| Hélène Guild | Novembre 2020 |

 

Au pays des jardins, les initiatives sont nombreuses pour raviver la flamme des campagnes et pour défendre la nature. Beaucoup d’entre nous sont rentrés à reculons en ville et certains ont même décidé de rester à la campagne.

 

retour au vert

 

Conversion ou envie de changement ?

 Les citadins confinés ont rêvé d’une autre ville, d’un urbanisme plus vert, plus humain. Ils ont parfois adopté des poules, cultivé des tomates sur leur balcon ou transformé leur pelouse en potager. Le grand exode urbain n’aura pas lieu, mais certains ont franchi le pas et changent de vie. Jane, 55 ans, quitte la vie corporate et monte sur un tracteur pour faire les moissons dans le Gloucestershire. Matthew, 25 ans, abandonne sa carrière dans l’intelligence artificielle et se lance dans l’exploitation bio de terres agricoles dans l’Oxfordshire.

Après le confinement, Lizzy, 54 ans,  décide de travailler à distance depuis le Wiltshire. Ces mois entre quatre murs ont ravivé la soif des grands espaces. Certains avouent maintenant préférer la compagnie des brebis, des oiseaux et des étoiles. D’autres sont fiers d’habiter dans une roulotte, sans eau ni électricité, ou encore d’expérimenter le « survivalisme » dans un bois. On le sait, les anglais sont incollables pour parler du temps et de leur jardin pendant des heures. Ils ont certainement redécouvert leurs campagnes pendant un été de staycation.

 

Nature needs you & More trees please 

C’est le grand départ en croisades : charities et gouvernement réfléchissent plus que jamais sur la protection de la nature. Le National Trust et Friends of the Earth sont partis en campagne. Le constat est clair pour chacun, il faut prendre des mesures concrètes. Tout naturellement, j’ai signé la pétition de Friends of the EarthMore trees please” pour encourager la plantation d’arbres au Royaume-Uni.

Les arbres sont nos meilleurs alliés ! Earthwatch lance un appel aux bénévoles pour participer au « Thames WaterBlitz », une action citoyenne pour nettoyer la Tamise. Earthwatch lance aussi « Naturehood », un projet de monitoring de la vie sauvage dans votre quartier.

Les officiels prennent aussi position à l’occasion de la « Journée de la Planète » en juin dernier. Sir D. Attenborough exprime à nouveau son inquiétude : “stop the damaging stuff”. Le Chancelier, Rishi Sunak demande un rapport sur les risques et les coûts de la perte de biodiversité. Dans l’urgence, le ministère de l’Environnement publie le Countryside Code pour la protection de la nature.

 

Silence ! La nature tourne

C’est finalement en lisant ce petit livre d’ Erling Kagge, Silence in the age of noise, que je comprends pourquoi tout a changé depuis le printemps dernier. Nous avons découvert le silence aussi bien en ville qu’à la campagne. L’explosion de la nature, le chœur de l’aube pendant la période de reproduction des oiseaux, la voûte étoilée dans l’obscurité nous ont surpris. Nous avons pu observer la nature au ralenti en évitant le bain quotidien de pollution.

Avec l’urbanisation, les oiseaux ont du s’adapter au niveau sonore de la ville et changer leur chant ! Les sons graves sont désormais remplacés par des sons aigus afin de se faire entendre. Ils sont plus agités que leurs cousins des campagnes. À l’automne,  les scientifiques remarquent déjà que les plantes ont été affectées par les températures extrêmes de l’été : certaines perdent leurs feuilles prématurément, d’autres hivernent brutalement et les dernières refleurissent subitement. N’oublions jamais que nous sommes au pays de Darwin.

 

Prise de conscience collective 

En ligne, les podcasts rivalisent de créativité pour parler de la nature et pour encourager leur audience à vivre en harmonie avec la planète. Garden Organic donne la parole à Jekka McVicar, la grande spécialiste des herbes qui décrit avec enthousiasme les 70 variétés de thym de son jardin exceptionnel.  L’écrivain Melissa Harrison, commence son podcast quotidien pendant le confinement et enregistre les sons des oiseaux au petit matin. Avec ses portes closes, le jardin botanique de l’Université de Cambridge partage les bruits de la nature et décrit le changement de saison. Sur la BBC, Gardeners World ne recule devant rien. Monty Don, la star national du jardin, s’enregistre lui même pour garder ses fans en haleine. Le “gentleman jardinier” joue un rôle salvateur pour la nation en filmant le passage du printemps à l’été depuis Longmeadow. Et ainsi de suite…

 

Vivre sauvagement

Les “éco-lieux” proposant des retraites proches de la nature ont fleuri au printemps. Le Shinrin Yoku ou forest bathing est devenu très tendance pour le staycation. Cette thérapie japonaise ancestrale “made in the UK”  aiguise les sens et répond au besoin vital de l’homme. Oublions les destinations exotiques et vivons au rythme de la forêt assis sur la mousse au pied d’un chêne centenaire. L’assoiffé de nature enlève alors ses chaussures et découvre le bonheur tactile de marcher pieds nus.

Quel contraste avec le camping sauvage de ceux qui ont fui les villes ! Les parcs nationaux ont enregistré une fréquentation record. Du Dartmoor National Park au Norfolk ou de la Cornouaille jusqu’en Ecosse, les vacanciers sont partis à la recherche des grands espaces et d’un “spot de verdure” pour planter la tente et allumer un barbecue. Imaginez 20 000 personnes sur la plage du Holkham Estate ! Les Park rangers tirent la sonnette d’alarme en constatant que les sites naturels du pays ont été endommagés, voire vandalisés (article du Guardian). À Londres, les parcs sont devenus des poubelles avec des amas de détritus. Même les Royal Parks n’ont pas su gérer ce manque de  respect pour les espaces verts. Une grande première au Pays de sa Majesté. Certains militent pour la défense de la biodiversité mais beaucoup ignorent encore les gestes essentiels pour la préserver.

 

Prix d’un besoin vital

L’automne vu, il faut faire le bilan: le Wildlife Trust dont la devise est « Find a wild place near you » explique que l’accès à la nature est vital et que personne n’était préparé à cette déferlante de vacanciers urbains. Les espaces naturels à la capacité réduite ont attiré des campeurs inexpérimentés qui ont laissé leurs ordures.

Il faut cependant rester positif puisqu’une nouvelle génération a senti l’appel de la nature et que le tourisme national se porte bien. La mauvaise nouvelle est que ce nouveau public est juste consommateur de nature.

Le National Trust va s’efforcer de mieux communiquer avec tous les types de public pour faire évoluer les comportements d’une génération et faire passer un message fort.  Avec l’automne, la nature change, se repose et se revitalise. Il est grand temps de préparer la saison prochaine.

Citation : « focaliser la préoccupation écologique sur le seul réchauffement climatique risque de nous détourner des efforts indispensables pour… préserver notre environnement » Olivier Hébrard (Terre & Humanisme)

 

Hélène GuildHélène Guild

 

 

 

 

À lire
  • Wohlleben Peter, L’homme et la nature, Les Arènes
  • Hegland Jean, Into the Forest , Arrow Books Ltd
  • Harrison Melissa, All Among the Barley, Bloomsbury
  • Kagge Erling, Silence in the age of noise, Viking
  • McVicar Jekka, The Complete Herb Book, Firefly Books

 

 

 

Références :

 

Vélo révolution au pays de sa majesté