| Béatrice Boivineau | Juin 2021 |

 

Déclarée en 1974 « meilleur aliment pour l’humanité au 21e siècle » par l’OMS et « aliment idéal et le plus complet de demain » par l’Unesco, consommée par les astronautes et allié majeur contre la malnutrition, quels sont donc les secrets de la miraculeuse spiruline ?

 

spiruline

 

La spiruline, bactérie millénaire

La spiruline, nommée ainsi du fait de sa forme spiralée, est en fait une cyanobactérie (bactérie réalisant la photosynthèse) présente sur Terre depuis environ 3,5 milliards d’année. Elle pousse naturellement dans des lacs alcalins proches de l’équateur, en Inde, au Tchad et au Mexique, où les populations locales la consomment régulièrement depuis des temps anciens sous diverses formes : galettes séchées (le dihé) ou en sauce au nord du lac Tchad depuis le 9e siècle, et mangée avec des tortillas du 13e au 16e siècles par les Incas et les Aztèques.

On redécouvre les vertus de la spiruline au 20e siècle, et à partir des années 70 la spiruline est cultivée et commercialisée comme complément alimentaire, sous forme artisanale puis industrielle.

La France est un grand consommateur de spiruline (environ 500 tonnes en 2019). 90 % de la production est importée des grandes fermes industrielles en Inde, en Chine, aux États-Unis. Le reste est cultivé en France, essentiellement par de petites structures, et la Fédération des Spiruliniers de France (FSF) comptait 133 producteurs en 2019, vendant essentiellement via des circuits courts.

Mais d’où vient l’engouement pour la spiruline ?

 

Une composition exceptionnelle source de nombreux bienfaits.

La spiruline est un extraordinaire concentré de protéines, vitamines, acides gras essentiels et aminés dont la combinaison multiplie les effets avec des :

  • protéines
  • acides aminés (dont les 8 essentiels)
  • vitamines : B1, B2, B3, B5, B6, B7, B8, B9, pseudo-vitamine B12, D, E, K
  • minéraux et oligo-éléments : calcium, phosphore, magnésium, fer, zinc, potassium, cuivre, chrome, manganèse, sodium, sélénium
  • acides gras essentiels : omégas 6 et 9, acide gamma-linolénique
  • pigments antioxydants : chlorophylle, phycocyanine, caroténoïdes (dont la provitamine A béta-carotène)

La spiruline contient 60 à 70% de protéines, dont une forte proportion (47%) d’acides aminés essentiels. Ces protéines  sont  particulièrement assimilables, car les parois cellulaires de la spiruline ne contiennent pas de cellulose, mal digérée par l’homme.

Selon, Fanny Parise et Emmanuelle Levesque, auteures de Spiruline : Bienfaits et recettes d’un aliment incroyable, « la spiruline est 28 fois plus riche en fer que les épinards, contient 3 fois plus de protéines que la viande, est 26 fois plus concentrée en calcium que le lait et 15 fois plus riche en bêta-carotène que la carotte ».

Les acides aminés essentiels, le fer, le zinc, le cuivre, les vitamines A, E et B, le sélénium et le manganèse renforcent le système immunitaire, l’acide gamma-linolénique (omega 6) favorise son bon fonctionnement, et la phycocyanine le stimule.

La phycocyanine, les vitamines E et A, le bêta-carotène, le sélénium, le zinc, l’acide gamma-linolénique (Omega 6) empêchent  la formation de radicaux libres ou les éliminent. Ces antioxydants permettent de retarder le vieillissement et de réduire les risques de maladies cardio-vasculaires.

Ces nombreux antioxydants ont également un effet anti-cancer. Une étude menée en Inde a montré que la consommation quotidienne de spiruline permettait une meilleure guérison des sujets présentant des cellules précancéreuses des muqueuses de la bouche. En Biélorussie, une étude menée par l’Institut of Radiation Medecine à Minsk sur 270 enfants traités avec 5g de spiruline par jour pendant 45 jours montre que leur système immunitaire s’est fortement amélioré. 82% des enfants traités à la spiruline n’ont pas eu de cancer de la thyroïde, alors que la totalité des enfants non traités ont développé ce cancer.

Le bêta-carotène ainsi que les acides gras aident à réduire le mauvais cholestérol.

La chlorophylle permet d’oxygéner le sang, d’éliminer rapidement les toxines, et prévenir la propagation des virus. Elle aide aussi à maintenir l’équilibre acido-basique du corps.

La structure moléculaire de la phycocyanine est proche de celle de l’EPO, (l’hormone qui stimule la production des globules rouges), et possède des propriétés anti-inflammatoires, permettant ainsi une meilleure récupération après l’effort. La teneur élevée en antioxydants permet de lutter contre le stress oxydatif dû à l’exercice, et ainsi de limiter la fatigue musculaire.

La spiruline élimine les bactéries indésirables du système digestif, et stimule les « bonnes » bactéries des intestins (lactobacilles, bifido-bactérie), prévenant ainsi les infections. Au niveau du foie, la spiruline empêche l’évolution d’hépatites chroniques, aigües ou virales.

La phénylalanine et le tryptophane (acides aminés essentiels) amènent plus rapidement à la sensation de satiété, et limitent ainsi la prise de poids. Grâce à sa richesse en acide gamma-linolénique (omega 6) et en polysaccharides (glucide naturel), la spiruline permettrait également de réguler le taux de sucre dans le sang.

 

La production de spiruline est bonne pour la planète 

Outre ses caractéristiques nutritionnelles exceptionnelles, la spiruline présente des qualités environnementales uniques.

Elle requiert 30 fois moins de surface de culture que le soja, 40 fois moins que le maïs et 300 fois moins que la viande de boeuf.

Elle consomme peu d’eau douce par kg de protéine : 3 fois moins que le soja, 6 fois moins que le maïs, 50 fois moins que la viande de boeuf.

Le rendement énergétique (énergie produite en kg/énergie consommée par kg) est 5 fois supérieur à celui du soja, 2 fois à celui du maïs et 150 fois à celui de la viande de boeuf.

La croissance de la spiruline passe par l’absorption de grandes quantités de CO2 et la production d’oxygène.

Enfin, la spiruline entre dans la composition de nombreux programmes de lutte contre la malnutrition, tout en assurant un revenu aux populations locales. Elle est ainsi produite au Mali, Niger, Burkina Faso, Togo, à Madagascar…

 

Consommation et contre-indications

La spiruline est commercialisée sous plusieurs formes :

  • brindilles ou paillettes, forme exclusivement artisanale, la moins transformée et la plus riche en nutriments,
  • poudre, produite de façon artisanale ou industrielle (séchage par atomisation qui oxyde la spiruline, affecte le goût et la qualité et peut la rendre moins digeste),
  • comprimés, forme la plus transformée, plus facile à transporter mais la moins assimilable.

Même si le fer de la spiruline est bio-disponible, la consommation associée d’une source de vitamine C favorise son assimilation. En revanche il est conseillé de prendre la spiruline 1 ou 2 h avant ou après le café ou le thé qui ont l’effet inverse.

La composition riche de la spiruline en fait un superaliment pour toutes les générations, plébiscitée notamment par les sportifs et les végétariens. Cependant, elle est à éviter par les personnes souffrant de calculs rénaux, de goutte, ainsi que par celles ayant un taux élevé d’acide urique, ou un taux trop élevé de ferritine dans le sang.

 

Mariant tradition et modernité, contribuant à une alimentation saine tout en préservant l’environnement, la spiruline apparait comme une voie à suivre pour un avenir durable.

 

Béatrice Boivineau
beatrice.boivineau@gmail.com

 

 

 

 

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