| Hélène Guild | Juin 2021 |

 

Quand on est britannique, être jardinier est une deuxième nature. Fleurir est bien plus qu’un hobby : c’est un art, un métier, une carrière. Cultivons notre jardin et suivons pas à pas ces anglaises qui changent le paysage.

 

jardin anglais au féminin

Le Seend Garden de Maud Peters est ouvert au public le 3 juillet 2021 dans le cadre du National Garden Scheme. Crédit Photo : Maud Peters @maud_seendgarden

 

Métier des 4 saisons

La palette de cette profession est très large : architecte, paysagiste, botaniste, conservatrice des jardins historiques, horticultrice, productrice de semences, sylvicultrice, pépiniériste, fleuriste ou même « jardiniste » et scénariste.

Les compétences à avoir sont nombreuses : connaissance botanique, expérience pratique, sens du design, imagination d’artiste, connaissance géologique, formation théorique et pratique, sens des couleurs associé aux saisons et résistance physique aux aléas climatiques.

Les jardiniers paysagistes ont par définition une culture pluridisciplinaire. Il faut savoir manier des échelles de territoire variées et prendre en compte des temporalités complexes parmi lesquelles on peut citer la croissance des végétaux, le cycle des saisons, les rythmes sociaux et les données écologiques etc. La pratique des paysagistes s’étend maintenant à l’aménagement des espaces publics et au projet de territoire. Il faut savoir répondre à une thématique et lui donner une traduction et une émotion esthétique.

Les femmes designers ont longtemps dû batailler pour s’imposer dans un monde majoritairement masculin surtout pour les aménagements extérieurs (hard landscaping). Cantonnées à un domaine précis ou contraintes de travailler derrière l’ombre d’un homme, elles enrichissent officiellement l’évolution du paysage britannique avec une connaissance approfondie des plantes (soft landscaping).

 

Les pionnières

C’est en lisant les biographies des grandes botanistes de renommée internationale que j’ai compris l’importance considérable des femmes dans la culture du jardin. Aujourd’hui, elles sont toujours une référence pour les horticulteurs et paysagistes.

Les pionnières des 18 et 19eme siècles étaient souvent botanistes (Elizabeth Blackwell dans les années 1730) et parfois de grandes exploratrices à la recherche de plantes rares comme Marianne North (1830-1890) ou Gertrude Jekyll (1843 – 1932).

Se moquant des conventions de l’ère victorienne, ces femmes étaient passionnées, indépendantes et aussi compétentes que leurs rivaux masculins. Ainsi, Marianne North (biologiste et botaniste) est partie autour du monde, à la recherche de plantes rares pendant 14 ans, en partageant ses découvertes d’égal à égal avec le directeur de Kew ou son ami Darwin. Ces femmes intrépides ont donc servi d’exemple à la génération suivante. À l’aube du 20ème siècle, à Kew Gardens, les « femmes jardiniers » recevaient le même salaire que les hommes. Aujourd’hui, on se souvient de Kitty Lloyd Jones, première femme qui passa son diplôme d’horticulture à Reading en 1925.

À la même époque, nous découvrons Vita Sackville-West, poète et écrivain qui fait avec son mari l’acquisition de Sissinghurst. Vita y fait éclater au grand jour son talent de jardinier et de botaniste. Ses collections de roses sont légendaires. Jardin classé et de renommée internationale, Sissinghurst appartient aujourd’hui au National Trust. À visiter absolument !

Autre grande lady, Beth Chatto (OBE) devient une référence incontestée de la profession. A 94 ans, elle vient de laisser ses archives précieuses pour les générations futures avec A Life with Plants. On saisit dans cet ouvrage son approche visionnaire et révolutionnaire du jardin sec. Au tournant du 21ème siècle,  avec The Dry Garden, elle adapte le monde horticole au réchauffement climatique. Elle triomphe avec élégance de son combat dans un monde encore majoritairement masculin en faisant partie du cercle étroit des grands paysagistes britanniques.

 

Le tremplin du Chelsea Flower Show

Raison de force majeure, le show le plus attendu de l’année aura finalement lieu du 21 au 26 septembre 2021.

Sue Biggs (Directrice Générale de la RHS) annonce que c’est la première fois en 108 ans d’histoire qu’il se déroulera à l’automne au Royal Hospital de Chelsea. Cette Society est composée à 70% de femmes.

Les premiers prix reviennent plutôt aux hommes qui sont plus nombreux mais depuis 20 ans, la tendance est à la hausse pour les femmes. Ainsi, chaque année, sur 225 candidats, 60 paysagistes femmes participent à ce concours du plus haut niveau. Pour les professionnels, il s’agit d’un véritable marathon aussi bien pour dévoiler un design époustouflant que pour le financement d’un show garden  sur Main Avenue qui coûte la modique somme de £300 000. Après Chelsea, la cueillette des contrats commence.

Avec 17 médailles, dont la Best in Show, Sarah Eberle n’a plus rien à prouver. Elle se donne un nouveau défi avec le Breast Cancer Haven, un show garden thérapeutique remarqué pour sa simplicité. Mary Reynolds, designer irlandaise remporte la médaille d’or avec son sanctuaire celte Tearmann si. Mary s’inspire de la nature à l’état sauvage et de la mythologie celte. Elle s’intéresse en particulier à la connexion entre humains et reçoit ensuite une commande de Kew pour un jardin sur le thème d’un poème de Keats.  Les choses s’enchaînent pour les stars du plus beau flower show du monde. Ainsi, Jinny Blom ou encore Sarah Price sont multimédaillées de Chelsea. Sarah est ensuite récompensée pour son  woodland garden du Maggie’s Centre de l’hôpital de Southampton et celui du critical care centre de King’s College Hospital qu’elle dessine avec Nigel Dunnett.

 

Ladies de la nouvelle vague

Il n’y a pas que Chelsea et tout le monde ne s’appelle pas Kathryn Gustafson auteur du Diana Princess of Wales Memorial. Aujourd’hui, c’est la nouvelle vague!

Des femmes paysagistes ou pépiniéristes qui rendent le jardin « cool » pour la jeune génération. Elles communiquent sur Insta, enregistrent des podcasts, publient blogs et tutoriels. C’est la vague des influenceuses comme Ellen Mary qui rend le jardin accessible à toutes les générations. Avec un diplôme de la RHS en poche, une expérience avec un landscape designer et une vraie connaissance des plantes, tout est possible.

Le cv type n’existe pas. Les professionnels sont aussi bien des paysagistes que des littéraires, des artistes ou des scientifiques. Ici, il n’y a pas de règle pour devenir Head Gardener. Ainsi, Nell Jones, alors qu’elle est chasseuse de têtes, apprend le métier au bas de l’échelle comme bénévole au Chelsea Physic Garden. Changement de carrière à 180 degrés et la voilà maintenant Head of Plant Collection. Ceux qui détiennent un diplôme d’architecte paysagiste doivent ensuite passer des années à découvrir les plantes car la botanique n’est pas une priorité au pays de la construction.

Les évènements organisés dans tout le pays par la RHS, le NGS (National Garden Scheme), le Gardens Trust ou encore la Society of Garden Designers permettent à chacun de tenter sa chance. En juin prochain, Maud Peters se lance dans cette aventure en faisant partie des designers sélectionnés par le NGS pour le Wiltshire. Après 7 ans d’études et de dur labeur, son jardin de Seend est le parfait exemple de ces jardins merveilleux qui fleurissent au UK, alliant traditions et touches de modernité (ouvert au public le 3 juillet prochain avec le NGS). Bientôt dans la cour des grands !

 

Hélène Guild

 

à consulter

 

à suivre
  • #maud_seendgarden
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  • #therosepressgarden
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à visiter

à lire
  • Buckland Jim & Wain Sarah, At West Dean: The Creation of an Exemplary Garden
  • White Lion Publishing (2018)
  • Harrison Lorraine, How to Read Gardens: A Crash Course in Garden Appreciation, Bloomsbury Publishing PLC (2010)
  • Compton Tania, The Private Gardens of England, Little Brown Book Group (2015)
  • Sackville-West Vita & Raven Sarah, Vita Sackville-West’s Sissinghurst: The Creation of a Garden, Virago (2014)
  • Horwood Catherine, Gardening Women: Their Stories From 1600 to the Present, Virago (2010)
  • Hobhouse Penelope, The Story of Gardening: A cultural history of famous gardens from around the world, Pavilion Books (2019)
  • Verey Rosemary, Garden Plans, Frances Lincoln Publishers Ltd (1993)
  • Horwood Catherine, Beth Chatto: A life with plants, Pimpernel Press Ltd (2019)

 

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