum accueillent royalement les reines et leurs essaims. Avis aux amateurs, une journée d’apprentissage vaut la coquette somme de £150!

 

La cour de ferme au grand complet

Les City Farms sont pleines de ressources pour acclimater les animaux à la ville. Il ne s’agit pas du parent pauvre du zoo mais au contraire un retour à la vie de la cour de ferme. A Spitalfields City Farm j’assiste aux rituels de mon enfance: cochons, chèvres, moutons, poules, ânes ou même lamas, cohabitent pacifiquement. De Shoreditch à Surrey Quays, Londres abrite un cheptel impressionnant! Que ce soit à Kentish Town ou à Holloway Road le choix d’activités pour les familles est varié.  Les enfants peuvent nettoyer les écuries, nourrir les ânes, chercher les oeufs ou mener le poney à la longe. A Hounslow Urban Farm toutes les semaines on peut assister à la course des cochons! A Vauxhall City Farm (50 000 visiteurs par an) ou à Spitalfields, les enfants peuvent s’inscrire pour s’occuper quotidiennement des animaux et apprennent à se responsabiliser ou à se détendre. Certaines fermes proposent aussi des cours d’équitation approuvés par la British Horse Society et l’Association of British Riding Schools. A Wimbledon, Deen City Farm accueillent les enfants pour des cours encadrés par des instructeurs équestres qualifiés (BHS).

 

“Café Culture” à la ferme

A Islington on se retrouve chez Freightliners au Strawbale Café qui prépare de délicieuses salades avec les produits du potager. Cette grande référence de l’agriculture urbaine accueille 40 000 visiteurs par an. A Stepney, c’est le Humble Bee Café qui passe au stade du bistrot gourmet avec les nouveaux chefs cuisiniers Alice Wilson et Matt Hall. La jeune génération de chefs aiment passer par ces restaurants alternatifs qui maitrisent les circuits courts. On parle de Farm to Fork Food, une expression qui illustre la mission de ces fermes qui fédèrent les communautés de quartier. Loin d’être un épiphénomène, la tendance se confirme et ces cafés deviennent des repères pour les foodies. À King’s Cross, au coeur de Londres, il faut se rendre au Skip Garden géré par Global Generation en utilisant les bennes de chantier. Il y a 10 ans ce projet nait dans le béton et résiste à la pression immobilière en étant mobile. Véritable laboratoire végétal, le Skip Garden pousse en dépit des nuages de poussière. Aujourd’hui il prend racines au Nord de King’s Cross, près de la piscine naturelle et constitue une oasis dans la ville. Il abrite notamment un poulailler dessiné par les étudiants de UCL.  Le café, Skip Garden Kitchen, ouvert du mardi au samedi, propose des plats végétariens de saison et des desserts succulents.

C’est maintenant la surenchère entre tous ces projets qui cultivent le terroir de la ville. Ils se surpassent et ont souvent les meilleures sélections de café et de thé issus du commerce équitable. Les cuisines des fermes urbaines se réinventent à chaque saison et proposent des cours de cuisine alléchants. Voici de nombreuses raisons d’échapper à Starbucks et compagnie!

 

Hélène Guild
helene@hortecole.co.uk