| Agnès Anquetin-Dias | Mars 2020 |

 

Crédit photo : IMG

 

l’archéologue britannique Howard Carter

C’est à la détermination et à la ténacité de l’archéologue britannique Howard Carter que l’on doit la découverte faite en 1922 de la tombe de Toutankhamon. Celle-ci relève de l’aventure et du romanesque.

Lord Carnavon et Howard Carter travaillaient depuis longtemps ensemble mais le peu de résultats décida le mécène à cesser le financement des fouilles menées par Carter dans la Vallée des Rois. C’est dans son château, Highclere Castle (qui depuis a servi de cadre à une vraie fiction, Dowtown Abbey) que l’aristocrate annonça à l’archéologue la fin de leur association. Mais Carter réussit à le convaincre de le soutenir encore une dernière fois dans ses recherches. Lors de ce qui devait être l’ultime saison de fouille, l’archéologue eut l’intuition qu’il fallait creuser sous les cabanes qui avaient servi d’abri aux ouvriers des sépultures de Ramsès V et de Ramsès VI. Il trouva finalement le pharaon qu’il recherchait depuis des lustres et qu’il allait rendre célèbre, sa tombe étant la seule à être restée intacte parmi toutes celles des souverains enterrés dans la Vallée des Rois !

 

Toutankhamon

La KV 62, c’est à dire la 62ème tombe découverte dans la Vallée des Rois (KV signifiant King Valley) se révéla  être une véritable caverne d’Ali Baba recelant plus de 5000 objets magnifiques ! Elle avait été oubliée des voleurs grâce au bannissement dont Toutankhamon fut l’objet après sa mort.

Toutankhamon était le fils d’Amenhotep IV, l’énigmatique pharaon qui avait choisi de s’appeler Akhenaton pour signifier qu’il réservait son adoration à un seul dieu, le disque solaire Aton. Il n’avait pas craint de s’opposer aux clergés des autres dieux et en particulier au plus puissant d’entre eux, celui d’Amon.

Le culte d’Amon avait beau avoir déjà été rétabli sous son règne, le jeune Toutankhamon fut victime de l’interdit jeté plus tard sur tout ce qui était lié à la mémoire du pharaon hérétique et son nom fut  retiré des annales officielles.

Toutankhamon,  complètement oublié même par les pilleurs de tombe et ramené sous les feux des projecteurs par Carter, fait  aujourd’hui sa tournée mondiale !

Après Los Angeles et Paris, King Tut comme l’appellent les américains,   irradie de sa présence la Galerie Saatchi de Londres.

 

Deux statues sentinelles à l’effigie du roi

Si la momie du roi est restée dans sa sépulture, et son précieux masque en or au musée du Caire, 150 objets ont été soigneusement sélectionnés pour l’exposition itinérante. 60 d’entre eux sortent pour la première fois d’Égypte. C’est le cas d’une des deux statues sentinelles à l’effigie du roi. Chacune de ces deux statues en bois couvert de bitume noir, couleur de la terre du pays du Nil, et dont les vêtements sont couverts de feuilles d’or, représente mystérieusement tout à la fois le roi et celui qui assure sa protection. La statue, qui a fait le voyage jusqu’à nous, est précisément celle qui fit la couverture du Times quand le journal dévoilait les premières photos du tombeau du pharaon.

 

La mort de Lord Carnavon

Jusqu’en 1922, date à laquelle la Grande-Bretagne reconnut l’indépendance théorique du pays, les fouilleurs profitaient d’une partie du butin des concessions qui leur étaient délivrées. La découverte de la tombe de Toutankhamon eut lieu juste après que le service des Antiquités en Égypte ait exigé que le contenu d’une tombe trouvée intacte soit remis dans sa totalité au gouvernement égyptien.

Pour récupérer une partie de l’argent qu’il avait investi dans les fouilles, Lord Carnavon donna l’exclusivité du reportage au Times.

Faute de disposer de vraies nouvelles archéologiques, les journalistes évincés présentèrent la mort de Carnavon, en 1923, des suites d’une piqure de moustique, comme une juste vengeance du pharaon. Ils trouvèrent ensuite d’autres morts soi-disant victimes de sa malédiction, celle-ci faisant preuve d’une très grande sélectivité en regard du grand nombre des visiteurs du tombeau ! Quant à Carter qui avait plutôt maltraité la momie du roi pour pouvoir extirper le fameux masque d’or, il est mort beaucoup plus tard, en 1939. Il est enterré au cimetière de Putney Vale où tout égyptologue de passage à Londres peut lui rendre hommage pour avoir sauvé la mémoire du jeune pharaon mort avant d’avoir atteint ses 20 ans, au XIVème siècle avant notre ère.

 

Les bénéfices de l’exposition seront reversés à un musée égyptien

Les bénéfices financiers des entrées de l’exposition itinérante sont destinés au nouveau musée qui est en train d’émerger dans la banlieue de la capitale égyptienne, en contrebas des pyramides de Gizeh. Celui-ci aura enfin l’espace pour présenter tout le trésor de Toutankhamon dont une grande partie était jusqu’ici confinée dans les réserves du musée du Caire.

Il serait bien que le nouveau Grand Musée Égyptien puisse ouvrir en 2022, date du centenaire de la découverte du tombeau de Toutankhamon mais aussi du bicentenaire de la révélation faite par Champollion de l’alphabet des hiéroglyphes qui est l’acte de naissance de l’égyptologie…

 

Agnès Anquetin-Dias
Agnes.anquetin@me.com

 

Tutankhamun: Treasures of the Golden Pharaoh

jusqu’au 3 Mai 2020

Saatchi Gallery
Duke of York’s HQ, King’s Road, SW3 4RY

For tickets, visit www.tutankhamun-london.com

 

Deux conférences sur Toutankhamon seront présentées par l’historienne de l’art Agnès Anquetin-Dias :

 

à More House, 53 Cromwell Road, SW7 2EH (South Kensington).