| Elodie Fidélis, Joanna FitzGerald, Cécile Masek | Avril 2019 |

Equipe du Centre d’Information et d’Orientation du Lycée Charles de Gaulle. Crédit photo : Alexandra Roche

L’orientation scolaire prend appui sur les trois principaux piliers que sont l’élève, au centre du processus, le contexte éducatif et la famille.

Au Lycée français Charles de Gaulle l’accompagnement en orientation s’organise à plusieurs : l’équipe pédagogique (composée des enseignants dont les professeurs principaux), les conseillers principaux d’éducation, l’équipe de direction, et, bien sûr, les conseillères d’orientation.

Nos missions de conseillères d’orientation sont multiples : accueil, soutien des élèves dans leur cursus scolaire, accompagnement dans l’élaboration de leurs projets académiques mais aussi professionnels. Notre travail se déroule à l’intérieur du cadre défini par les directives de l’Education Nationale, du Career Guidance Institute, et dans le respect des codes éthiques régissant ces textes.

Notre tâche ne peut être menée à bien sans la participation active des parents qui jouent un rôle primordial dans le projet d’orientation de l’élève.

Accompagner son enfant dans ses choix d’orientation post-bac demande patience et doigté dans la mesure où « demander à l’adolescent ce qu’il veut faire plus tard est à la fois une exploration de soi et une exploration professionnelle » selon Christine Cannard (2017) qui ajoute « cela prend du temps mais la construction des choix professionnels fait partie du développement identitaire ». C’est souvent une période stressante pour les parents du fait de l’importance des résultats scolaires pour la poursuite des études supérieures et d’un contexte économique incertain où 85% des emplois de 2030 n’existent pas encore (source Pole-Emploi.fr). Toutefois, le parent ne doit pas se laisser décourager car accompagner son enfant dans ses choix d’orientation post-bac est d’une part passionnant et que, d’autre part, il (le parent) fait partie des trois acteurs déterminants dans le processus d’orientation qui comprend le jeune et l’environnement éducatif.

Ainsi, selon Pascale Marmara et Jeanine Over de Linden (2008), le parent aurait une triple responsabilité :

  • Connaître la personnalité de son enfant, identifier ses forces et ses faiblesses,
  • Être lucide sur le potentiel de son enfant, sur sa personnalité et ses limites mais aussi sur l’environnement dans lequel il est en interaction permanente, la période d’adolescence qu’il traverse, sa relation vis-à-vis du monde du travail ainsi que sur le système scolaire, ses avantages et ses limites,
  • Aider son enfant à avoir confiance en lui.

 

La difficulté pour un parent sera donc de s’impliquer sans s’imposer, de ne pas projeter ses propres désirs et son histoire personnelle sur celle de son enfant et de se mettre en position d’écoute bienveillante.

 

Accompagner son enfant, c’est être en mesure d’écouter ses souhaits et notamment de comprendre d’où naît l’idée d’un futur métier ou formation pour peu que l’enfant en ait une. Le choix du sujet d’étude est en effet l’étape la plus importante et la plus compliquée du projet d’orientation. Celui-ci peut partir d’un événement déclencheur mais il est plus souvent le résultat de l’assemblage de plusieurs pièces d’un puzzle. Que ce soit un reportage vu à la télévision, l’expérience vécue lors du stage de seconde où l’on prend conscience de la réalité d’un métier, du témoignage d’un proche, de discussions autour du métier des parents, tous ces indices vont concourir à définir le parcours d’orientation. De là, un cheminement va s’opérer, avec des étapes clés qui permettront de confirmer ou non son idée de départ.

Si l’idée est confirmée, vient alors le moment de se renseigner sur les moyens d’y parvenir. Cela passe par le choix d’un cursus, puis d’un établissement ou même d’un pays. Choisir un établissement est en réalité plus facile qu’un sujet d’études même si en tant que parent il y a de quoi être effrayé parfois par l’éventail de l’offre que ce soit au Royaume-Uni avec plus de 50 000 formations post-bac selon Ucas et en France avec environ 14 000 formations sur Parcoursup qui couvre 85% du total des formations.

Nul doute que le parent devra mettre à jour ses connaissances en matière de l’offre de formation sans toutefois porter de jugement. Les établissements évoluent, proposent des cursus qui n’existaient pas il y a 20 ans comme par exemple des bachelors que ce soit en écoles de commerce ou même en ingénierie (exemple récent, le bachelor de Polytechnique), ou encore Sciences-Po Paris qui s’est lancé dans la décentralisation de sa formation dans des campus de région (à ne pas confondre avec les IEP de Province) pour ses programmes « undergraduate ». Ces programmes ne sont ni mieux ni moins bien que ceux connus à l’époque des études parentales, ils sont différents et répondent aux attentes des nouvelles générations dans un contexte internationalisé.

C’est pourquoi il est important de se pencher avec attention sur le contenu des cours quelque soit le pays. Non seulement parce qu’un même intitulé de cours peut revêtir des enseignements différents mais également parce qu’il permet à l’élève de comprendre de façon plus concrète ce qui l’attend l’année suivante.

Pour faire le tri dans les informations, les professionnels de l’orientation sont là pour aider les parents de même que les enseignants et les professeurs principaux.

Attention au piège des classements. Bien qu’utiles, ils doivent être considérés avec circonspection. En effet, chaque classement détermine ses propres critères d’excellence : mobilité internationale, proximité avec le monde de l’entreprise, insertion professionnelle, salaire annuel, budget consacré à la recherche… Le bon classement d’un établissement ne définira en rien la réussite de son enfant. Plutôt que de (se) poser la question « quelle est la meilleure école/université ?», il vaudrait mieux aborder la question ainsi « quelle est la meilleure école/formation pour mon enfant ? ». En effet, s’il est épanoui dans sa formation il optimisera ses chances de réussite maintenant et plus tard.

En tant que parent, vous pourrez donc aider votre enfant à prendre le recul nécessaire et évaluer les éventuelles contraintes que ce soit en termes de :

  • Sélectivité des études : quels pré-requis ? Quelles chances de réussite selon ses résultats ?
  • Modalités et durée de formation : formations courtes comme les BTS ou DUT en France ou les Foundation Degrees en Grande-Bretagne, licence ou bachelor, apprentissage ?
  • Alternatives aux études supérieures : entrée dans la vie active, année de césure/gap year ?
  • Santé : par exemple, le métier choisi par l’enfant nécessite-t-il une excellente acuité visuelle ? A-t-il besoin d’aménagement pour ses études ou de suivi particulier et est-ce proposé dans l’établissement visé ?
  • Famille : le futur étudiant va-t-il supporter l’éloignement familial s’il vit à des milliers de kilomètres de ses parents ?
  • Budget : coût des frais de scolarité mais aussi coût du matériel en fonction du type d’études envisagées (école d’art par exemple).

Ce sont toutes ces questions qui ne constituent pas forcément une évidence pour votre enfant, mais que vous pourriez évoquer avec lui au cours de discussions sur son avenir.

Vous pouvez également l’aider à naviguer dans les systèmes d’inscription de l’enseignement supérieur comme Parcoursup ou Ucas. Pour cela, prévoir des temps dédiés de concertation dans le calendrier de fin de Première et de Terminale, constituer un dossier d’orientation où l’enfant gardera une trace de ses recherches pour ne pas se noyer dans l’information. Vous pouvez également compter sur les guides édités spécialement pour les parents comme le guide Ucas ou le Kit parent post-bac de l’Onisep.

Puis viendra le choix final des cursus, choix qui peut aussi créer des frustrations ou des craintes, de peur de prendre la mauvaise direction ou tout simplement par peur de l’inconnu. En tant que parent, c’est le moment de rassurer votre enfant : «choisir c’est certes renoncer » mais les passerelles entre les filières de formations ne manquent plus, dorénavant. L’essentiel est de se lancer dans le cursus le plus approprié à l’instant « T » c’est-à-dire à la sortie du bac.

Dans le cas d’élèves qui n’ont pas d’idées ou qui hésitent sur des sujets variés, la première étape est d’aider l’enfant à se connaître. Un projet d’orientation fait souvent écho à une question identitaire : valeurs, histoire familiale, vécu personnel… Il s’agit donc là d’être un guide, qui viendra en appui à l’enfant et non faire à sa place.

Le questionnaire d’intérêt proposé en seconde aux élèves du Lycée peut être une base de discussion entre parents et enfants, en amont de la rencontre avec les conseillères d’orientation habituées à la diversité des profils des élèves.

En guise de conclusion, en tant que parent, il est tout à fait normal de s’inquiéter de l’avenir de son enfant (va-t-il se plaire dans ses études ? Que va valoir son diplôme sur le marché du travail ? Va-t-il trouver un emploi facilement, en particulier dans un contexte de hausse du chômage sur fond de crise économique et révolution numérique ?). Mais ce stress ne doit pas se transposer sur l’adolescent confronté lui-même à de nombreuses questions et incertitudes. Il convient en effet de trouver un équilibre entre vouloir trop aider (dire « comment puis-je t’aider ? » plutôt que « je vais t’aider ») et regarder de manière totalement distante la direction que prend son enfant car même s’il semble réticent ou désintéressé, il compte sur vous.

Si la perte de contrôle sur ce que va devenir son enfant, qui passe de la phase adolescente à la phase de jeune adulte, peut entraîner un sentiment d’impuissance, elle est avant tout le signe d’une nouvelle étape. C’est un challenge intéressant pour les parents que d’aider son enfant à s’orienter. C’est une façon de le redécouvrir et de l’accompagner sur son chemin de jeune adulte et d’autonomie. C’est profiter de moments importants de partage avant son départ vers les études supérieures. C’est l’aider à déployer ses ailes en confiance pour lui donner les ressources utiles toute sa vie car l’orientation ne s’arrête pas aux années lycée. Elle se fait maintenant tout au long de sa vie (cf. document de l’OCDE – OCDE, 2004).

 

Où se renseigner ?

De multiples moyens sont mis à disposition pour accompagner les élèves dans leur réflexion.

Au niveau du lycée, le C.I.O est le lieu incontournable pour bénéficier d’informations fiables et gratuites telles que les brochures d’établissements, les revues étudiantes (L’Etudiant, Phosphore), les guides thématiques de l’Onisep, mais également les abonnements en ligne comme Onisep-services, Actuel CIDJ, ou Eclips pour des ressources en anglais.

Hormis ces outils, il est souhaitable de participer aux salons/forums (salons Ucas généralistes et spécialisés, salon de l’Étudiant à Paris et en province, USA College Day), journées portes ouvertes des établissements d’enseignement supérieur, taster courses/master classes pour échanger avec des enseignants et étudiants de l’école ou université visée. Ces expériences permettent à l’adolescent de rendre concret le passage dans la vie post-bac et de se projeter. Sans compter les nombreux podcasts et sites de témoignages des étudiants comme Campus Channel.

Ainsi, le Forum des études supérieures du Lycée français Charles de Gaulle organisé conjointement par le C.I.O et l’APL (association des parents d’élèves) et qui se déroule depuis plusieurs années le premier week-end de décembre permet aux élèves de la seconde à la Terminale de rentrer de plain-pied dans l’univers des études supérieures. C’est pour eux l’occasion d’aller à la rencontre d’une centaine de représentants d’établissements, venus de nombreux pays (France, Royaume-Uni, Etats-Unis, Canada, Italie, Espagne, Suisse). C’est au travers de stands et conférences thématiques que chacun obtient des informations complémentaires et évalue la correspondance entre son profil, l’identité de l’école, les programmes proposés. La veille du Forum a lieu également une conférence sur les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) qui fait chaque année salle comble, grâce aux Proviseurs des plus grands lycées qui nous font l’honneur de venir présenter la spécificité de ce cursus qui n’existe nulle part ailleurs.

Certains enseignants du Lycée et l’association des Anciens organisent également des rencontres entre anciens bacheliers et élèves actuellement en Première ou Terminale. L’occasion pour nos élèves de se projeter dans la vie d’étudiant ou même dans la vie professionnelle.

Et si toutefois l’information faisait encore défaut, le C.I.O vient de publier l’annuaire des bacheliers 2018, dans lequel il est possible de retrouver les coordonnées des élèves ayant communiqué leur destination post-bac. De Cambridge à Oxford en passant par les universités d’Exeter, Bath, Warwick, UCL, King’s College, L.S.E, Imperial College, les contacts des anciens Terminales ne manquent pas du côté britannique. Sans oublier les établissements français tels que Sciences-Po, les grandes prépas parisiennes et universités (Assas, Panthéon Sorbonne, Descartes, Dauphine…). Mais nos élèves ne s’arrêtent pas non plus aux frontières de la France et du Royaume-Uni, ils rejoignent également des établissements prestigieux en Europe (Bocconi, IE Madrid, EHL), au Canada (McGill…), aux USA (Columbia, NYU…).

Cet annuaire est consultable au C.I.O mais les données anonymes se trouvent également sur le site du Lycée : http://www.lyceefrancais.org.uk/services/cio/france/bacheliers.

L’AEFE développe par ailleurs une plateforme qui met en relation tous les élèves du réseau, au travers de vidéos témoignage et d’un forum de discussion sur les études supérieures. Plus d’informations sur https://agora-aefe.fr/.

Le C.I.O se tient à disposition des parents pour toute question sur l’avenir de leurs enfants, au travers d’un rendez-vous individuel. Pour prendre rendez-vous, merci de consulter la page d’accueil du C.I.O http://www.lyceefrancais.org.uk/services/cio/presentation, sur laquelle vous trouverez les coordonnées des conseillères ainsi que les systèmes éducatifs dans lesquels elles sont spécialisées.

Elodie Fidélis, Joanna FitzGerald, Cécile Masek
Conseillères d’orientation au Lycée français Charles de Gaulle

 

Sources et sites utiles :

Campus Channel : https://www.youtube.com/channel/UC_yChEX0n_Xfn8TJXDu1ftg

Cannard, C. (2017). Mooc disponible sur https://www.fun-mooc.fr/courses/course-v1:grenoblealpes+92009+session02/about

Kit parent : Aider mon enfant à s’orienter après le bac. http://www.onisep.fr/Parents/Comprendre-l-Ecole/Kit-Parents-aider-mon-enfant-a-s-orienter-apres-le-bac

Marmara.P, Over de Linden J.(2008) Orientation : aidons les jeunes à construire leur avenir. Les Editions Diateino.

OCDE : http://www.oecd.org/fr/education/innovation-education/34050180.pdf

Ucas Advice for parents and guardians : https://www.ucas.com/undergraduate/applying-university/ucas-undergraduate-advice-parents-and-guardians