| Laure Berardi | Janvier 2020 |

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De la salle de gym où on le cherche en transpirant jusqu’aux magazines où on l’interviewe, le périnée est aujourd’hui au centre des préoccupations féminines. Or, messieurs, vous aussi, vous en avez un ! Et il est grand temps d’en prendre soin, sous peine de gros dégâts !

 

Le périnée, mythes et réalités

Présent chez la femme et chez l’homme, le périnée est un ensemble de muscles et de tissus qui tapissent le fond de notre bassin et forment ce que l’on appelle le plancher pelvien.

Imaginez un filet souple et résistant, attaché aux os du bassin et au bas de notre colonne vertébrale. Juste au-dessus se situent la vessie, le bas du tube digestif (rectum) et l’utérus chez les dames. Par cette proximité directe, on pense que la grande fonction du périnée est de les soutenir : FAUX ! Ce sont principalement les muscles abdominaux, particulièrement les plus profonds, qui les maintiennent lors des efforts musculaires.

Visualisez maintenant le canal anal à l’arrière et l’urètre à l’avant qui le traversent. Voici les deux importantes fonctions du périnée : la continence (action de garder) et l’évacuation de nos urines, de nos selles et de nos gaz.

Ajoutez enfin chez la femme le vagin et chez l’homme la base du pénis (muscles ischio-caverneux et bulbo-spongieux, responsables de l’érection et de l’éjaculation), vous réalisez alors ce qu’est la dernière fonction du périnée, et non des moindres : la qualité des rapports sexuels !

Contrôle des urines et des selles, sexualité épanouie : le bon ou mauvais fonctionnement de notre périnée a donc un retentissement énorme sur notre vie sociale et intime ! Inutile de lui en demander plus…

 

Homme et Femme, même combat ?

D’un point de vue anatomique, il est quasi identique chez l’homme et la femme: tous les êtres humains naissent libres et égaux en périnée. Mais très vite, nous apprenons à nous mettre debout, et avec la verticalisation débute l’injustice périnéale…

Tout d’abord la gravité commence son lent travail, qui sollicite bien plus le périnée féminin que le masculin, en luttant contre la béance du vagin. Au long cours, la fatigue du plancher pelvien peut entraîner des sensations de lourdeur dans le bas-ventre ; à terme, cela peut conduire au prolapsus, appelé couramment descente d’organes.

Puis viennent la grossesse et l’accouchement, qui sont les premiers facteurs de dégradation du périnée féminin par l’ultra compression et l’étirement des différents tissus. L’incontinence, la douleur ou encore la perte de sensibilité en sont les conséquences, avec leur lot de non-dits et de souffrances cachées.

Enfin la ménopause, notamment par la carence en œstrogènes, favorise un peu plus le relâchement des tissus, accentuant les problèmes déjà existants.

C’est injuste mais c’est vrai ! Heureusement, la parole des femmes se libère, doucement mais sûrement, sur ces tabous. La rééducation périnéale, prescrite et remboursée en France depuis 1985, a permis un travail d’information et de prévention de grande ampleur auprès de la population féminine.

Ce qui est vrai aussi, c’est l’idée reçue [pas de tiret] que le périnée est exclusivement féminin.

Les hommes ne se sentent absolument pas concernés par cette prise de conscience. Or les préjudices liés aux grossesses et accouchements ne sont que la partie émergée de l’iceberg : d’autres facteurs, communs aux femmes et aux hommes, sont autant nuisibles à notre cher périnée.

 

Ras-le-périnée !

Commençons par l’alimentation, ultra-riche, et la sédentarité de nos vies modernes, qui conduit au surpoids de plus d’un français sur deux. J’ai bien écrit français, et non française !

Chez les messieurs, cela se remarque surtout au niveau de l’abdomen… N’a-t-on jamais plaisanté sur celui qui a pris du ventre, en le comparant à celui d’une femme enceinte ? Les conséquences sur les vertèbres lombaires et le bassin sont les mêmes, fragilisant les attaches du périnée, qui se situent justement sur ces os. Les muscles abdominaux, peu sollicités, peinent à redresser cette mauvaise posture et accentuent l’antéversion du bassin (cambrure).

Les organes sont alors poussés vers le fond et l’avant du périnée, comprimant la zone de la vessie et de la prostate ! On imagine les conséquences à long terme sur la fonction urinaire…

Une autre mauvaise habitude est notre position aux toilettes, où l’angle du bassin avec les jambes est supérieur à 90°. Le fait de garder cet angle ouvert ne permet pas de relâcher le muscle pubo-rectal qui est chargé de retenir nos selles. Pour les évacuer, nous poussons donc sur un périnée contracté, comme sur la porte désespérément fermée du wagon de métro aux heures de pointe un jour de grève !

Pauvre porte…

 

Abdos à gogo = Périnée à bobos

“Aucun souci de mon côté !”, se réjouit le sportif, admirant son ventre sculpté par un travail intensif sur les abdos ! Oui mais ce qu’on voit à l’extérieur ne sert à rien à l’intérieur.

Pour faire simple, les abdominaux sont constitués de plusieurs couches :

– au premier plan devant, telles des bretelles, se trouvent les grands droits,

– sur les côtés, les petits et grands obliques forment un corset qui enserre notre buste,

– en-dessous le transverse entoure et maintient nos organes.

Question : sachant qu’une gaine, comme son nom l’indique, entoure et enserre un objet, quels sont les muscles à privilégier lors d’un gainage ? Bon sang mais c’est bien sûr : le transverse et les obliques !

On oublie donc la tablette de chocolat et les fameux crunchs, où, grands droits contractés, abdomen ratatiné, respiration bloquée, nos organes sont poussés vers le périnée, qui doit lutter seul contre ce tsunami alors que ce n’est pas son rôle !

 

Sport en conscience et conscience corporelle

On l’aura compris, toute poussée sur le périnée, passive ou active, est délétère pour celui-ci et s’accompagne de troubles comme les hernies ou les crises hémorroïdaires (directement liées aux poussées intra-abdominales) ou encore le diastasis, qui, comble du contre-productif, laisse apparaître à terme un joli bidon tout mou !

 

Alors que faire ?

Surtout, ne pas arrêter pas le sport, ou s’y mettre au plus vite, en s’interrogeant sur sa propre pratique. Le mieux en cas de doute est de s’adresser à des kinés formés en périnéologie, pour prendre conseil ou même faire un bilan de son plancher pelvien.

On peut aussi réduire (ou continuer !) son activité préférée, en la complétant par des séances avec des professionnels du sport sensibles au sujet périnéal. Par exemple, les spécialistes formés à la méthode APoR B de Gasquet®, savent revisiter les exercices classiques en toute sécurité, en travaillant sur la respiration physiologique et l’auto-grandissement. Dans certains studios de Pilate Classique, où le travail des muscles profonds est guidé sur des appareils, on recherche aussi cet allongement en deux sens opposés, appelé Two-Way Stretch.

La clé de ces séances est de renforcer le centre de son corps par un gainage intégral, qui prend en compte TOUS les abdominaux et leurs chaînes musculaires, afin de les travailler dans la longueur et non dans la contraction. Et n’allez pas croire qu’il s’agit seulement d’exercices respiratoires ou de gym douce : en gainage intégral, on transpire, on muscle, on renforce et on constate enfin les résultats dans la vie quotidienne.

Alors pour votre santé, à vos marques, prêts… Gainez !!!

 

Laure Berardi
laure.berardi@gmail.com

(Un grand merci à Sandro Zatta, formateur méthode APoR B de Gasquet® pour sa relecture avisée)

 

Sources :