| Caroline Kowalski | Février 2020 |

 

La voie de L’Amoureuse – Libérer le féminin : désir, intériorité, alliance. Ed. Artège. 2017. 17,50 euros.

Culottée, elle convoque tout à la fois le Moyen-Âge et l’amour courtois, les prophétesses judéo-chrétiennes, la mystique soufie, les Mille et Une Nuits ou la “galanterie française” pour inviter la femme d’aujourd’hui à déployer sa souveraineté. Avec passion ! Pour celles qui seraient à court de bonnes résolutions, Claire de Saint Lager propose de partir courageusement à la quête de son désir profond, se réconcilier avec soi-même et avec l’homme, répondre en toute liberté à sa mission propre, et en définitive, exulter. Mais pas de panique ! Cette insatiable tête chercheuse a également conçu des ateliers qui donnent accès à toutes ces belles invocations par le développement personnel, l’art et la spiritualité. Une nourriture vitaminée à lire, ou à vivre !

 

S’attaquer au vaste sujet de l’identité féminine, c’est prendre un sacré risque. Le risque du sacré lové en toute femme. Audacieux en effet, l’essai réactualise ce lien mystérieux entre la femme et le divin, puisant dans les mythes fondateurs ou les cycles de la vie, les clefs pour “décoder” ces archétypes universels incompris qui ne parlent pourtant que de notre intériorité.

 

Porte ouverte sur l’invisible

 

Au commencement, donc, était la femme. Et sa blessure. Mésestime qui fait d’elle, si ce n’est la mater dolorosa, souvent du moins cette tour de contrôle plombée par une colère sourde et coupée de la joie.

 

La Voie de l’Amoureuse, c’est un peu l’amie qui tend une tasse de thé, enjoignant de s’asseoir.

 

Arrête ici ta course, traverse la blessure et viens “à la rencontre de cet être mystérieux que nous sommes.” À la façon du poète mais sans prétendre en imiter la prose, Claire réveille en chacune l’âme d’enfant prête à se laisser conter par delà les épreuves et les doutes, la force de sa beauté, la puissance du désir, ce “vecteur de courage, de créativité”. Et de joyeuse liberté.

Sages et écrivains entrent ici dans la danse. De Dostoïevski à Rilke, de Clarissa Pinkola Estés à Hélie de Saint Marc, de Christiane Singer à Rudyard Kipling, l’auteure fait resurgir tous ces contemplatifs ardents, témoins privilégiés et constants éveilleurs. Page après page ils éclairent, abreuvent, exaltant tour à tour l’humilité et l’élégance, la profondeur et la légèreté. Et l’on savoure cette polyphonie chantant “l’alliance subtile de toute vie de femme accomplie”, aux éclats de rire joyeux et fragiles à la fois.

 

 “Tu n’as pas à te répandre, mais à t’approfondir.” *

 

En littérature comme en atelier, redécouvrir l’essence féminine c’est avant tout rechercher l’unité d’une vie morcelée et regarder vaillamment ses fêlures en face. Car l’on ne plonge pas sans mal dans ces profondeurs-là. À en croire l’oeuvre et la vie d’Edith Stein, Simone Weil ou Etty Hillesum – toutes trois juives, philosophes et fébrilement radicales – seul l’accueil d’une certaine béance en effet ouvre la femme à ce qui la dépasse.

 

Vers cette cohérence, la vie intérieure devient un espace à sauver, à cultiver dans le silence et la méditation. C’est là que sans mièvrerie, Claire de Saint Lager ose les mots tabous. “La foi – qui n’a rien à voir avec la crédulité – n’est pas chez elles un rempart contre l’incertitude, mais une constante interrogation”. Les femmes étant “plus souvent spirituelles qu’elles ne sont religieuses”, lorsqu’elles écoutent leurs désirs se rendent vulnérables, laissant la place à l’autre, au tout Autre. Libérant entre autres forces vives une lumière qui ne demande qu’à rayonner.

 

De quoi as-tu peur ?

 

Équilibre pour le moins délicat ! Consentir à mes “inaccomplis” sans me laisser écraser par leur pesanteur, et brûler de passion sans m’y soumettre ? Sur ce chemin de crête la sagesse s’épanouit avec grâce tant que je me reste fidèle, dans une célébration de mes victoires, un souci de ressourcement et surtout, surtout, un sens de l’humour aiguisé. Alliance avec moi-même re-choisie chaque matin.

 

“L’intelligence du féminin, souligne l’essayiste, s’incarne dans cette capacité étonnante à recréer du lien entre toutes les dimensions de la personne pour la conduire à sa souveraineté.” Pourquoi me retenir dès lors de déployer mes dons jusqu’au creux de mes failles ? Marianne Williamson tente une réponse, comme une provocation : “C’est notre propre lumière et non pas notre obscurité qui nous effraie le plus. Vivre petit ne rend pas service au monde.”

 

Et l’homme dans tout ça?

 

Ce travail de juste amour de soi portant en germe une juste relation aux autres, c’est bien par cette intelligence émotionnelle que la femme peut devenir experte… en chasteté. Oui, rappelle sans fard la jeune auteure, cette vertu n’est pas abstinence sexuelle mais “consiste à respecter l’autre comme un mystère inviolable, à ne jamais croire qu’on peut le faire sien et le posséder.” Seule une soif d’absolu et un amour gratuit sauraient donc prévaloir au couronnement que représente l’alliance de deux êtres pleinement libres.

 

Dans l’équation de l’histoire humaine, Claire de Saint Lager ne craint pas de concevoir le féminin comme la chance du masculin dans sa course à la digne complétude. Au-delà des clivages sexistes ou des images figées, son regard résolument inspiré de l’héritage chrétien et chevaleresque en distille une sagesse intemporelle et donc actuelle, qui pourrait aider les hommes à mieux saisir les femmes – et vice-versa ! – mais qui ne manquera pas de faire réagir certains. Offrons-leur donc déjà par ce dernier extrait un peu de grain à moudre. Puisque pour l’Amoureuse, “La vraie force d’un homme est de se savoir incapable de combler une femme, et pourtant ne jamais renoncer, de toujours essayer.”

Caroline Kowalski

 

*Aelred de Rievaulx (moine cistercien anglais du XIIe siècle, considéré comme le docteur de la charité et de l’amitié)

 

Crédit photo : Marie Gagneur

Claire de Saint Lager

Née en 1985, Claire est auteur, conférencière et créatrice de formations. Diplômée de L’ESCP, après des études de lettres et d’histoire elle participe à des programmes d’éducation aux Etats-Unis, au Cambodge et en France.

 

En 2012 elle crée le parcours d’empowerment Graine de Femme à destination des jeunes filles de 15 à 17 ans afin de les aider à oser être femme et oser être soi. Passionnée par le féminin et le thème de l’Alliance, elle fonde Isha formation en 2016, offrant aux femmes une respiration pour renouer avec leur essence spécifique et la joie de l’unité retrouvée. La pédagogie de ses formations-sessions s’appuie sur la créativité, le développement personnel et la spiritualité. Un beau défi-cadeau lancé aux femmes de tous horizons et de tous âges désireuses de suivre le cap de la liberté intérieure.