| Agnès Anquetin-Dias | Mai 2020 |

 

Léon Spilliaert, Femme au bord de l’eau , 1910

Léon Spilliaert, Femme au bord de l’eau (image tronquée), collection privée, 1910 © Cédric Verhelst

 

Léon Spilliaert (1881-1946) est un artiste belge dont l’œuvre, si elle présente quelque connivence avec le symbolisme, l’expressionnisme ou le surréalisme, est toutefois bien trop originale pour souffrir une quelconque comparaison.

Léon Spilliaert est un artiste autodidacte qui n’a suivi les cours de l’académie de Bruges que pendant quelques mois, préférant travailler de longues heures sur le motif, en cavalier seul.

Edmond Deman, le principal éditeur des symbolistes belges fut le premier à repérer son talent. Il demanda au jeune artiste épris, tout comme lui, de littérature et de poésie, d’illustrer l’œuvre théâtrale et poétique de Maurice Maeterlinck et les poèmes d’Émile Verhaeren.

Spilliaert en conserva l’habitude de dessiner à l’encre de Chine plutôt que de peindre. À l’huile, il préférait l’usage des lavis, aquarelles, crayons de couleur ou pastels.

Ses transparences et dégradés subtils obtenus avec l’encre nous plongent dans l’atmosphère étrange et pénétrante des paysages de l’artiste Ostendais.

Insomniaque, Spilliaert avait l’habitude  de se promener la nuit dans les rues désertes d’Ostende et d’en capturer ensuite des visions nocturnes chargées de mystère.

Spilliaert a souvent représenté les bâtiments qui bordent la digue d’Ostende, comme des masses sombres et impénétrables. L’humidité des quais reflétant les lumières verticales des réverbères de Digue la nuit par exemple, efface tout repère entre terre et mer et fait de l’œuvre, traitée en clair-obscur, quasiment une abstraction.

L’encre de chine que l’artiste utilisait pour créer du flou lui permit à l’opposé, de tracer des lignes bien nettes, des courbes qui séparent les personnages de leur entourage et renforcent leur solitude. Dans ce contexte, l’espace composé pour La Femme au bord de l’eau fait penser à une gravure japonaise.

Les toiles de Léon Spilliaert qui ressemblent à des songes sont aussi dotées d’énergie,  comme en témoigne la jeune fille dans Coup de vent, qui crie pour faire écho à la force du vent qui s’engouffre en elle.

Les autoportraits sans concessions de l’énigmatique dessinateur le montrent dans des intérieurs crépusculaires où, à force de s’inspecter dans le miroir, il finit par se donner un air macabre à souhait.

Des perspectives épurées de la mer du Nord aux autoportraits hallucinés, l’exposition  de la RA porte l’accent sur la période la plus densément créative de Spilliaert, celle qui a précédé son mariage, en 1916… Son travail fut ensuite tout à la fois plus coloré et plus léger.

 

Agnès Anquetin-Dias
agnes.anquetin@me.com

 

Léon Spilliaert, Digue de nuit

Léon Spilliaert, Digue de nuit, 1908,© Musée d’Orsay

Léon Spilliaert, Coup de vent, 1904, Mu.ZEE , Ostend © Hugo Maertens

Leon Spilliaert, Autoportrait, 1907

Léon Spilliaert, Autoportrait, 1907, Metropolitan Museum of Art © 2019