| Alan Caugant | Février 2021 |

 

Véritable mal du siècle, le burn-out est un fléau qui peut toucher tout le monde. Le burn-out est un surmenage qui se traduit par un profond sentiment d’épuisement. Loin d’être une maladie mentale, ou imaginaire, le burn-out est un déséquilibre qui peut trouver sa cause dans le travail, au niveau familial et personnel pour exemples. De par mon expérience personnelle, nous nous focaliserons dans cet article sur l’aspect du burn-out au travail.

Quelles sont les causes et circonstances du burn-out ? Comment le définir et le prévenir ? Le burn-out peut-il être traité ?

 

Burn-out

Alan Caugant. Crédit photo : Alan Caugant

 

Un environnement propice au burn-out 

Notre Société accorde au travail une importance de plus en plus considérable. Il constitue le socle de l’identité, promesse d’accomplissement et de réalisation de soi.

Pourtant aujourd’hui, dans cette période post-Covid, les employés sont fatigués d’en faire toujours plus et d’aller au-delà de leurs limites pour une organisation qui ne le leur rend pas. Leur métier intéressant et à responsabilités ne les protège plus du doute qui les a envahis sur la question du sens donné à ce dévouement, et de l’incertitude du lendemain dans un contexte économique caractérisé par des changements continus et une complexité grandissante.

Ces employés dont l’imaginaire professionnel se caractérise par la passion, la performance et la conquête, ont été formés au culte de l’excellence dans leur éducation (forgeant leurs valeurs personnelles), à la valeur ajoutée toujours recherchée, aux objectifs de productivité, rentabilité et efficacité, à la politique d’entreprise déclinée en objectifs et stratégie.

Chacun réagit en effet à sa façon. Certaines personnes parviennent à résister au stress chronique des situations professionnelles et à échapper – ou à différer – le burn-out, d’autres ont plus de mal, confrontés au déni de la réalité :

  • « le burn-out, ça n’arrive qu’aux autres, aux personnes fragiles ou faibles mentalement ». Et non, il fait des dégâts du chef d’entreprise à la personne sans emploi.
  • « je pense être assez fort pour détecter les premiers signes de burn-out  et si cela devait arriver ». Sauf que l’opiniâtreté conduit souvent au déni qui masque le mal-être latent.
  • « le burn-out touche avant tout les personnes avec de grosses responsabilités ».     Tout faux, cet épuisement professionnel n’a pas de limite, petite ou grosse équipe, indépendant ou grosse entreprise, avec ou sans heures supplémentaires. Cela peut dépendre du climat ambiant et d’un décalage trop important avec vos aspirations.
  • « je suis passionné par mon travail donc pas de risque pour moi ». Et pourtant, on peut être passionné par son métier et subir un changement de stratégie qui fait perdre le sens.

Nos caractéristiques individuelles agissent bien évidemment sur nos capacités à faire face aux exigences professionnelles en termes de ressources que nous tentons de mobiliser.

 

Quels signes / symptômes à prendre au sérieux ?

« Toute structure qui ne suit pas sa raison d’être s’autodétruit » Loi de l’Univers selon Esculape, philosophe grecque.

Et si en tant qu’être humain, lorsque nous ne suivons pas notre raison d’être, notre autodestruction arrivait sous forme de symptômes ?

La raison d’être d’une personne est la raison pour laquelle elle existe. Et plus nous nous éloignons de notre raison « d’être », moins nous avons de raison de continuer « à être ». De ce point de vue, trouver sa voie et sa raison d’être peut devenir une question de vie ou de mort ! Ce propos peut paraître exagéré, je le conçois.

Si nous vivons à contrecœur, par contrainte ou par obligation, cela engendre mélancolie, tristesse, dépression : une « petite mort » tranquille !

Si vous mettez en route les projets qui vous donnent envie de vivre, de vous battre, de vous dépasser ; ces « moteurs de vie » sont vos raisons d’être.

Souvent masquées par le déni, les manifestations du burn-out  apparaissent progressivement, insidieusement et, même si leur intensité varie avec le temps, les symptômes sont en général tous présents dès le départ, pour nous signaler que nous ne suivons pas notre voie, indiquant que notre temps s’écoule vers la mauvaise direction.

 

Les symptômes peuvent apparaître :

  • de manières émotionnelles

«Je me sens épuisée »
«Mes pensées tournent en boucle »
«Tout me stress et m’angoisse »

Fatigue psychique et émotionnelle, anxiété, stress, angoisses, hypersensibilité, irritabilité, absence d’émotions, culpabilité, tensions psychiques et musculaires, troubles de l’adaptation, ruminations, perte de l’humour, interprétations négatives des événements, idées suicidaires.

  •   de manières cognitives

«Ma mémoire me lâche »
«Je n’arrive plus à me concentrer, à m’organiser, même faire un planning est une épreuve »
« L’atteinte de mes objectifs professionnels commence à être compliquée »

Troubles de la mémoire, de l’attention, de la concentration, de la compréhension, de l’organisation, de la planification et de synthèse, difficultés de prise de décision et d’atteinte des objectifs, fatigabilité.

  • de manières comportementales et / ou interpersonnelles

«J’ai du mal à gérer mes émotions »

«J’ai la sensation de m’éteindre »
«Je ne prends plus de plaisir à rien »

Impatience, repli sur soi, perte d’envie et de plaisir, réactions phobiques en lien avec le travail, dépersonnalisation, dissociation, diminution de l’empathie, impulsivité, hostilité à l’égard d’autrui, comportements addictifs.

  •  de manières motivationnelles

«Je ne suis plus bon dans mon travail »
«Je vais finir par perdre mon emploi »
«Je ne comprends pas ce qu’il m’arrive »

Perte d’entrain, baisse ou absence de motivation, désengagement progressif, doutes quant aux compétences professionnelles, dévalorisation.

  • de manières physiques non spécifiques

«Je suis épuisé »

« Mes ruminations nocturnes m’empêchent de dormir »
«Parfois j’ai mal au dos puis au ventre, j’ai mal un peu partout en fait »

Douleurs diffuses, symptômes variés, fatigue particulière (que le sommeil ne répare pas), maux de tête, vertiges, troubles gastro-intestinaux, troubles alimentaires, troubles du sommeil.

 

L’enjeu est clair : si nous ne réagissons pas aux symptômes c’est la souffrance à coup sûr.

Ces symptômes que notre corps nous envoie, c’est un peu, si on utilise le contexte des mouvements sociaux actuels en France : la « grève » de votre corps qui souhaiterait renégocier de meilleures conditions de vie.

Parfois, nous pouvons avoir la peur d’agir, du changement, cette crainte de perdre ce qui est connu et d’une certaine manière confortable. Alors qu’en fait, le changement reste un processus sain et juste.

Alors quand vous vivez à contrecœur, votre corps commence par vous envoyer des messages de préavis ; avant d’entamer un mouvement de grève ; exprimant qu’il ne souhaite pas continuer à travailler sans renégocier son salaire. « Toute peine mérite salaire ! »

Et le salaire de la vie, c’est le plaisir de la vivre, de faire ce que l’on aime (notre ikigaï,  l’équivalent japonais de la « joie de vivre » et de la « raison d’être ») afin d’obtenir une satisfaction (notre rémunération en quelque sorte).

Si votre rémunération est satisfaisante, alors tout va bien ; en revanche, si cette dernière n’est pas à la hauteur de votre effort, vous ne voulez plus fonctionner ainsi. Il y a tension, manque d’énergie et d’engagement, baisse de production, grève, arrêt de travail, puis destruction de l’outil de production : le corps.

L’aggravation des symptômes, c’est le durcissement de la grève ; sans obligatoirement allez jusqu’à la fatalité ; une sorte de renégociation des conditions de vie pour obtenir un contrat de vie « satisfaisant » et suffisamment « acceptables » pour reprendre le travail.

 

S’en sortir

Tout événement difficile qui se présente sur notre route est là pour nous montrer que notre mode de fonctionnement ne nous convient pas (ou plus). Le but est de nous faire grandir. Un message se cache derrière ce burn-out, une épreuve à décrypter pour avancer. Certes, vous n’avez rien vu venir ! Et là, épuisé, il vous faut tout reconstruire.

Le burn-out se soigne, heureusement ! En effet, le travail psychologique prend du temps. Le temps de comprendre pourquoi vous en êtes arrivé là, pourquoi votre travail prend une place si importante chez vous (manque à combler, besoin d’estime, de reconnaissance ou tout autre chose) et ensuite, une fois que vous irez mieux, comment gérer l’après, le retour au travail et surtout comment ne plus revivre cela à l’avenir.

Ne l’oubliez pas, les candidats idéaux à cette maladie sont les perfectionnistes, les personnes qui prennent les choses à coeur, même parfois, trop à cœur ! Que de qualités qui devraient finalement vous servir et non vous plonger dans cet état de mal-être.

 

Pour éviter que la situation n’empire, pouvant alors avoir des effets désastreux sur vous, voici trois conseils à appliquer au plus tôt.

  • Burn-out : identifier la cause réelle du problème et mettre des mots sur maux

Pour évacuer et partager votre ressenti, il n’y a pas mieux que le dialogue. Dans un premier temps, parler de son état à un proche peut assurément aider à aller mieux. Il n’empêche qu’un suivi auprès d’un professionnel, est fortement préconisé. Savoir mettre des mots sur vos maux et les exprimer vous permettra de faire un grand pas en avant vers le bien-être.

  • S’éloigner de la cause du burn-out et s’accorder du temps pour soi

Une fois le surmenage détecté, il faut absolument prendre du temps pour vous. Ne culpabilisez pas, vous êtes le maître d’œuvre de votre reconstruction !  Pour cela, il faut être capable de s’éloigner de la cause de vos maux. Dans le cadre du burn-out professionnel, un arrêt de travail est nécessaire pour prendre du recul et en tirer les bénéfices escomptés.

Le burn-out est engendré par une routine pesante stressante. Pour se détacher complètement d’un quotidien compliqué, vos repères doivent absolument changer. Quand votre burn-out s’installe, l’idéal est de casser complètement votre routine, tout comme votre environnement et votre façon de faire. Accordez-vous le temps nécessaire pour prendre du recul par rapport à la situation.

  • Recharger les batteries est essentiel pour sortir indemne d’un burn-out

Votre corps a besoin de se recharger en permanence, et plus notamment en période de burn-out. Quand votre burn-out se manifeste, il n’est pas rare de devoir rester allongé plusieurs jours. Peu importe, s’il faut en passer par là pour aller de l’avant, écoutez votre corps. Trouvez le temps nécessaire pour recharger vos batteries. Et quand vous commencez à aller mieux, reprenez petit à petit le cours de votre vie. Il est donc important d’accorder une large place au sommeil et au repos pour vous sentir bien.

Accordez-vous le temps d’aller mieux, sollicitez une aide et dîtes-vous, qu’un jour viendra où cette maladie ne sera plus qu’un mauvais souvenir. Tel le phénix, vous pouvez renaître de vos cendres, cette épreuve, oh combien difficile, peut vous rendre plus fort pour affronter la suite de votre vie.

Quand on est à l’écoute de son corps, on vit son quotidien en fonction de ses besoins. On ne se dévalorise plus et on fait le nécessaire pour combler le sentiment de vide intérieur qui nous tire vers le bas. Apprenez à transformer les contraintes, et retrouvez un regard positif sur votre existence pour ne pas avancer à reculons et pouvoir tout simplement vous épanouir.

Votre deuxième vie commence le jour où vous réalisez que vous n’en avez qu’une !

 

Alan Caugant