| Vahiria Verdet-Janbon | Novembre 2019 |

 

 

Comment partir à la découverte de soi-même à travers les medium artistiques, pour mieux se comprendre et s’accepter tel que l’on est. Outil privilégié pour les enfants et les adolescents, c’est un outil de connaissance de soi qui peut être aussi intéressant pour les adultes.

 

Qu’est-ce que l’art-thérapie?

L’art-thérapie est une forme spécifique de psychothérapie qui utilise différents types d’arts manuels comme moyen d’expression. Les outils créatifs les plus utilisés sont : le dessin, la peinture, les collages, l’argile, le bac à sable sec et mouillé avec des figurines, des marionnettes et des peluches, des histoires, des instruments de musique, et quelques jeux de société créatifs et sensoriels.

 

Les différentes créations artistiques ainsi que les jeux effectués avec le thérapeute vont permettre à l’enfant et à l’adolescent (ou à l’adulte) d’accéder à leur monde intérieur. Le dialogue avec le thérapeute va ensuite contribuer à la compréhension et à l’intégration de ces différentes représentations. L’idée n’est pas de les analyser, contrairement à ce qui a pu être pratiqué à l’époque de Freud (par exemple, le dessin d’une maison en forme de tour pouvait être analysé de manière phallique), mais de dialoguer et d’explorer ensemble leur signification, dans un environnement sécurisant et sans jugement.

 

Petit à petit, le patient acquiert une meilleure compréhension de lui-même, de ceux qui l’entourent, de ses émotions, de ses réactions, des différentes dynamiques relationnelles, de ses difficultés, et peut alors développer de nouveaux moyens d’y répondre.

 

Parfois extrêmement révélatrice, l’expression artistique va permettre d’exprimer des parties inconscientes, réprimées ou oubliées de son monde intérieur. Et c’est là tout l’intérêt et le grand avantage de l’art-thérapie : les images ou les créations qui se mettent en place progressivement n’utilisent pas le langage, moyen d’expression plus contrôlé et réfléchi, et sont donc plus directement liées à la partie émotionnelle du cerveau. L’art-thérapie permet ainsi d’accéder à des souvenirs préverbaux qui ne seraient pas accessibles à travers la parole.

 

Comment ça marche?

L’art-thérapie peut être utilisée de multiples façons, offrant la possibilité d’exprimer tout un ensemble de ressentis, tels que les tensions, frustrations, peurs, confusions, colères, etc.

 

Tout d’abord, la représentation visuelle va permettre de mieux comprendre et d’accepter ses émotions.

 

La peur, ça ressemble à quoi ? “ C’est comme un grand dragon qui crie sur moi et je dois me cacher”, ou bien “C’est une multitude de cahiers, de formules mathématiques et d’accents qui tournent autour de moi”, ou encore “Moi, je n’ai jamais peur !”.

 

Quand je suis triste ? “C’est comme une poubelle qui m’engloutit”, ou bien encore “ Je suis seul dans un coin de la cour et tous les autres enfants jouent de l’autre coté”, ou encore “Quand maman est en train de nourrir mon petit frère”.

 

La colère est souvent associée à des images d’explosions, de feu ou de douleurs, ainsi qu’à de nombreux messages culpabilisants tels que: “C’est quand je suis méchant!”

À partir de là, le travail thérapeutique vise à aider le patient à bien comprendre ses émotions, qui sont toutes acceptables, et à les distinguer de ses réactions, qui ne sont pas toujours appropriées, et qui ont besoin d’aide. Tout en respectant la confidentialité des échanges au sein de la relation thérapeutique, c’est souvent un travail qui se conduit en collaboration avec les parents. En effet, en tant que parents, nous avons souvent le souci bienveillant de protéger nos enfants de leurs émotions douloureuses, ce qui a souvent pour effet négatif de nier ces émotions. Rassurer: “Ce n’est pas grave, ne t’inquiète pas”, n’aide pas l’enfant à comprendre et à intégrer ce qu’il ressent (au contraire de la curiosité et de l’acceptation).

 

Parallèlement à cette compréhension des émotions et donc à une meilleure intégration de l’émotionnel et du cognitif, c’est tout un ensemble de symptômes qui peuvent être exprimés et travaillés à travers l’art-thérapie. Citons notamment les problèmes psychosomatiques (avec des représentations visuelles des douleurs), les difficultés relationnelles (à l’école, au sein de la famille, ou parmi les diagnostiques autistiques/Asperger ou de précocité), les problèmes d’estime de soi, de stress, de harcèlement, de sommeil.

 

Est-ce que l’art-thérapie peut vraiment s’adresser aux adolescents?

 

L’art-thérapie est souvent perçue comme un outil qui va s’adresser surtout aux jeunes enfants. C’est vrai que le jeu est le mode d’expression naturel des enfants, ce qui rend l’art-thérapie particulièrement douce et adaptée pour eux. Par la suite, l’adolescent sera souvent éloigné des arts manuels par l’éducation française (et les jeux-vidéos !), et se lancera rarement dans une peinture dès son arrivée. Il aura plutôt tendance à exprimer sa crainte d’être critiqué par rapport à ses facultés artistiques : “Je ne sais pas dessiner”.

 

Heureusement, l’art-thérapie n’est absolument pas un exercice artistique, et encore moins une réalisation pour laquelle il va être évalué. Une fois ces éléments intégrés, l’art-thérapie va constituer un outil efficace pour les adolescents qui ont justement peur d’être jugés et sont souvent très réticents à raconter leur vie.

 

En effet, l’adolescent fait face à de forts changements neuronaux qui vont le conduire à se développer en tant qu’individu à part entière, le long d’un chemin plus ou moins escarpé. Pour cela, un échange sans jugement et bienveillant, sans évaluation, sans compétition, va lui être d’une grande aide. Dans cet espace de confiance, l’adolescent va pouvoir intégrer ses peurs, ses contradictions, ses questionnements, ses expériences afin de construire sa propre personnalité, avec ses besoins et ses limites, ses forces et ses faiblesses.

 

Un jour, une adolescente très en colère, peu loquace, en révolte contre sa famille et son environnement éducatif, dessine un énorme feu, entouré de multiples explosions rouges et noires pour symboliser son ressenti. Sous le feu, apparait une petite tache bleue qui a été dessinée sans intention particulière. Le dialogue autour de ce dessin permettra à l’adolescente de faire ressortir cette tristesse (la tache bleue) qu’elle avait enfouie (mécanisme fréquent de protection chez les adolescents) et de comprendre la douleur qui était sous-jacente à toute cette colère.

 

Est-ce qu’on ne pourrait pas aussi aider nos enfants à mieux se connaitre et comprendre les autres à travers les jeux et les activités artistiques pratiqués à la maison?

 

Les jeux, les représentations visuelles, les métaphores jouent un grand rôle dans le développement de l’enfant. Ils participent à la construction de la confiance en soi et à la compréhension des relations sociales. Ils sont aussi utilisés à des fins spécifiques, telles que :

  • prendre le contrôle de certaines situations désagréables. Par exemple, à travers des jeux imaginaires, l’enfant s’identifiera au héro qui contrôle son environnement, ou qui n’a pas peur du noir ;
  • développer sa capacité à résoudre des problèmes. Ainsi, à l’aide de figurines, d’histoires, ou autres, l’enfant s’exerce à résoudre certaines situations, comme le partage des jouets, la difficulté d’obéir à ses parents, la compétition à l’école ;
  • comprendre les émotions des autres, en prenant la place d’autres personnes dans des jeux de rôles, par exemple.

 

La réponse est oui, et encore oui. Prenons le temps de jouer avec nos enfants, juste pour s’amuser avec eux, en laissant libre cours à leur imagination, sans instructions ni jugements, pour les laisser expérimenter, prendre leur responsabilité, et qu’ils transforment l’adversité en opportunité.

 

 

Vahiria Verdet-Janbon
Psychothérapeute pour enfants et adolescents
www.psychotherapie-mindfulness-londres.com
www.mon-coaching-peppsy.com