| Cécile Faure | Décembre 2018 |

 

Delphine Lebourgeois est un petit bout de femme que l’on pourrait volontiers comparer à une de ces pommes rouges caramélisées de fêtes foraines. Elle vous accueille avec un grand sourire lumineux, prend un air sérieux pour vous écouter, et révèle une vision acidulée du monde et des relations humaines qui l’agitent.

Elle nous a reçu chez elle quelques jours avant le vernissage de sa première exposition solo « Prélude » avec Jealous Gallery à Shoreditch des 11 au 28 octobre derniers. Nous découvrons un univers de planches de dessin de toutes les tailles qui envahissent l’espace, appuyées contre les murs, débordant des tiroirs, prêtes à s’envoler au premier courant d’air.

Delphine Lebourgeois est diplômée de l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Lyon et du célèbre Central Saint Martins, University of the Arts à Londres. Elle en est sortie avec un Master en illustrations en 2005. Elle a commencé par travailler sur des couvertures de livre et pour la presse, puis le temps passant, sa notoriété grandissant, et son envie d’adresser certains sujets hors commande, elle s’est laissée courtiser par des galeries d’art dont Gas Gallery ou Hang-up.

Dans son travail pour la presse elle privilégie les sujets de qualité, lorsque le dessin se met au service de l’idée, dans les domaines de la littérature, de la philosophie. Les délais de la presse sont souvent très courts et source de stress, mais elle reconnaît aimer l’intensité qui en découle et la liberté d’interprétation qui lui est donnée. Les dessins de Delphine Lebourgeois illustrent notamment les dossiers du journal Le Monde (Idées : violences sexuelles – changer le regard ; Santé), de L’Obs (Débats-Philo), du Guardian et de The New Yorker.

L’artiste utilise deux techniques : le dessin (encre et aquarelle) et le collage numérique. Pour les collages, elle dessine à l’encre sur du papier de riz blanc, presque transparent. Puis elle numérise ses dessins et leurs variantes, et du bout de sa palette d’ordinateur joue les démiurges, assemble et désassemble jusqu’à trouver l’équilibre parfait qui illustre au mieux son propos. Elle y ajoute plus tard la couleur.

Il y a peu d’hommes mais beaucoup de femmes et d’enfants dans son œuvre. Le personnage féminin est plus volontiers présent parce que l’artiste est femme. Souvent l’enfant n’est autre que celui que nous portons tous en nous, parfois endormi au fil des ans, le symbole de ce moteur de créativité qui ne demande qu’à s’exprimer. Le discours de Delphine Lebourgeois n’a cependant rien d’une revendication ou d’une manifestation. Il se veut plutôt le constat de la relation de l’individu à lui-même, par rapport aux limites qu’il s’impose ou décide de repousser en respect de la pression sociétale.

L’exposition « Prélude » présentait notamment les dessins originaux, à l’encre sur papier de riz, des divers éléments fondateurs d’une planche intégrale. Le visiteur était ainsi invité à découvrir les étapes de construction de l’œuvre finale. Le thème choisi était celui de la femme multiple, maîtresse de son corps et de son univers fantasmé. La nudité n’y était pas totale, les protagonistes portant toujours des sous-vêtements et autres accessoires de mode interchangeables, comme ces poupées de papier qu’enfant on s’amuse à vêtir et dévêtir en fonction de l’humeur du moment.

Hormis les originaux qui sont uniques et dont le prix peut atteindre £4500, les travaux de Delphine Lebourgeois sont édités le plus souvent au nombre de 20 ou 35, avec quelques exceptions pour lesquelles les éditions sont de 8. Le prix des séries limitées varie en fonction du nombre d’éditions et de la taille de l’œuvre mais se situe généralement en dessous des £1000. L’impression est numérique sur un papier blanc de qualité musée archivable. Pour son travail, l’artiste ne fait confiance qu’à deux imprimeurs de l’est de Londres que sont Jealous Print Studio et The Print Space. Pour découvrir le travail de Delphine Lebourgeois, il suffit de se rendre sur les sites web des galeries qui la représentent ou de contacter directement l’artiste.

 

Cécile Faure

 

Delphine Lebourgeois exposera son travail du 30 janvier au 17 février à JEALOUS North (27 Park Rd, London N8 8TE)

 

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