| Dr Christilla Nevi & Dr Caroline Longmore | October 2019 |

 

 

Des changements physiques

 

Étymologiquement, le mot ménopause vient du préfixe grec “méno” qui veut dire “règles, menstrues”, et du suffixe “pause” qui veut dire arrêt. La ménopause se définit donc comme un changement physique : l’arrêt des règles, ce qui correspond à l’arrêt de l’ovulation et du fonctionnement hormonal ovarien. C’est un phénomène physiologique qui concerne toutes les femmes et survient le plus souvent entre 45 et 55 ans. Certains facteurs, comme le tabac, peuvent être à l’origine d’une avance de l’âge de la ménopause.

Cet arrêt survient de manière progressive, précédé par une période de transition appelée pré-ménopause qui peut s’étaler sur plusieurs années. Pendant cette période, l’ovaire continue à fonctionner mais de manière moins efficace, l’équilibre hormonal mensuel est bouleversé. Les règles peuvent devenir irrégulières, souvent plus rapprochées, parfois plus abondantes, avec des symptômes prémenstruels plus marqués tel que douleurs dans les seins, irritabilité, troubles du sommeil ou bouffées de chaleur.

Même si la fertilité est nettement diminuée pendant cette période, elle persiste tant qu’il y a des ovulations. Les femmes qui continuent leur pilule pendant cette période ne ressentent pas les symptômes de la pré-ménopause.

 

Puis quand l’ovaire s’arrête complètement de fonctionner, les cycles s’interrompent et après un an sans règles on peut dire que la ménopause est installée. L’arrêt de l’ovulation marque alors la fin de la période de fertilité de la femme qui ne peut plus avoir d’enfants naturellement.

Pour certaines femmes, cet arrêt des règles est vécu comme une libération mais pour d’autres c’est plus compliqué car peuvent survenir des symptômes de carence hormonale : bouffées de chaleur, sécheresse cutanée, fatigue, douleurs articulaires, perte de concentration et d’énergie. La morphologie se modifie, le corps s’alourdit, les graisses ayant tendance à s’accumuler autour du ventre. La libido diminue et la sécheresse vulvo-vaginale rend les rapports sexuels douloureux.

Au moment de la ménopause la femme ne produit plus d’œstrogènes lesquels ont un rôle protecteur sur les os et les artères et donc à plus long terme apparaissent ostéoporose et troubles cardiovasculaires.

 

Une étape de la vie

 

Cette transformation physique est aussi souvent accompagnée de changements psychiques.

Tout d’abord car les hormones jouent aussi sur notre cerveau : la carence hormonale peut être cause d’anxiété, d’irritabilité, de diminution de la libido, ou même de dépression. Cette période peut aussi avoir un impact sur les performances professionnelles car fatigue, troubles du sommeil, difficultés de concentration et de mémorisation peuvent apparaître. La femme peut avoir la sensation de ne plus être elle-même.

Deuxièmement la symbolique de ce changement est elle aussi très importante. A l’instar de l’adolescence qui, par l’arrivée des règles et de la fertilité marque le passage vers la féminité, l’arrêt des règles annonce la vieillesse pour beaucoup. Dans notre société qui cultive la jeunesse point de la place pour les rides ! Il est alors difficile d’accepter ce corps qui change et qui fait défaut. Certaines femmes vont partir à la recherche d’un idéal et se retrouvent malheureuses face à ce combat perdu d’avance contre le temps.

De plus, si la plupart des femmes passent une très grande partie de leur vie à contrôler leur fertilité, l’abandon de cette fonction qui les définit en propre en les différenciant de l’homme a une symbolique forte. Ne plus pouvoir avoir d’enfants est différent de ne plus vouloir d’enfant. Quant aux femmes qui ont eu des difficultés à concevoir, la ménopause arrive alors comme un couperet, la fin d’une maternité spontanée possible.

 

Sûrement pas une fatalité

 

La ménopause est donc une étape incontournable dans la vie d’une femme mais ce n’est pas pour autant une malédiction ! On peut très bien vivre sa ménopause et cela va dépendre en grande partie du sens que l’on donne, ou que son entourage donne, à cet évènement. Souvent la ménopause survient au moment où les enfants qui ont grandi ont moins besoin de leur mère et la femme a plus de temps. Ce peut être une période riche de réalisations personnelles ou professionnelles.

Le couple retrouve aussi du temps pour lui, en dehors de leur rôle de parents, la sexualité, qui parfois passe au second plan quand les enfants sont petits, est réinvestie.

Il existe aussi de nombreuses solutions pour ne pas souffrir des symptômes de la ménopause. Chaque femme est différente et toutes ne seront pas gênées de la même façon. C’est pourquoi il est important d’avoir un accompagnement personnalisé avec une prise en charge globale.

 

Hygiène de vie et nutrition

 

Le premier changement à effectuer c’est de privilégier une bonne hygiène de vie. Il faut diminuer l’alcool qui augmente le risque de cancer du sein, déclenche des bouffées de chaleur et fait prendre du poids.

L’activité physique est le meilleur allié de la femme ménopausée, elle va permettre d’entretenir sa masse musculaire et donc sa silhouette et améliore le moral et le sommeil via la production d’endorphines.

Diminuer les excitants comme le café ou le thé, responsables de bouffées de chaleur ou d’anxiété.

Privilégier une alimentation riche en calcium, en protéines, en oméga 3, avec des fruits et légumes frais et éviter les sucres rapides et les aliments riches en sel.

 

Le traitement hormonal substitutif

 

À ses débuts le traitement hormonal a été très largement prescrit, il devait améliorer la qualité de vie des femmes et était présenté comme une avancée anti-âge.

Puis en 2002 une étude américaine (WHI) a montré qu’il pouvait augmenter le risque de cancer du sein. Cela été alors la fin du traitement hormonal pour une très large majorité de femmes qui ont eu, comme leurs médecins, peur des hormones.

Mais toutes les hormones de synthèse n’ont pas les mêmes effets secondaires et risques. La plupart des études publiées évaluent des traitements à base d’hormones de synthèses très différentes de celles produites par le corps.

 

Heureusement d’autres études, notamment en France (E3N) ont apporté des informations supplémentaires qui ont permis de rassurer les patientes. Il faut utiliser les hormones identiques à celles fabriquées par le corps, (estradiol et progestérone micronisée). Elles existent sous forme de médicaments disponibles gratuitement via le NHS ou en privé et sont prescrites en France de manière quasi exclusive depuis plus de 10 ans.

Un traitement hormonal substitutif bien choisi et bien équilibré permet d’améliorer la qualité de vie des femmes (sécheresse cutanée et vaginale, bouffées de chaleur, énergie, sommeil, moral …), de prévenir l’ostéoporose et de diminuer le risque cardiovasculaire. Mais en cas de risque mammaire individuel, on évitera les traitements hormonaux. Le traitement local vulvo-vaginal est très utile pour éviter les troubles urinaires ou douleurs pendant les rapports et n’a pas de retentissement sur les seins.

 

Les solutions non hormonales

 

Acupuncture : soulage les bouffées de chaleur et améliore le sommeil.

Sophrologie et méditation: améliore le stress, le sommeil, l’anxiété.

Laser vulvo-vaginal et hydratants locaux : pour entretenir l’hydratation vulvo-vaginale

La phytothérapie : utilise les principes actifs des plantes pour lutter contre les symptômes de la ménopause, en complément ou à la place des traitements hormonaux substitutifs. Certaines plantes ont une activité oestrogénique (phyto-oestrogènes) par exemple le houblon, la sauge, l’alfafa, le cimicifuga et peuvent diminuer les symptômes de la ménopause. Mais attention elles peuvent aussi avoir des contre-indications, c’est pourquoi il est conseillé d’en discuter avec un spécialiste.

 

Il y a pour chaque femme, chaque corps, un accompagnement possible pour cette étape de la vie, certes inévitable mais loin d’être une fatalité.

 

Dr Christilla Nevi
Gynécologue Médicale, La Clinique Française.

Dr Caroline Longmore
Phytothérapeute Naturopate, Galen Health.