| Muriel Lhomme | Décembre 2019 |

 

 

Les fêtes de famille se doivent d’être joyeuses mais le sont-elles véritablement ?

La famille est une institution en perpétuelle mutation.

Durant l’Antiquité, le pater familias la régissait sans aucune contestation. Au XIXème siècle, avec la révolution industrielle, les valeurs conservatrices de la bourgeoisie, fondées sur le mariage triomphent. Toutefois, en cette période de transformation de la société, les philosophes s’interrogent sur la famille qu’ils considèrent comme une aliénation. La psychanalyse nait, issue d’un regard innovant sur l’hystérie, et s’interroge sur le rôle que la famille peut jouer sur les névroses.

Aujourd’hui, en France, nous sommes loin du Code civil de 1804 qui imposait à la femme obéissance à son mari (notons toutefois que l’égalité des époux n’est promue qu’en 1985 par une réforme). Depuis la fin des années 1960, le modèle traditionnel est remis en question : la femme maitrise sa fécondité au début des années 1970, le mariage pour tous est rendu possible en 2013. De nouveaux modèles familiaux émergent et la dimension affective des relations entre les membres de la famille prend de l’importance.

Que peut-on en déduire du huis clos familial ? L’émergence de nouveaux modèles favorise-t-elle un nouveau type de relations ou bien se trouve-t-on prisonniers d’un rôle attribué par la famille et qui nous colle à la peau lors de réunions familiales ? Que se passe-t-il alors ?

 

Sous le masque de l’hystérie se cache la douleur du déni.

La dynamique familiale est au coeur du dernier film de Cédric Kahn Fête de famille (2019). Une famille se retrouve à l’occasion de l’anniversaire de la mère, Andrea, interprétée par Catherine Deneuve. L’arrivée surprise de Claire, partie depuis trois ans sans donner de nouvelles, déclenche un véritable raz-de-marée. Elle révèle une dynamique familiale édifiée sur les non-dits, les dénis et les secrets enfouis. Chaque personnage endosse un rôle qui permet de préserver le confort familial. Au sein de la fratrie, Claire, l’hystérique, ne peut donc prétendre à l’héritage de son père. Vincent incarne la réussite et s’oppose à Claire. Romain, l’éternel adolescent ne prend aucune responsabilité. Malgré les suppliques de la mère : « aujourd’hui c’est mon anniversaire, donc j’aimerais qu’on ne parle que de choses gaies », le déjeuner se termine en pugilat.

On retrouve une dynamique familiale explosive dans le film de Arnaud Desplechin, Un conte de Noël (2008) avec l’arrivée inopinée du fils schizophrène alcoolique décidé à révéler les secrets de famille. Il endosse lui aussi le rôle de l’hystérique au masculin, celui par qui le désordre arrive au sein d’une famille bourgeoise étriquée dont il fait sauter le vernis de la bienséance.

Il semble donc bien difficile de s’exprimer sur des sujets épineux sans crise familiale ! C’est dans les deux cas « l’hystérique » de la famille qui se voit attribuer le rôle perturbateur et qui permet de questionner la dynamique familiale. Sous le masque de l’hystérie se cache la douleur du déni.

 

S’il est difficile de parler, le silence peut s’avérer destructeur.

C’est peut-être ce qui distingue la famille contemporaine de celle du début du XXème siècle, telle que décrite par Bertrand Tavernier dans Un dimanche à la campagne (1984). Nous assistons à la routine d’une paisible réunion familiale – visite dominicale d’un fils, accompagné de sa famille, à son père – soudain perturbée par l’arrivée impromptue d’Irène, la sœur. Il ne se passe rien. On observe la rivalité et les non-dits au sein d’une famille bourgeoise. On perçoit la souffrance dans le silence du frère face à la préférence affichée du père pour Irène, sa sœur, pourtant si peu présente.

Cédric Kahn, le réalisateur de Fête de famille, interrogé, évoque la difficulté de trouver sa place lors de réunions de famille car, dit-il : « c’est l’enfance qui se rejoue », ce qui confère une dimension atemporelle aux relations familiales. A la différence des deux autres films, sentiments et ressentiments ne sont pas ou peu exprimés dans Un dimanche à la campagne. On note par ailleurs la violence des propos générée par l’expression d’un trop plein émotionnel. En cette période de fêtes de Noël, il peut s’avérer judicieux de prendre une certaine distance et de s’amuser à observer avec bienveillance ce qui se joue au sein de sa propre famille.

 

Une fête de Noël n’en serait pas une sans le traditionnel échange de cadeaux.

« Le cadeau, le don, tient du rituel. Il n’est pas destiné à satisfaire les désirs mais il s’inscrit dans une longue chaine d’obligations sociales depuis la nuit des temps » précise Didier Ades. Dans l’Antiquité, c’est le jour du solstice d’hiver qu’il est coutume de s’offrir des étrennes, gages de bon augure. Des siècles plus tard, l’émergence  de la tradition chrétienne d’offrir des cadeaux de Noël aux enfants fait référence aux présents offerts par les rois mages à Jésus. Toutefois, la tradition du cadeau entre adultes est plus récente. Elle s’impose en Europe au lendemain de la seconde guerre mondiale, avec le plan Marshall. Depuis, il n’y a plus tellement de choix. Cet échange comporte une part d’inconscient et il est peut-être important de se poser la question du message véhiculé par le cadeau offert.

Bonnes Fêtes !

 

Muriel Lhomme
Mlhomme.psychotherapist@gmail.com

 

Références