| Sophie Silverwood-Cope |

 

Les confinements imposés pendant la pandémie ont mis en évidence les bienfaits de la nature pour notre bien-être physique et mental. Cette thérapie fait partie d’un mouvement plus large de prescription sociale validé et adopté par le NHS au Royaume-Uni, où l’exercice, les activités sociales, les rénovations d‘intérieurs et d’autres interventions sont utilisés comme traitements efficaces et souvent peu coûteux.

En Occident, acupuncteurs, praticiens de médecine traditionnelle chinoise, ou ceux qui pratiquent les arts martiaux seront familiers avec cette notion de prescription sociale. Elle porte simplement un autre nom. Elle s’appelle yangsheng et elle est prescrite et pratiquée depuis au moins deux mille cinq cents ans.

 

Yangsheng

 

Nature sur ordonnance

Les avantages de la nature pour la santé mentale et le bien-être sont de plus en plus reconnus. Des recherches en 2019 ont révélé qu’une « dose » de deux heures de nature chaque semaine améliorait considérablement la santé et le bien-être.

Le London Wetlands Centre au Royaume-Uni projette d’organiser cet été des cours axés sur la beauté de la faune comme thérapie pour aider les personnes en états dépressifs ou anxieux. Le programme proposera des cours de six semaines co-conçus par le Wildlife and Wetland Trust, la Mental Health Foundation et les participants eux-mêmes. Les activités organisées sur les zones humides du centre incluront l’observation des oiseaux, le trempage des étangs, des promenades dans la nature et des travaux de protection de l’habitat.

 

Le yangsheng

Depuis des milliers d’années, les Chinois ont observé les processus de la vie et les relations entre l’homme et son environnement. À partir de cette observation, l’art de la médecine chinoise a développé un vocabulaire pour décrire une myriade de modèles physiques et physiologiques subtils qui offrent une vision holistique de la santé et de la maladie, et de l’interaction délicate entre ces forces opposées.

Le Huang di Nei jing qui aurait été compilé entre 300 et 100 avant JC, est l’un des textes les plus célèbres de la théorie de la médecine chinoise. Toujours en usage aujourd’hui, il comprend les Questions Simples (Su Wen) et l’Axe Spirituel (Ling Shu) où les principes philosophiques du Dao (la voie) et du Yinyang soutiennent l’idée que notre mode de vie et notre l’environnement affectent notre santé.

Le terme traditionnel yangsheng est composé de deux caractères chinois : yang (prendre soin ou nourrir) et sheng (vie ou vitalité). Il est donc communément traduit par « l’art de nourrir la vie ». Le but du yangsheng n’est pas seulement la santé physique. Il aspire à l’harmonie, à l’intégration parfaite de l’esprit et du corps, à l’équilibre physique et mental, à la sérénité, au détachement des émotions excessives, à la santé et à la mise en forme physique jusque dans la vieillesse, à la sagesse et à une identification sans ego avec le Dao (tout ce qui est, la voie)

Selon le yangsheng, il existe trois façons principales de cultiver la santé et la longévité.

  • Éviter les comportements nuisibles tels que boire excessivement, fumer, manger des aliments de mauvaise qualité et être inactif.
  • Adopter des comportements qui favorisent activement la santé et le bien-être : cultiver des émotions positives, bien manger, faire de l’exercice, dormir suffisamment et régulièrement et passer du temps dans la nature avec ses amis et sa famille.
  • Dans de nombreuses traditions asiatiques, il y a des activités comme la méditation, la respiration lente et profonde, la pratique du Qigong, du tai chi ou du yoga qui « nourrissent la vie » plus délibérément.

 

En harmonie avec le Qi de la nature

Au-delà même de la prescription d’être dans la nature pour prévenir les maladies, la médecine chinoise va plus loin et nous invite à vivre en harmonie avec le Qi de la nature.

À plusieurs reprises dans son histoire moderne et contemporaine, l’Occident a été séduit par l’approche de prévention de la médecine chinoise, par un système médical qui semblait cohérent et présentait des méthodes de diagnostic précises avec sa gamme thérapeutique de fines aiguilles et de plantes qui obtenaient des résultats spectaculaires. Cependant, l’accent mis par les praticiens chinois sur le concept de Qi, sur l’énergie et son équilibre circulant dans tout le corps, a souvent représenté une pierre d’achoppement pour beaucoup d’Occidentaux qui voient au-delà du paradigme de la science matérialiste.

En effet, les termes d‘énergie ou parfois même de courant définissent mal le terme chinois Qi. Elisabeth Rochat de la Vallée, sinologue et acupunctrice française qui étudie et enseigne depuis plus de 50 ans les textes classiques de médecine chinoise, définit le Qi comme « une expression de l’ordre naturel de la vie ». Le Qi, concept fondamental de la philosophie et de la médecine chinoise, est tout et est dans tout. Il est régi par deux principes opposés mais complémentaires, le yin et le yang. Ces deux notions sont utilisées pour décrire toutes les choses et créatures de l’univers et comment elles fonctionnent les unes par rapport aux autres et à l’ensemble.

 

Yin et yang

Yin se traduit littéralement par « le côté ombragé de la« pente » et « Yang » se traduit par « le côté ensoleillé de la pente ». Les qualités du yin sont le froid, repos, calme, obscurité et intériorité tandis que le yang implique la luminosité. Il est associé aux notions de chaleur, stimulation, mouvement et activité. Les deux notions sont interdépendantes et toutes est à la fois yin et yang. Une autre notion importante du principe du yin et du yang est la notion de mouvement. Dans la nature, rien n’est statique, tout change constamment. Qi se déplace du Yin et du Yang et vice-versa. Cette idée nous invite à voir le Qi de la nature comme une expression du mouvement du temps et des changements climatiques et saisonniers.

Les médecins traditionnels chinois voient l’être humain comme un microcosme de la nature. Cette relation macrocosme-microcosme s’exprime dans la manière dont le Qi d’un être humain affecte son corps et son esprit. Comprendre le Qi, ainsi que le yin et le yang est essentiel pour comprendre l’enseignement des anciens textes et comprendre pourquoi observer la nature et vivre en harmonie avec elle est la clé de la bonne santé.

La notion de prescription sociale est très intéressante car elle est validée par la recherche actuelle qui prouve scientifiquement ce que le yangsheng prescrivait il y a deux mille cinq cent ans : être dans la nature, méditer, respirer, avoir une vie sociale sont bénéfiques pour la santé physique et mentale.

Il faut également noter que chercher à vivre en harmonie avec le Qi de la nature a non seulement un impact positif sur la santé de chacun, mais peut-être que c’est un moyen d’atteindre une sagesse physique et mentale au profit de la famille, de sa communauté et même de la société dans son ensemble. Déjà au 7ème siècle, Sun Simiao, docteur de médecine chinoise interprétait la notion de yangsheng comme un moyen de cultiver le Qi en harmonie avec le macrocosme au profit du corps individuel, du corps de la famille, du corps politique et du corps du « cosmos ». C’est un point de vue fortement teinté de Confucianisme. Cependant, c’est un argument qui a sa place dans les discussions actuelles sur les enjeux sociaux et environnementaux auxquels le monde fait face et les débats sur la responsabilité sociale de chacun.

 

Sophie Silverwood-Cope
Acupunctrice 
Août 2021

 

 

 

Références :