| Cécile Faure | Mai 2021 |

 

Le 19 mars 1995, deux voitures se percutent de front. Les conducteurs n’ont pas eu le temps de freiner. Le choc, incroyablement violent, projette l’un des véhicules dans une succession de tonneaux. À l’intérieur la conductrice est une toute jeune fille de 19 ans. Il faudra 45 minutes aux pompiers pour extraire son corps brisé de la tôle froissée, et leur foi absolue en la vie pour ne pas la laisser partir et conjurer le diagnostic de « mort clinique ». Il faudra aussi deux mois de coma induit, plusieurs opérations et deux années de rééducation avant que Floreine ne puisse envisager de saisir à nouveau les rênes de la vie qui, 25 ans plus tard, la mènent aujourd’hui à ce premier ouvrage, « C’est pas ma faute ! », publié chez Les Éditions Baudelaire.

 

Floreine Laurent

Floreine Laurent. Crédit photo : Sonia Fitoussi

 

« C’est pas ma faute ! »

« C’est pas ma faute ! » est un cri du cœur de celle qui a vu sa vie et celle de ses proches, sa vie de tous les jours et des plus banales, s’arrêter soudainement, sans préavis. Par la faute d’un accident, d’un impromptu, d’un fait involontaire, dont elle n’a aucun souvenir, et qui lui a volé aussi tous ceux d’avant ce moment où tout a basculé.

Floreine s’est battu, corps et âme, pour renaître de ses blessures. Mais elle a bien conscience qu’aux cicatrices, aujourd’hui pour la plupart invisibles, s’ajoutait le poids de la culpabilité. Celle d’avoir plongé ses proches, sa famille et ses amis, dans l’angoisse et un parcours du combattant qu’ont été ces jours, mois et années de reconstruction physique et psychique. « C’est pas ma faute ! » est à la fois pour dire pardon à ceux qui l’ont aidée, aimée, accompagnée, et expliquer qui elle est aujourd’hui.

Lever le voile

Car si Floreine et son entourage furent à l’époque plongés dans l’horreur et l’incertitude quant à son issue, aujourd’hui ceux qui la croisent sans connaître son histoire, ne pourraient se douter d’une telle tragédie. Pourtant elle a éprouvé le besoin aujourd’hui de lever le voile et de se mettre à nu, de donner des mots et une voix à celle qui fut brutalement confrontée à la fragilité de la vie, physique et sociale.

Floreine a perdu ses souvenirs, tous – ceux de l’accident, ceux de son adolescence, ceux de son enfance, tous. Sous le choc, tout s’est effacé ! La mémoire partagée avec ses parents, ses frères et sœurs, ses amis, son petit ami. Elle a dû réapprendre à parler, à lire, à manger, à marcher, à conduire, à partager, à aimer, à voir certains s’éloigner et d’autres rester. Elle a dû réapprendre la vie et tous ses codes. Floreine n’est plus la Floreine d’avant. Floreine est née une deuxième fois.

Alors cela ne se sait pas forcément. Mais Floreine a eu besoin de le dire, de l’expliquer. De donner un lexique à ceux qu’elle croise et côtoie, ceux qui s’interrogent sur parfois ce pas de travers, ce besoin de se reposer, une voix un peu rauque de chanteuse italienne, un je ne sais quoi qui fait se demander.

 

Apporter un témoignage

Floreine ne veut pas pour autant une étiquette d’invalidité, d’accidentée de la route et de la vie. Floreine veut apporter un témoignage, non pas celui de son évidente force de caractère, mais de l’amour offert par tous ceux qui, au jour le jour, l’ont aidée à se reconstruire – des premiers arrivés sur le lieu de l’accident aux urgentistes, aux infirmiers, aux chirurgiens, aux thérapeutes ; à toutes ces mains tendues et dévouées qui lui ont permis de se redresser et de continuer son chemin.

Floreine Laurent a choisi un ton léger, comme la couverture du livre, un ton gai et féminin, pour se raconter, pour dédramatiser, pour rappeler que la vie l’a emporté, et de fort jolie manière. Et le lecteur l’accompagne, pleure et rit de concert.

À lire Floreine, il y a une évidente force impérieuse de l’être, de refus du mode passif. Et si on lui demande comment elle regarde cette jeune fille dont la vie a bien failli s’arrêter à la veille du printemps, ce qu’elle lui murmurerait à l’oreille si elle pouvait lui parler, Floreine nous répond : « Bats-toi pour ta famille » comme la petite voix mystérieuse de son livre.

 

Cécile FaureCécile Faure

 

 

 

 

C’est pas ma faute
Par
Floreine Laurent
Paru le 1 février 2021
aux Editions Baudelaire