| Vahiria Verdet-Janbon | Janvier 2020 |

 

Et oui, il n’y a pas d’âge pour commencer à méditer !

Et l’on pourrait même ajouter, donnons cette chance à nos enfants, plutôt tôt que tard.

 

Apprendre à ÊTRE plutôt qu’à FAIRE

 

Nos enfants évoluent dans un monde où il leur est de plus en plus difficile de rester sans rien faire. Les stimulations ludiques, intellectuelles, sportives sont sans fin, et les enfants s’habituent à une gratification immédiate, perdant petit à petit toute capacité à appuyer sur le bouton pause : la capacité d’être avec soi-même. Dès que l’on attend le bus, l’arrivée de nos amis, un plat au restaurant, un rendez-vous chez le dentiste, on sort le téléphone, et les enfants la tablette. Combien de fois par jour prend-on le temps d’observer autour de soi ? Ou de ressentir ce qui se passe en nous ?

 

Les enfants très jeunes sont naturellement dans le moment présent. En tant que parents, nous en sommes plus que conscients, lorsque nous les appelons 10 fois pour venir prendre leur douche ou leur diner, et qu’ils sont totalement absorbés par leur jeu, à tel point qu’ils ne nous entendent même pas. Mais très vite, les enfants vont perdre leur insouciance et se faire du souci, à cause d’une dispute avec un frère ou une sœur ; d’une difficulté à l’école, qu’elle soit académique ou relationnelle ; d’un jugement qu’ils vont percevoir comme une critique. Ils vont éprouver des peurs, des colères, des tristesses avec lesquelles ils auront du mal à prendre du recul, et qui risquent de les submerger. Dès leur plus jeune âge, ces fortes émotions peuvent avoir un impact sur le bien-être des enfants et les empêcher de dormir ou de manger, provoquer de fortes douleurs psychosomatiques ou encore entraîner des comportements agressifs.

 

L’apprentissage de la Pleine Conscience va donner un outil aux enfants, non seulement pour développer leur capacité d’attention et donc leur faculté à être dans le présent, mais également pour encourager un regard d’ouverture et d’acceptation d’eux-mêmes et donc de tolérance vis-à-vis des autres. Comme le dit Christophe André dans le livre d’Eline Snel Calme et attentif comme une grenouille  : « Lorsque nous aidons nos enfants à vivre plus souvent en pleine conscience, nous les aidons bien au-delà de ce que nous croyons. Car nous les aidons alors à préserver toutes leurs capacités d’humanité ».

 

Le développement de programmes de Pleine Conscience pour les enfants

 

En tant qu’adultes, c’est déjà bien difficile d’être à l’écoute de ses sensations pendant quelques minutes. Alors, vous vous demandez surement : comment est-ce possible pour des enfants ?

Les enfants sont particulièrement curieux de nature et aiment apprendre. Ils sont ainsi étonnamment réceptifs aux différents programmes spécialement adaptés pour eux, programmes développés dans de nombreux pays depuis plusieurs années.

En France, plusieurs programmes sont ainsi reconnus par l’Association Enfance et Attention. Notamment le programme d’Eline Snel expérimenté aux Pays-Bas depuis plus de 10 ans et aujourd’hui pratiqué dans la majorité des écoles de ce pays), traduit en français, qui commence à prendre de l’ampleur en France. Ces programmes sont mis en place au sein de groupes privés et de plus en plus au sein des écoles.

En Angleterre, l’organisme MISP (Mindfulness in Schools Project) a mis au point un programme pratiqué aujourd’hui dans plusieurs dizaines d’écoles, , et qui vise en particulier les milieux défavorisés.

 

Qu’enseigne-t-on dans ces programmes ?

 

Ces enseignements s’inspirent du programme de méditation en Pleine Conscience créé à l’origine par Jon Kabat Zinn dans les années 70, et fondé sur des fondements laïques et scientifiques. C’est un programme qui se déroule sur 8 semaines et apprend aux enfants à être à l’écoute de leurs sensations corporelles, mais également à mieux comprendre ce que sont leurs pensées et leurs émotions. À travers des exercices ludiques, des histoires et de courtes méditations, les enfants développent des qualités de concentration, de patience, de bienveillance et de tolérance envers eux-mêmes et les autres.

 

Une récente étude de l’Inserm a mesuré l’impact du programme d’Eline Snel mis en place dans 10 écoles primaires. Les résultats ont montré une amélioration de la régulation émotionnelle, de l’attention, de l’estime de soi et une réduction des disputes entre les enfants. Ces compétences psycho-sociales faisant partie des critères de l’éducation civique et morale, tels que définis par l’Education nationale, permettent ainsi à ce programme de faire partie du cursus scolaire.

 

Voici quelques réactions d’enfants avec qui j’ai pratiqué des exercices de Pleine Conscience:
“ça me détend”, “ça m’aide à me concentrer”, “quand j’ai mal au ventre, je sais maintenant que je suis stressée et je souffle très fort”, “quand je suis triste, je pense au nuage, et je sais que ça va passer”.

 

La Pleine Conscience à la maison

 

En attendant que ces programmes se diffusent dans les écoles de nos enfants, nous pouvons déjà entraîner leur attention et développer leur présence curieuse et bienveillante. Voici quelques exemples d’activités que vous pouvez pratiquer en famille :

  • tout d’abord, prendre l’habitude de donner votre attention totale lorsque vous choisissez de passer un moment avec votre enfant. Et ceci pour deux raisons: 1. votre enfant se sent apprécié et aimé, 2. vous modelez la faculté d’être pleinement présent dans ce que vous faites
  • apprendre ensemble à appuyer sur le bouton Pause sans avoir peur de montrer l’exemple. Lorsque nous nous sentons débordés par une émotion, en tant que parent ou l’enfant, nous pouvons pratiquer plusieurs longues respirations au cours de cette pause, afin de laisser le temps aux fortes émotions de retomber
  • prendre le temps de faire une activité en pleine conscience, c’est-à-dire prendre le temps de donner une attention totale et sans jugement à ce que l’on fait à un moment donné. Ressentir toutes les sensations d’une activité quotidienne, par exemple se préparer le matin, manger un fruit, un pain au chocolat, une carotte, observer ce que l’on voit autour de nous lorsque nous allons à l’école, au club de sport, au parc, observer sa respiration à différents moments de la journée
  • aider nos enfants à prendre leur météo intérieure, c’est à dire les encourager à observer ce que l’on ressent dans notre corps le matin quand on se lève, l’après-midi quand on rentre de l’école, ou le soir en se couchant. C’est un outil précieux pour être à l’écoute de leurs émotions et ainsi leur donner l’opportunité de les partager avec vous pour mieux les comprendre, et donc mieux les gérer…

 

Vahiria Verdet-Janbon
Psychothérapeute pour enfants et adolescents
Animatrice de programmes de méditation en pleine conscience pour enfants et adultes
www.psychotherapie-mindfulness-londres.com
www.mon-coaching-peppsy.com

 

Pour en savoir plus:

  • www.enfance-et-attention.org
  • SNEL Eline, Calme et attentif comme une grenouille, les Arènes, 2012
  • SNEL Eline, Proche, mais pas trop, les Arènes, 2015
  • Kaiser Greenland Susan, La méditation est un jeu d’enfant, les Arènes, 2018