| Propos recueillis par Cécile Faure | Octobre 2019 |

 

Crédit photo : Angelo Isslinger

 

Jean-Maxime Jedrzejak, consulté de manière indépendante et régulièrement dans le cadre de l’accompagnement de ma préparation à un Ultrachallenge (100km marchés en septembre), a accepté de répondre à quelques-unes de mes questions et d’apporter un éclairage sur les changements observés dans sa profession.

 

Au regard de votre carte de visite et des différentes thérapies que vous maîtrisez, quelle est votre profession exactement : kinésithérapeute, ostéopathe ?

Je suis uniquement masseur-kinésithérapeute diplômé d’état. Mais l’approche de la prise en charge s’avère être plus globale et révèle l’évolution de notre vision thérapeutique. C’est-à-dire que les kinésithérapeutes, et peut être encore plus les nouvelles générations, recherchent de part leur enseignement et les formations complémentaires à tenir compte du patient dans sa globalité dans le but de dispenser des soins de qualités.

 

Vous pratiquez également la thérapie viscérale ? De quoi s’agit il ? Les viscères sont-ils le miroir de notre corps ? De nos d’états d’âmes ? 

Formés à la kinésithérapie traditionnelle, nous avons choisi de nous spécialiser entre autre dans la thérapie viscérale. Elle nous permet d’apporter une réponse complémentaire et globale aux motifs de consultations classiques. La méthode repose sur des soins manuels, à base de mobilisations et de dynamisation des fonctions digestives. Ces manipulations douces permettent de soulager les troubles des organes souvent malmenés par nos émotions : maux de ventre, mauvais sommeil, migraines, brûlures d’estomac, mal de dos, constipation, etc.

Certains organes ont besoin d’être drainés car trop encrassés par notre mode de vie habituel. D’autres ont besoin d’être revitalisés car en manque d’énergie.

Certains organes ont simplement été malmenés par des émotions trop fortes (stress, choc émotionnel, anxiété, nervosité, colère, tristesse, etc.)

Il n’est plus à prouver que les émotions ont un fort impact sur le corps humain. 
À tel point que chaque organe possède ses propres émotions : les poumons sont associés à la tristesse, le foie à la colère, les reins à la peur… Un organe joue non seulement un rôle physique mais possède aussi des fonctions mentales, émotives et psychiques.

Le corps nous en dit beaucoup, mais il est parfois difficile de créer des liens entre chaque symptômes. 
La thérapie viscérale essaye de trouver une réponse adaptée aux douleurs aiguës ou chroniques. De l’enfant à la personne âgée, il y a une thérapie adaptée pour tous et s’adressant à tous.

Quelles sont les autres pratiques qui vous semblent aujourd’hui venir s’inscrire dans une complémentarité de ces thérapies que vous maîtrisez déjà ? Comment se comparent-elles aux thérapies venues de contrées lointaines (médecine chinoise, étude des méridiens, etc.) ? Observez vous des tendances ?

Élargir ces connaissances dans ce métier est inépuisable et c’est ce qui en fait tout son attrait.

Comme à chaque fois que je commence à maîtriser une thérapie, je me rends compte qu’il me manque encore des outils. C’est presque une histoire sans fin, une recherche continuelle de la compréhension du corps par nos mains. Heureusement au vu de tous ces patients qu’il reste à soulager !

À la suite de ces thérapies, je continue à me former en technique Jones Strain Counterstrain, ainsi qu’à la microkinésithérapie qui à mon sens sont complémentaires. Je n’aime pas parler en terme de comparaison entre ces thérapies et celles dites douces ou parallèles. Je préfère parler en terme de point commun. Et le point commun c’est la recherche d’un certain équilibre dans le déséquilibre que représente chaque individu. La seule comparaison sera faite par le patient qui préférera une approche plutôt qu’une autre.

 

Quelles sont les raisons pour lesquelles vos patients vous consultent ? (Traumatismes, suivi post-opératoire, accompagnement d’une maladie, développement physiologique et croissance / vieillissement)

Dans la majorité des cas un kinésithérapeute travaille sous prescription médicale avec un diagnostic posé par le médecin.

Celui-ci nous oriente le patient pour des séances de kiné. C’est à la suite du bilan initial et durant la prise en charge que nous appliquons notre stratégie de soin en fonction de nos degrés de compétences.

Nous pouvons alors avoir un effet sur de multiples symptomatologies comme :

  • douleurs traumatiques
  • désordre digestif
  • mal au ventre
  • brûlures d’estomac,  reflux gastro-œsophagiens
  • insomnie, troubles du sommeil, réveil nocturne
  • en post-chirurgical (ablation de la vésicule biliaire, césarienne, cicatrice au niveau de l’abdomen, etc.)
  • douleur ostéo-articulaire (cervicalgie, dorsalgie, cruralgie)
  • migraines chroniques
  • phénomène des jambes dites lourdes
  • douleurs nocturnes
  • douleurs musculo-squelettiques (tendinites, syndrome de l’essuie-glace)
  • douleurs neurologiques de type paresthésie
  • symptômes associés à la maladie de Crohn
  • symptômes associés à la fibromyalgie
  • dépression post natale / vide d’énergie
  • cystites à répétition
  • (liste non exhaustive)

Les patients nous consultent rarement en première intention même si le nombre est en augmentation significative. Une impression qui à mon sens devrait se confirmer.

 

Avez-vous constaté un changement dans les raisons pour lesquelles vos patients viennent vous voir ? Une tendance vers un meilleur accompagnement de soi ?

Oui en effet, nous constatons un changement dans la façon que les patients ont d’aborder leurs soins. Nous nous retrouvons de plus plus en face à des personnes qui recherchent un sens dans leur prise en charge. Une personne qui consulte le fait car elle sent que chose ne va pas chez elle. Tout d’abord, il s’agit d’écouter le patient car de sa façon d’expliquer (même si c’est avec ses mots), il est possible de tirer les informations principales qui donnent les grandes lignes directrices de la thérapie. À nous, thérapeutes, de tendre l’oreille !

À côté de cela, nous observons aussi des patients qui en ont assez de dire oui sans explication à tout ce qui sort de la bouche du corps médical, de prendre je ne sais combien de médicaments dont certains sont prescrits uniquement pour annuler les effets secondaires du précédent.

 

Votre démarche s’inscrit-elle dans une approche globale de l’Être / Mode de vie (nutrition, capacité à observer et écouter son corps et son moi, etc.) ? Une confidence : parvenez-vous à appliquer tous ces principes à vous-même ? Un conseil au lecteur ?

Oui bien sûr. C’est une hygiène de vie à intégrer. Cela commence par une alimentation adaptée et équilibrée avec quelques compléments alimentaires s’il le faut, en allant jusqu’à une prise de conscience qu’un état émotionnel répétitif et exacerbé peut influencer sur une période plus ou moins longue un état physique.

À ce moment, le plus important est de pouvoir en prendre conscience. C’est-à-dire de passer d’état inconscient et donc somatiser à un état conscient qui permet d’engager le processus de guérison. 

Moi-même, j’essaie d’appliquer tous ces principes et je n’hésite pas à demander conseil à mes connaissances et même parfois à passer entre les mains de mes collègues.

 

Propos recueillis par Cécile Faure

 

Jean-Maxime Jedrzejak et sa collègue Céline Schmitt exercent leur profession au sein de leur cabinet à Bidart, en France. www. kine-visceral.fr