Retravailler ou continuer à rester à la maison : un choix ambivalent 

 

| Violaine-Patricia Galbert | Mars 2019 |

Amazonian (2018) par Delphine Lebourgeois | 42x30cm | Limited edition of 25 | £250 or £950 for the set of 4 | lebourgeoisdelphine@gmail.com

Retravailler par choix quand on est restée pendant plusieurs années à la maison avec pour mission de s’occuper des enfants et d’entretenir le foyer est une décision difficile à prendre. Être à la fois une bonne épouse, une bonne mère, une bonne maîtresse de maison, une bonne professionnelle relève de l’équation impossible à résoudre car les journées ne font que 24 heures. Aussi pour chaque femme, la décision de continuer à rester à la maison ou de retravailler est intime et souvent douloureuse. C’est normal car il n’y a pas vraiment de solution idéale. Quelle que soit votre décision finale, cette envie de changement est le signe que vous vous interrogez sur vous, sur votre projet de vie. Cela est tout à fait positif d’oser vous remettre en question et de vous poser la question de ce que vous voulez faire de votre vie aujourd’hui.

 

Voici quelques clés pour sortir de l’ambivalence :

 

  1. Faire un bilan de la situation

Il s’agit de faire le point de votre vie passée et présente : où en êtes-vous dans votre parcours de femme ? Qu’avez-vous envie de vivre ? Faites la liste de ce que vous vivez aujourd’hui avec ses avantages et ses inconvénients. Ensuite, écrivez ce que vous aimeriez changer pour être en accord avec ce que vous avez envie de vivre à partir de maintenant. Peut-être serez-vous surprise de constater que ce que vous voulez changer ne passe pas vraiment par la case travail.

Si travailler fait toujours partie de vos objectifs, listez maintenant les avantages et les inconvénients de ce retour au travail. Comparez la situation que vous vivez aujourd’hui et celle que vous avez imaginé en travaillant. Faites le bilan coûts et avantages. Votre envie de retravailler est-elle toujours-là en pôle position de vos désirs ?

Enfin, posez-vous honnêtement la question des vraies raisons qui vous poussent à aller retravailler. S’agit-il de vous épanouir personnellement ou bien de combattre pour retrouver une place respectable au sein de votre famille ? S’agit-il d’un défi, d’une compétition pour montrer que vous n’êtes pas une idiote, que vous êtes capable ? S’agit-il pour vous d’un moyen de rompre l’ennui, la solitude, l’isolement ? S’agit-il de reconquérir votre confiance en vous, votre estime de soi et de lutter contre le manque de reconnaissance et de valorisation pour ce que vous faites à la maison ? S’agit-il de gagner de l’argent pour être plus libre, pour vous montrer que vous ne servez pas à rien, que vous avez de la valeur ? S’agit-il d’un nouveau challenge, de la réalisation d’un rêve laissé de côté ?

Aucune raison n’est bonne ou mauvaise. La seule chose qui importe vraiment pour vous, c’est d’être claire par rapport à votre motivation. En effet, si vous n’êtes pas sûre de vous, de votre désir alors vous laisserez tomber votre objectif de retravailler à la première difficulté venue.

 

  1. Un deuil obligatoire

Arrêtez de vouloir être une femme parfaite qui répond à tous les critères de la vie traditionnelle et moderne. Vous n’êtes pas une Wonder Woman !!! Quelle que soit la décision que vous allez prendre, il y aura un renoncement nécessaire. Choisir, c’est renoncer. Si vous retravaillez, il est évident que vous ne pourrez plus vous occuper aussi bien de vos enfants, de votre époux, et de votre maison. Si vous décidez de rester à la maison, vous allez renoncer aux challenges, à la stimulation intellectuelle, à la valorisation de vos compétences et à l’excitation d’un nouveau départ.

 

  1. Oser prendre le risque de retravailler

Retravailler, c’est prendre un risque car vous savez ce que vous quittez mais vous ne savez pas ce que vous allez trouver. Quelles sont mes capacités physiques et intellectuelles ? Vais-je pouvoir supporter le rythme du travail et du retour à la maison ? Comment cela va t’il se passer avec un patron qui me donne des ordres ? Et mes collègues ? Du connu, vous passez à l’inconnu et surtout vous quittez votre zone de confort, celle de la vie à la maison où vous maîtrisiez toute prise de risque.

Et voilà que vous doutez. Serais-je plus heureuse en travaillant ? Et si je fais tout cela pour me rendre compte que cela ne va toujours pas bien pour moi ? Le prix à payer pour retravailler vous paraît tout à coup exorbitant car vous n’avez aucune certitude quant à votre bonheur futur. Il n’y a aucune garantie : le seul moyen de savoir si vous allez être heureuse en retravaillant, c’est d’essayer.

La culpabilité est aussi là pour vous freiner. Vous êtes une femme indigne qui abandonne son foyer, qui délaisse son mari, qui ne va plus s’occuper de ses enfants, qui va laisser tomber sa maison tout cela parce que vous avez décidé d’aller travailler.

 

  1. Un choix qui vous appartient

Vous faites un choix personnel : une décision pour vous, pour votre équilibre personnel. C’est un choix égoïste, une décision qui va avoir des conséquences sur l’équilibre de la famille car en changeant, vous obligez vos proches à changer.

Au sein du couple et de la famille, l’idée que la femme souhaite se remettre à travailler pose toujours question car certains peuvent ne pas avoir envie de changement. Ne vous étonnez donc pas si, au sein même de votre famille, il y a des avis contradictoires.

La seule chose qui importe c’est votre décision. Restez sourde aux bons conseils des uns et des autres : tout le monde a un avis sur la question. N’écoutez pas ceux qui vous disent que vous n’y arriverez jamais, que vous êtes trop âgée, que vous n’avez jamais travaillé, que le marché de l’emploi est bouché : il y a de la place pour les personnes compétentes et déterminées comme vous. Et puis, faites taire ceux qui vont vous dire que cela n’est pas rentable financièrement car malgré le salaire gagné vous aurez plus de charges (baby-sitter, femme de ménage, augmentation des impôts). Votre bien-être, votre bonheur est plus important que cela et tant pis, si une grosse partie de votre salaire est dépensé pour couvrir des frais supplémentaires.

 

  1. Vous informer

Retravailler est un processus qui commence par s’informer. Faites le bilan de vos compétences, au besoin avec un professionnel. Que savez-vous faire ? Que voulez-vous faire ? À quel emploi pouvez-vous prétendre ? Pour y arriver faut-il une remise à niveau, refaire des études ou entamer un nouveau cursus ?

Intéressez-vous également à l’état du marché du travail. Quels sont les secteurs où il y a le plus d’offres d’emplois. Quel est le salaire proposé pour le poste que vous recherchez ? Un emploi à mi-temps est-il possible ?

Si vous êtes expatriée, n’oubliez pas de vérifier les conditions légales pour travailler : permis de travail, validité de vos diplômes, etc. Si votre visa ne vous permet pas de travailler c’est le moment d’envisager de nouvelles études ou bien de vous investir dans le bénévolat.

S’informer, c’est aussi se renseigner sur la manière dont vous allez pouvoir vous simplifier la vie en déléguant un certain nombre de vos anciennes tâches aux différents membres de la famille ou encore à des structures ou personnes qui peuvent vous venir en aide (crèche, garderie, heures d’études à l’école, cantine, activités sportives, baby-sitter, au pair, femme de ménage, commandes et livraisons sur internet, etc.)

 

  1. Tester votre envie de retravailler

Retravailler est un projet à long terme qui nécessite un temps de réflexion et de maturation nécessaire qu’il faut respecter. Il faut prendre le temps de mettre en place sa nouvelle vie. Aussi soyez patiente et laissez le temps au temps. Ce qui est important, c’est d’atteindre votre but pas le temps que vous allez mettre pour y parvenir.

Souvenez-vous qu’il faut du temps pour remettre la machine en route et que ce chemin n’est pas linéaire, qu’il est jalonné de stop and go voire de retours en arrière. Il y a une phase de transition à respecter pour que petit à petit vous puissiez mettre au point votre organisation familiale et personnelle.

Pour vous remettre dans le bain professionnel, il va falloir que vous appreniez à déléguer et à accepter que les choses ne soient pas aussi bien faites que quand vous les faisiez vous-même. Il va vous falloir aussi apprendre à compter sur les autres en cas de dysfonctionnement de votre organisation : vous ne pourrez pas quitter votre travail pour récupérer vos enfants qui sortent une heure plus tôt de classe.

Aussi si cela vous est possible, commencez à travailler quelques heures par semaine pour tester votre organisation et votre motivation. Une activité bénévole, un stage ou une formation seront de bons tremplins vers une vie de travail. Si vous en avez la possibilité, travaillez ensuite à mi-temps puis à trois-quarts de temps. Puis, si votre organisation tient la route et vous convient, commencez à travailler à plein temps. Ce cheminement peut vous paraître long ou irréalisable mais c’est certainement la manière la plus sereine de recommencer à travailler.

 

  1. Oser vous tromper

Prenez votre temps pour prendre votre décision, acceptez qu’il y ait plusieurs faux départs avant une décision définitive. Assumez vos actions quelle que soit votre décision : ce qui est important est d’avoir fait un choix qui vous satisfasse et ce n’est en aucun cas un échec si vous changez d’avis plusieurs fois. Reprendre un emploi et s’arrêter ensuite, choisir de rester à la maison puis avoir envie de nouveau de travailler c’est normal. Ce qui est important pour vous, c’est d’être allée au bout de vos désirs au moment où vous avez pris votre décision. Rien de pire que d’avoir des regrets parce que vous n’avez pas osé essayer par peur de vous tromper.

Bien souvent rester à la maison ou retravailler est une question de timing. Tant que les enfants sont petits, la balance penche en faveur de rester à la maison. Il y a pour vous un vrai rôle d’éducation et du maintien du bien-être de la famille à remplir. Une fois les enfants plus grands, la possibilité de retravailler est plus facile car ceux-ci sont plus autonomes, demandent moins de présence, ont leurs propres activités. Ainsi, il peut y avoir plusieurs temps dans la vie d’une femme et l’idéal est certainement d’éduquer ses enfants quand ils sont petits et d’ensuite prendre son envol professionnel. C‘est un choix éminemment personnel qui vaut le coup d’être tenté.

 

Quoi qu’il en soit, rappelez-vous que ce qui compte c’est votre bonheur, bonheur qui rejaillit sur vos proches. Passé le temps des grognements et le temps d’adaptation au changement, vous verrez que, si vous retravaillez, le cataclysme familial que vous aviez prévu n’aura pas lieu. Au contraire, vous avez donné à chaque membre de la famille la chance, la capacité, la nécessité de se prendre en charge, de s’autonomiser et quelle belle surprise, quelle satisfaction que de constater que vos proches se débrouillent très bien sans vous.

 

Violaine-Patricia Galbert
vp@galbert-counselling.com
www.galbert-counselling.com
Auteure du livre : “Vivre avec une victime d’attentat, le traumatisme des proches” paru aux Éditions Odile Jacob.