| Dr Christilla Nevi | Janvier 2020 |

 

Photo : Liz Masoner

 

En Angleterre, depuis septembre 2019, le vaccin contre le virus HPV est proposé à l’école à toutes les filles et tous les garçons âgés de 12 à 13 ans (year 8).

Cet article s’attache à répondre aux questions que vous vous posez pour vous aider à faire un choix vaccinal pour vous ou votre adolescent.

 

Qu’est-ce que le HPV ?

Le Human Papilloma Virus (HPV) est un virus commun dont il existe une centaine de types différents.

On distingue des virus à bas risque cancérigène (HPV low risk) qui donnent des verrues génitales et les virus HPV à haut risque cancérigène qui sont responsables de lésions précancéreuses et de cancers.

Près de 3400 nouveaux cas de cancer du col de l’utérus sont diagnostiqués chaque année en Angleterre et le nombre de décès liés à ce cancer est d’environ 1 000 par an.

 

Est-ce que les cancers HPV induits ne concernent que les femmes ?

Non, les virus HPV peuvent se retrouver au niveau des zones génitales ou des voies aéro-digestives supérieures (bouche ou gorge).

Ils sont responsables de 99% des cancers du col de l’utérus, de 70% des cancers de la vulve et du vagin mais aussi de 90 % des cancers de l’anus, de 60% des cancers du pénis, et d’une partie des cancers de la bouche et de la gorge.

 

Comment l’infection HPV se transmet-elle ?

Le virus est très contagieux et il est résistant en milieu extérieur ce qui facilite sa transmission. Elle se fait par contact de peau à peau, lors des rapports sexuels, même sans pénétration, ou lors des contacts oraux-génitaux. Il peut aussi être véhiculé lors des caresses des parties intimes.

On estime qu’environ 80 % des hommes et des femmes sexuellement actifs seront contaminés au moins une fois dans leur vie, le plus souvent au début de leur vie sexuelle.

 

Est-ce que le préservatif protège du HPV ?

Non, car le préservatif ne recouvre pas la totalité des zones atteintes par le virus et ne protège pas de la transmission par des caresses intimes.

 

Est-ce que l’infection HPV conduit toujours à un cancer ?

Non car heureusement dans 90% des cas la personne contaminée va éliminer le virus grâce à sa propre immunité dans les 2 ans.

Mais chez 10% des personnes contaminées le virus va s’installer dans les muqueuses et en transformer les cellules. On voit alors apparaître des lésions précancéreuses puis cancéreuses. Ces lésions mettent plusieurs années à se développer et évoluent de manière silencieuse, c’est-à-dire sans symptômes.

On sait que les fumeurs et les personnes immuno-déprimées sont plus sensibles à l’infection HPV.

 

Comment fonctionne le vaccin ?

Le dernier vaccin commercialisé, Gardasil 9, protège contre 9 types d’HPV : 6,11, 16, 18, 31, 33, 45, 52 et 58.

Il permet de prévenir environ 90 % des cancers du col et de l’anus dûs au HPV, 85% des cancers de la vulve et du vagin. Il protège aussi contre 90% des verrues génitales.

Les études montrent qu’il est efficace au moins 10 ans mais on pense qu’il est efficace probablement beaucoup plus longtemps.

 

Peut-on se faire vacciner même si on a déjà eu des rapports sexuels ?

Oui car même si on a déjà eu des rapports on n’a pas forcément été contaminé par un virus HPV à haut risque. De plus même si c’est le cas il est peu probable qu’on ait été contaminé par les 9 souches virales contenues dans le vaccin.

 

Une surveillance régulière par frottis pour les filles permet-elle d’éviter de se faire vacciner ?

Non.

La vaccination permet d’éviter d’attraper le virus et donc d’avoir des lésions précancéreuses ou un cancer du col de l’utérus.

De plus la vaccination apporte une protection contre les cancers oropharyngés ou les cancers de l’anus ou du pénis pour lesquels il n’y a pas d’examen de surveillance.

Le frottis en revanche n’évite pas le cancer mais trouve des lésions débutantes ou cancéreuses qui pourront ainsi être traitées.

Mais cet examen de dépistage n’est pas très sensible c’est-à-dire qu’il peut être normal même s’il y a une lésion.

Aujourd’hui la surveillance du cancer du col l’utérus est en train de changer au profit du test HPV. C’est un test fait par prélèvement dans le vagin qui permet de rechercher directement le virus.

Le risque de cancer du col de l’utérus est quasi nul en l’absence de virus HPV de haut risque.

À la différence du frottis, le test de recherche du virus HPV est très fiable.

Il est donc logique de rechercher d’abord le virus en dépistage systématique puis de faire un frottis uniquement si le virus HPV est retrouvé.

Ce protocole de dépistage est en train d’être mis en place en Angleterre et en France.

 

Si je me fais vacciner puis-je arrêter de faire surveiller mon col ?

Non car le vaccin HPV, comme tous les vaccins, n’est pas efficace à 100% mais à 90%.

 

Quels sont les risques de la vaccination ?

Les vaccins HPV sont utilisés depuis plus de 10 ans et 270 millions de doses ont été vendues dans le monde ce qui nous donne un excellent recul sur sa sécurité.

Le vaccin HPV, comme la plupart des vaccins, peut induire des réactions locales au site d’injection comme rougeur, douleur ou gonflement, ainsi que des réactions générales transitoires comme fièvre, douleurs musculaires ou articulaires.

Les différentes études de surveillance n’ont pas montré d’augmentation des maladies auto-immunes après vaccination.

La vaccination est contre-indiquée en cas d’allergie à un des constituants du vaccin ou après une réaction allergique suivant la première injection.

 

Comment se faire vacciner ?

Le vaccin est offert gratuitement par le NHS.

A partir du 1er septembre 2019, les garçons et les filles âgés de 12 à 13 ans (Year 8) pourront être vaccinés à l’école. Ils recevront deux doses de vaccins, par injection dans le bras, espacées de 6 mois. Ceux qui n’auront pas été vaccinés pourront bénéficier d’un rattrapage auprès de leur GP jusqu’à leurs 25 ans.

Si la première injection se fait après 15 ans le schéma vaccinal passe à 3 injections.

Les garçons ayant déjà plus de 12 ans au 1er septembre 2019 ne pourront pas bénéficier de la vaccination gratuite par le NHS.

Cependant il est toujours possible de se faire vacciner à sa charge chez Boots ou chez son médecin privé mais le vaccin coûte environ £165 l’injection.

La vaccination HPV concerne les pré-adolescents ou adolescents et ils devraient aussi participer à la décision de se faire vacciner contre le cancer.

Les hommes homosexuels peuvent bénéficier de la vaccination jusqu’à l’âge de 45 ans.

 

En conclusion

L’université de Warwick a évalué grâce à une modélisation statistique qu’en 2058, soit 50 ans après son instauration, le programme de vaccination HPV, aura permis de prévenir en Angleterre, environ 64 000 cancers du col de l’utérus et presque 50 000 cancers liés à l’HPV.

 En 2019, il est enfin temps de se faire vacciner contre le cancer !

 

Dr Christilla Nevi
Gynécologue Médicale
La clinique Française
docteurnevi@gmail.com